L’AVENTURE MAXXIMUM: INTÉGRALE

Le site de vente MAXX211 tenu par Fabrice Revault est ouvert jusqu’à jeudi prochain, le 21.11.2019

Evénement, avant des retrouvailles avec les 600 personnes attendues au Rex Club à Paris ce jeudi soir (des personnes qui viendront de plusieurs endroits d’Europe et des Etats-Unis), pour fêter les 30 ans de la naissance de Maxximum et pour honorer la mémoire de Fred Rister, voici l’intégralité des articles publiés sur Suississimo à propos de Maxximum, une aventure radiophonique française singulière car trop rapide, légendaire car ayant touché le cœur de milliers d’auditeurs à travers la France et dans les pays voisins (Suisse, Belgique et Luxembourg surtout). D’ailleurs en Suisse, une station nommée Maxxima a pris logiquement la suite et fait de très bons scores d’audience en DAB+, l’organisation et la puissance de frappe en moins. Mais c’est une radio importante car elle délivre une programmation originale et addictive, comme à l’époque de Maxximum. Bonne lecture!

Jean-François Miaux, enfant et invité d’une émission de Lorenzo Pancino

1) PAT ANGELI

La radio du groupe RTL aura trente ans le 23 octobre 2019. Ou plutôt aurait eu 30 ans. La station a cessé d’émettre après plus de deux années d’émissions inoubliables, essentiellement musicales et sur un haut tempo, avec des animateurs, journalistes et employés qui vivaient une aventure humaine très belle. Je me souviens de cette folle radio, complètement novatrice dans sa facture, très américaine pour le rythme de l’antenne et la qualité des enchaînements de la musique programmée avec le cœur et les tripes, très anglaise et nordique pour son approche de la musique, très française pour cette fierté d’exister et d’aller à la rencontre des gens dans notre cambrousse à nous dans la Sarthe ou au BOY, club parisien situé sous l’Olympia. Je me rappelle entendre une voix dynamique, un style d’animation joyeux et soyeux, dynamité, connaisseur, une expression claire et imagée, c’était la voix de Pat Angeli, l’homme par qui le son de Maxximum a débarqué sur le 105.9 parisien et que l’on recevait tard la nuit depuis le sud du Perche et le centre du Maine comme par magie, avec un récepteur Toshiba assez vieux et une antenne de deux mètres de long (à tendre dans des positions très particulières pour essayer de chopper quelques bribes).

Au lancement, je me souviens aussi d’un mix de nouveautés venues d’Angleterre et des USA avec des groupes house/techno ou autres genres apparentés, et de la pop rythmée (qui a entendu parlé de PSY programmé comme une joke car le trio français y parlait de « faire son max(x)imum », rien à voir avec le style Gangnam). Il y avait aussi bien sûr les jingles faits entre la rue du Commandant Schloesing au Trocadéro à Paris et RVS dans la maison de briques rouges rouennaise de la Route de Neufchâtel (la maison est détruite aujourd’hui) ou dans d’autres studios parisiens mandatés par RTL (pour les voix de Guy Montagné?) ou new-yorkais au sein de la radio d’EMMIS, le co-actionnaire minoritaire de Maxximum (ils possèdent la powerhouse du hip-hop HOT97-WQHT à New York, une station dont les stabs « new music » ont inspiré le slogan « nouvelle musique » de Maxx placé en conclusion de chaque introduction de morceaux chantés (de la science-fiction pour les animateurs radio FM de l’époque) et bien sûr la radio qui a inspiré Mickaël Bourgeois pour concevoir Maxximum, KPWR à Los Angeles, Power106, les deux radios existent encore et ont abandonné le format rhythmic pour le rap et le R&B.

La radio à la « sauce Casey Kasem » prenait les ondes pour la première fois en France avec un vrai gros coup de boost, inspiré du sound imaging (habillage de l’antenne avec les liners MAXXMAXXXMAXXXX_MAXXIMUM) de personnalités rares comme Dave Foxx – avec le double x ça ne s’invente pas. Quelques semaines après le lancement de Maxximum, RMC se fait gentiment remplacer par le son de Maxximum sur le 103.9 du Mans. Je vais me diriger vers une carrière d’étudiant passant son temps à scruter la FM, pour devenir animateur l’année de la mort de Maxximum lors de la saison 1991-1992, d’abord à RTE puis à WEST FM. Pat Angeli, Dom Dom Perrin et Lorenzo Pancino pour n’en nommer que quelques-uns deviennent des heureux compagnons de mon quotidien, ils vivent dans ma chambre en bordel et celle-ci commence à se remplir de CD des artistes de Maxximum. Voici une interview avec celui que j’ai rencontré plus tard dans mon parcours radio à Europe 1 alors que je tenais le micro de la station du 26bis rue François Ier le matin pour le Journal des Sports, Pat travaillait un peu plus bas, un étage au dessous dans les nouveaux locaux d’Europe 2, on a parlé sport, foot mais surtout de Maxximum. Je l’avais déjà croisé à M40 mais il ne s’en souvenait pas, et pour cause, il n’aimait pas y être. Voici un rappel de ce qu’était Maxximum pour ceux qui ne savent pas, en quelques épisodes et d’autres personnes qui y ont travaillé à l’antenne et hors antenne. Pat Angeli est toujours dans le move mais sur une autre radio, trop occupé à présenter des Night Fevers. La série va durer quelques mois. On prendra tout le temps qu’il faut pour raconter Maxximum. Alors sit back and relaxx.

MAXXIMUM 1sur30 PAT ANGELI

Sur cette photo, Pat Angeli est à bord du Rafale avec Joachim Garraud et Cocto comme copilotes.

SUISSISSIMO: Salut Pat, comment as-tu commencé ton aventure à Maxximum?

PAT ANGELI: Je suis arrivé en envoyant une maquette tout simplement. On m’a rappelé et j’ai été engagé.

Qu’as-tu aimé en y travaillant?

Ce qui m’a plu, c’est que c’était une aventure qui débutait, une création de radio avec un esprit d’équipe incroyable et un lien qui nous a tous unis à jamais. Et en plus, je pense qu’on a amené un sang frais dans la radio française.A DÉCOUVRIR: UN MUST QUI RASSEMBLE LE MEILLEUR DE LA DANCE MUSIC

Quelles étaient les consignes d’antenne? Live the lifestyle of Maxximum?

On nous a jamais demandé quoi que ce soit. On était jeune et on sortait en club. Avec la musique électronique qui commençait à cartonner et qui correspondait à ce qu’on passait à l’antenne. En plus deux ou trois d’entre nous étions DJ, donc on a commencé à mixer aussi. L’émission que je faisais était le 17-20 heures. J’ai plutôt mal vécu le passage à M40 en janvier 1992. Mais comme Fred Rister, j’ai eu la chance de conserver mon job. C’était mieux que pour ceux qui ont été virés purement et simplement.

A DÉCOUVRIRLA NUIT DES TARÉS SUR MAXXIMUM LE 31 DÉCEMBRE 1991

Quel était la proximité que vous aviez avec la province?

Maxximum était une radio à la fois parisienne et régionale puisqu’on organisait des soirées partout en France, aussi bien qu’à Paris.

As-tu l’impression que Maxximum pour les Français, les Belges et Suisses francophones qui ont eu la chance de la capter, c’était un peu par analogie le même succès que Salut les Copains pour Europe 1, une institution qui n’a pas duré mais qui a marqué la population?

Maxximum comme Salut les Copains, je ne sais pas. Pour le fait que la réputation de la radio a survécu à sa mort, oui.

MAXXIMUM 1 sur 30 intro

Y aurait-il de la place pour Maxximum aujourd’hui?

En 2019 ce serait plus compliqué mais oui il y a là place car toutes les radios sont prudentes et ne prennent pas de risques. Il y a toujours de la place pour l’audace et la créativité! Et le professionnalisme.

Quelles anecdotes pourrais-tu exhumer pour nous?

Des anecdotes, j’en ai mille mais celle qui n’en est pas une c’est que n’importe quel jour de la semaine, même en pleine nuit, on pouvait aller à la radio pour faire des remix. On pouvait être deux ou trois à bosser toute la nuit. On avait les clés, c’était open-bar pour ceux qui voulaient bosser pour améliorer l’antenne. Tout était permis.A DÉCOUVRIR: UNE STORY QUI RACONTE BEAUCOUP EN MUSIQUE

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Par David Glaser

2) STEVE RITSCHARD

Deuxième partie de notre série sur la radio Maxximum, une vraie radio avec un vrai son et un concept original pour l’époque, une programmation musicale uptempo, dance, techno et aussi dans une moindre mesure hip-hop, funk et hi-NRG, une équipe de passionnés montée par un groupe de professionnels venus de RVS à Rouen ou du monde de la radio parisienne autour de la FM musicale formatée, organisée, bref la radio pro comme les groupes Europe 1 communication (Europe 2, RFM et Skyrock pour la pub) et le groupe NRJ (NRJ, Chérie FM et Rire & Chansons, plus tard Nostalgie) savaient faire, RTL avait du retard, ils ont pensé à se replacer dans la course en rachetant FUN radio et en créant Maxximum. La radio Maxximum est née le 23 octobre 1989 sur les cendres de Aventure FM (une radio financée par les fonds dévolus à la communication de l’armée française et tenue en partie par les voisins de RTL Bayard Presse). Maxximum allait filer un vilain coup de vieux à Aventure FM et d’autres radios françaises comme Kiss ou Chic.

« L’Aventure Maxximum » se fait toute cette année sur Suississimo.com avec les fans de Maxximum et avec ceux qui ont fait Maxximum, je vous dis tout à la fin de ce texte pour vous aider à me contacter et me raconter votre passion pour cet « art de vivre » Maxximum, une vraie passion pour les clubbers qui voulaient prolonger le plaisir le reste du temps, une fois le dimanche arrivé. Mais reprenons notre série de témoignages avec l’histoire de Steve Ritschard, un radio addict qui a consacré sa vie aux musiques dansantes (funk, rock, electro…) à la radio soit sur les ondes, soit sur le web. Ce qui caractérise cet homme rencontré à RTN quand j’y travaillais en 2013 (j’y fus responsable de l’antenne et des programmes), c’est qu’il a, comme pas mal d’entre nous les provinciaux français, tenté sa chance à Paris (cette ville est pour Neuchâtel une deuxième capitale après Berne), et ça a marché, à Maxximum. Mais c’était avant le traité de l’Union européenne de 1992, le célèbre traité de Maastricht, et quelques mois avant le référendum suisse rejetant l’adhésion à l’Union. Un rejet qui laissa cependant la porte ouverte aux employés de l’UE pour travailler en Suisse. Et vice-versa. On verra dans ce court article, ça a son importance.

Steve connaît la radio mieux que quiconque en Suisse, il n’a pas fait de la radio privée, il a fait la radio privée avec des personnalités suisses comme Philippe Morax. Il y est toujours par passion depuis 1984. Il a aussi contribué à faire « sonner » des radios différentes mais riches comme GRRIF avec ce savoir-faire autour du sound-imaging, c’est à dire la confection des jingles, des liners, des station ID, des stabs, des logos sonores, des remix de chansons trop longues, pas assez rythmées pour un format ou un autre, bref tout ce qu’il faut pour agripper l’auditeur et lui rappeler où il a mis les pieds. Steve dans un récit teinté d’émotion nous raconte son lien à Maxximum, c’est le seul Suisse à notre connaissance qui a pris l’antenne de cette radio mythique. Maxximum fut sa passion, son « mid-summernight tale », un songe qui lui a donné de l’espoir et quelques sueurs froides aussi les premières nuits, un vrai boost pour continuer dans cette voie mais aussi quelques moments cruels comme la vie se charge de les créer. Récit passionnant d’un « radio junky » jamais guéri. Il a bloqué la radio et jeté le bouton depuis qu’il a 14 ans. Aux Radio Days de Lausanne, il a beaucoup aimé croiser les professionnels du monde entier qui pensent le futur de la radio et du podcast nuit et jour, on est plusieurs à avoir bu les paroles de programmateurs de la BBC qui ont pour leur radio un désir de dynamisme et de créativité dans leur musique, leur sound imaging et leurs animateurs. Maxximum aurait pu être là, ils avaient les meilleurs jeux (Double X), les sessions d’info les plus courtes et punchy (le + Info), les émissions de techno les plus inventives (Rêve Maxx avec Laurent Garnier et Eric Madelon qui présentera le Best Maxx plus tard, une émission tournée vers l’Angleterre), le classement le plus inédit de la bande FM (le Must avec Pat Angeli) et des animateurs un peu fous (Lorenzo Pancino pour ne citer que lui). On a apprécié aussi ce son surpuissant avec une rythmique d’antenne dantesque, tout était mixé dans le tempo et en direct sur bande quasi uniquement (un exploit pour l’époque mais RVS faisait de même), il n’y avait pas le numérique mais les contraintes donnaient justement aux DJ-animateurs l’envie de se surpasser, les micros étaient en retrait, ce qui forçait le speaker à parler un peu plus fort. L’antenne était musicalisée non stop, on parlait sur tapis ou intro de disques. De Janet Jackson à Spectrum, de Massive Attack à New Order, de Snap! à Crystal Waters, d’Amnesia à Adeva, d’Adamski à C&C Music Factory, tout ce que la planète comptait de hits à danser était mixé dans le blender de Maxx.

Alors que la radio suisse Framboise fête 30 ans, tout comme la radio Maxximum en octobre prochain, Steve continue d’animer l’antenne avec humour et subtilité au sein du groupe BNJ (RTN à Neuchâtel et trois autres radios dans l’Arc jurassien). Il évoque avec un sourire dans la voix des souvenirs touchants. “Framboise, on a tout monté nous même, j’avais dessiné les studios. » L’homme qui approche le demi-siècle a gardé un cœur d’enfant. Il est aujourd’hui à la tête d’une émission musicale vénérée par la population neuchâteloise, véritable phare de la musique pop sur l’antenne de RTN, il programme la jurassienne RJB dans le canton de Berne, et il est aussi le programmateur de la webradio rock Pirates, aussi calé sur une fréquence DAB+ en Romandie, il se rappelle des détails de la radio au nom de fruit rouge, « car j’avais designé les studios comme si c’était ma chambre. »

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Steve Ritschard aux Radio Days Europe 2019, chez lui en Suisse dimanche dernier (photo David Glaser).

Depuis son retour à RTN en 1993, il a notamment pris la casquette de sound-designer de BNJ et donc de GRRIF – une radio au son très reconnaissable grâce à sa programmation edgy. Steve fait sur son temps libre de la programmation musicale pour la radio DAB+ et web PIRATES avec la même passion pour le medium. Il y a une analogie avec Pirate Radio à Los Angeles au début des années 90, mais aussi deux monstres de la FM US, le puissant KROQ de Rick Caroll, le surpuissant WNEW des années 70 à New York. Pirates, c’est un format qui fait tâche sur le spectre suisse romand, du rock de maintenant et du rock d’avant et “sans pub, on n’y tient pas! » Même si le but pour Steve et ses potes pirates était de faire les choses bien, de trouver le meilleur son – « on a un traitement de son spécial (un des derniers modèles de l’entreprise OMNIA) qui ferait passer de Lady Gaga à Francis Cabrel sans qu’on sente de grosse différence en matière d’intensité et de confort d’écoute” – la radio a gagné le respect des pros grâce à son offre très largement supérieure à tout ce qu’on peut trouver par ailleurs (sauf peut-être pour Maxxima, aussi présent en DAB+ en Suisse).

ARCHIVE : ERIC MADELON DANS LE MAXXMIXX.

Pour ce Neuchâtelois, passer de RTN 101 à Framboise, en faisant un détour par Maxximum, « deux semaines seulement » avant de revenir au bercail de la petite ville de Marin dans la « banlieue-est » de l’ancienne principauté prussienne, la radio se fait avec de la musique, des bonnes histoires bien racontées et un sens de l’intégration de l’auditeur. Steve est rassembleur, c’est le seul DJ-animateur à remplir sur son nom la plus grande salle de la Chaux-de-Fonds (6000 personnes) un samedi soir avec la soirée « Vintage » du titre de l’émission qu’il présente. Il raconte avec beaucoup de vivacité dans la voix son parcours « maxximale »: « j’y suis allé en été et des pour des raisons de permis de travail, ça s’est vite arrêté, le rêve de travailler sur un réseau d’une quarantaine de fréquences en France, un réseau naissant qui plus est s’est crashé, ça a été dur mais peut-être pas aussi dur que pour ceux qui y sont restés plus que moi… », on en convient. On se souvient des pleurs de Katherine (Kathy) Cooley, de Fred(éric) Rister(erer) et de pas mal d’autres voix de la station mythique. Cette aventure Pirates, « c’est un rêve entre copains qui ont tous fait de la radio et qui ont tous bifurqué », c’est un peu le Maxximum de milieu de vie pour ces fans de radio qui ont tous (à part Steve) pris la voix express hors antenne avec famille et enfants, boulot payant les études des petits et la maison sur le littoral ou dans les montagnes du canton, en abandonnant leur passion.

Pirates est donc un projet qui rappelle cette ancienne comète qu’était Maxximum, une belle machine qui rappelle la radio des années 1990-2000 et une équipe de potes qui se sont tous connus en 1984, « une équipe de six-sept gars, parmi laquelle il n’y a qu’un seul individu à faire de la radio et en vivre: moi. Ils pensaient qu’ils allaient arrêter la radio assez vite à l’époque. Et on en parlait à chaque fois qu’on se voyait. D’où « NE84″, une association (NE est le diminutif du canton de Neuchâtel) pour faire revivre cette passion ici à Neuchâtel. Avec cette association, on a fait une demande de fonds. Le nom, c’est comme une référence aux pirates des ondes, avec le rock, ça va bien. On a pris la voix d’Alain Dorval, la voix de Skyrock, Kiss et d’ADO, l’homme qui double Sylvester Stallone en français, on l’entendait porter les véritables histoires du patron de Skyrock Pierre Bellanger dans des liners mémorables dans les années 80 et 90. »

Les années Maxximum commencent… et finissent après deux semaines

Pour les nostalgiques de Maxximum, Mickaël Bourgeois et Stan Roehrich ont mis au point Maxxima en Suisse, une station qui fonctionne très bien sur DAB+, mais l’aventure n’a plus rien à voir avec les années 89-92, les temps ont changé, les modes musicales aussi, Steve salue le travail fait en Suisse pour ne pas laisser échapper l’âme de Maxx à tout jamais. L’electro est toute puissante en 2019 alors qu’elle était une niche fin des années 80, à peine mise en lumière par la très populaire Eurodance. « Quand j’ai débarqué à Maxximum, il y avait des noms connus aujourd’hui dans la radio et la musique était vraiment innovante. Je cite Pat Angeli, Eric Madelon, Fred Rister… je voyais aussi Mickaël Bourgeois et Eric Hauville, ce dernier était vraiment glaçant, peut-être par timidité, je ne comprenais pas trop le personnage. On s’est revu bien après, il se souvenait de moi, il n’était plus du tout comme ça, je me suis permis de le lui dire (rires). On avait réussi avec la fanbase de Maxximum à se revoir dans des soirées organisées justement par les « Maxximaniaques ». Chaque deejay de la radio mixait, on s’est même retrouvé place Carré au Forum des Halles… » lieu mythique où Maxximum a produit ce son unique.

Flashback sur les débuts de Steve dans la radio trentenaire, Framboise. « On a créé Radio Framboise en 1989, RTN parlait beaucoup pour nous, on pensait faire du sous-NRJ et on est parti à Yverdon avec Philippe Zumbrunn. Ce dernier a mis l’argent dans le projet et quand ça a marché, on a revu Zumbrunn qui a pris le contrôle de la station. Et cela ne me tentait pas de continuer avec lui. J’ai donc pris un job dans l’informatique à la « Neuchâteloise assurance ». Mais ma passion était toujours très vive pour les ondes. Alors j’ai fait des dossiers de candidature à Fun Radio, Skyrock, NRJ et Maxximum… J’hallucinais, je n’avais aucune réponse pendant plusieurs semaines malgré la qualité de mon dossier (rires). Mais finalement, il y a eu un appel de la secrétaire de Monsieur Brillié, me dit ma mère, c’était le jeudi soir. Il m’annonce au téléphone que j’étais invité à faire une maquette le samedi dans le studio de Maxximum à Paris. » Bonheur total, pression aussi!

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Le studio de Maxximum dans les locaux du 16e arrondissement (archives DR)

« J’arrivais en TGV le samedi, la radio était en face du Trocadéro. Je me rappelle qu’Eric Madelon était en émission. Je devais m’inspirer du conducteur et faire cette maquette. Michel Brillié m’inondait de questions sur Couleur 3 qui fascinait les professionnels français de la radio à l’époque. La semaine suivante, je n’ai pas eu de réponse. Après quelques jours, j’appelle ma mère à Neuchâtel depuis le sud de la France, et elle me dit que je devais rappeler Michel Brillié aussitôt. Il me dit alors que je commençais le lundi suivant. Problème, j’étais en poste. Je devais prendre une décision avec le boulot de la « Neuchâteloise assurance ». J’ai vu mon boss, il a été très sympa. Ils m’ont versé mon 13e salaire, ils savaient tous là-bas que j’allais partir. Ils m’ont facilité la chose. Je me suis retrouvé à faire le créneau entre 1 et 5 heures du matin, il n’y avait pas de risques la nuit pour tester des petits nouveaux comme moi. »

« A mon retour à Paris, je me retrouve au Forum des Halles, on ne m’a pas donné de badge… il y avait un animateur à l’antenne avant, c’était Lionel Saffré, il enchaînait les titres de la programmation sur des bandes magnétiques. Ils étaient tous édités-remixés sur des moyeux de bandes magnétiques pour Revox, il fallait caler ces bandes à toute vitesse, « cadrer » les introductions de morceaux avec le slogan « Maxximum quand c’est mou, c’est pas nous » par exemple, il fallait calculer la durée du « liner » (message a cappella avec effet sonore), mais je manquais de pratique, c’était quasi impossible de chercher les titres sur le magnéto de bandes Revox, j’étais en nage… il n’y avait personne à côté de moi, j’étais placé devant la console de mixage Pacific, à la tête d’un programme diffusé partout en France, en tête de réseau… la panique maîtrisée quoi. Je vois arriver Dominique « Dom Dom » Perrin vers 5 heures du matin. Il me dit « bien joué ». Plus tard Pat Angeli et Eric Madelon me disent que c’était bien aussi. Je suis soulagé. On me dit de revenir les trois nuits suivantes. Ils m’avaient logé dans un hôtel miteux, on aurait dit un hôtel de passes, je me faisais réveiller par la femme de ménage, vu mes nuits décalées. Après coup, Michel Brillié me demande de faire le 21-1 heure du matin. Je commence à y croire. »

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« James Brown is dead », c’était incroyable de passer ce genre de titres pour moi, impensable chez nous. Je suivais ce que Joachim Garraud, le producteur de la station, faisait, un gars très sympa. Il y avait Cocto le dimanche, j’ai croisé Laurent Garnier qui programmait le « Rave Maxx », Lorenzo Pancino qui n’était pas un fan de technique. Je me souviens de mon engagement dans le bureau de Eric Hauville, le patron de la radio. Il me demande mon numéro de sécurité social. Je lui dit que je n’en avais pas car j’étais suisse. Le directeur d’antenne Michel Brillié (un ancien animateur de Salut les Copains sur Europe 1) me dit que ça devrait aller, après tout ils avaient un Belge et ça se passait bien. Il n’y avait pas d’accord administratif entre la Suisse et la France pour les employés, le plus terrible, c’est que ma mère est française et que je me retrouve à devoir quitter la France pour cette raison. Ils n’ont jamais pu me payer ou verser mon salaire sur un compte frontalier à Annemasse par exemple, rien. Légalement, ils n’avaient pas le droit de m’engager. Evidemment, je tombais de haut car je n’ai plus de boulot. Je décide alors de partir sur un coup de tête en Californie pendant un an pour étudier l’anglais, un pote m’achète ma voiture en un week-end et avec l’argent je vais financer cette année d’études.

Je réalise que Maxximum a un modèle américain Power 106 à Los Angeles, ou encore Hot 97 ou Z100 à New York. » Je me souviens de ces jingles avec la voix de Guy Montanier, des jingles passionnés. On a eu après des regroupements entre Kiss et Metropolys, puis entre Metropolys et Maxximum pour faire un réseau indépendant, tenu à majorité par des Espagnols, c’était M40. Metropolys, c’était bien. Mais ce satané seuil de concentration à ne pas dépasser a eu raison de Maxximum, la radio du groupe RTL, leader national toutes radios confondues avec des scores très élevés et Maxx était créditée de bons sondages nationaux.

« LeMixx » était une radio à dominante funk et un article dans le « Fil radio » a relancé l’intérêt autour de moi, il y est fait mention de mon passage à Maxximum, étais-je vraiment un ancien animateur, personne ne se souvenait de moi, je n’ai fait que deux semaines… Il y a alors eu un remue-ménage pour savoir si j’étais passé par Maxx pour de vrai. Et certains animateurs se sont bien sûr souvenus. »

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Maxximum, les années Tour Eiffel/Trocadéro, rue du Commandant Schloesing. (DR)

« Il y a eu un gros malheur à sa mort le 6 janvier 1992, une malédiction autour de cette station que les auditeurs adoraient, une nostalgie très forte ensuite, six mois après mon départ obligatoire faute de contrat, la radio s’arrêtait. Pour l’envers du décors, on n’était pas très bien payé, seulement 90 francs de l’heure, pas de préparation, la semaine ou le week-end, mais la passion et la fierté de travailler sur cette station l’emportait. » Une dernière anecdote avant de partir? « Je n’avais pas eu le reflex de prévenir le maître chien en quittant la station la nuit. Donc en sortant de la station de radio, j’ai vu un chien énorme fondre sur moi… pour me saluer, mais je pensais qu’il allait me bouffer tellement il était gros, il s’appelait Maya et il était très sympa au final, il devait avoir compris que je sortais de Maxximum, que j’étais donc de la maison (rires). »

Steve aujourd’hui est animateur de RTN avec le même talent qui le caractérisait dans ses jeunes années, il s’éclate à l’antenne. Il s’est même bonifié avec le temps, prenant le micro entre 11 et 13 heures pour une émission nommée Vintage 2.0, une référence de la radio neuchâteloise mêlant les années 60-70-80 ou 90. Avec toujours ce respect des auditrices et auditeurs, cette éthique qui fait que l’ego du DJ radio passe après les gens, toujours, comme avec Fred Rister, Eric Madelon, Pat Angeli et toutes les autres signatures de Maxximum.

Par David Glaser

3) CAROLE BOTTOLLIER

La radio Maxximum aurait eu 30 ans en octobre 2019. Il y a un culte autour de cette chaîne, une passion chez beaucoup de Français qui ne s’est pas estompée malgré les années. « A Maxximum, j’ai fait plusieurs jobs, assistanat, call outs sur la programmation musicale (sondages au téléphone pour tester la programmation sur les auditeurs…) Au bout du fil, la voix est souriante, enthousiaste à l’idée de remuer tous ces souvenirs, c’est la voix de Carole Bottollier, responsable communication de Mouv’ à Radio France. Carole avait pendant une dizaine d’années occupé un poste analogue sur une radio plus indépendante et commerciale OÜI FM, une radio chère à son cœur. Mais aujourd’hui on parle de sa première expérience dans une entreprise de radiodiffusion: Maxximum. Elle a connu les différents locaux (Trocadéro et Forum des Halles) où la radio était installée pendant sa courte vie, plusieurs soirées (au BOY, au Queen, en province) et une première aventure professionnelle hyper stimulante. « J’ai eu beaucoup de chance car Maxximum était un job d’étudiant et ça a pas mal influencé ma vie ensuite… » Interview d’une actrice qui a tout vu, tout entendu et qui s’est vraiment beaucoup marré à vivre ces années-là avec cette équipe. « Toute la team de Maxximum, tous métiers confondus, prenait clairement au pied de la lettre le slogan de la radio Quand c’est mou, c’est pas nous. »

PAT ANGELI BONNE

1ère Partie de l’Aventure Maxximum à lire ici, 2e Partie à lire sur ce lien


Carole, merci pour cet entretien. Que faisais-tu à Maxximum?

J’effectuais des « call out », c’est-à-dire que je testais la programmation musicale par téléphone, en parallèle de mes études à Paris 1. On faisait écouter des titres avant qu’ils ne rentrent en playlist, on les repassait plusieurs semaines après aux mêmes personnes pour juger s’il fallait les faire sortir de la playlist. Bref, des sondages internalisés, aujourd’hui les radios utilisent pour la plupart des entreprises externes pour réaliser ces « call out ».

Tu travaillais avec qui?

Michel Brillié, directeur d’antenne, son assistante Frédérique Harrus et Mickaël Bourgeois, directeur de la programmation. J’ai aussi travaillé avec le responsable du « trafic » (publicité, mediaplanning) François Delage et Dom Perrin, le présentateur de la matinale. Pour ce dernier, ça ne me dérangeait pas de me lever tôt… d’ailleurs souvent on ne se levait pas ! C’était du délire. On allait danser au BOY, on faisait une boucle de près de 24 heures et on récupérait le week-end ou quand on le pouvait. Il y avait aussi régulièrement des déplacements en région dans les clubs où l’on était reçu comme des barons avec espace VIP. Il faut dire qu’on était LA radio des clubs et c’était la seule. Fred Rister produisait des artistes et venait avec certains d’entre eux, le producteur de Maxximum Joachim Garraud mixait dans ces clubs.

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Cocto, Fabrice Revault et Joachim Garraud montrent la direction à suivre. (DR)

Joachim a eu un rôle central?

Avec Fabrice Revault, ils ont fait le son de Maxximum, l’habillage sur Revox, à l’époque. Pour les opérations extérieures, on était souvent au BOY où Joachim mixait régulièrement ainsi que Laurent Garnier. Il y a eu une connexion assez rapidement avec le BOY alors dirigé par Philippe Fatien, tous les collaborateurs avaient une carte du BOY, une carte d’accès permanent, un vrai privilège. On y allait tout le temps. En Angleterre, le mouvement « Rave » prenait son essor et Laurent Garnier en faisait partie, il partait tous les week-ends pour y mixer, il faisait en parallèle les émissions Rêve Maxx (avec Eric Madelon).


SOIREE AU BOY, 29 novembre 1991


Ton expérience de Maxximum a duré tout le long de l’existence de la radio?

Presque mais j’étais très jeune, je venais d’un milieu classique, d’une ambiance de province, enfin à soixante kilomètres de Paris. Avec une enfance à Dourdan très sereine, ce n’était pas très courant de découvrir le monde de la nuit ainsi. Je fus catapultée. Mais ce qui est fou, c’est que l’on était très uni, il y avait une entente humaine, des années dingues, grisantes, euphorisantes. Je faisais des études d’esthétique et communication à Panthéon-Sorbonne à Paris, que je n’ai pas continuées. J’ai d’excellents souvenirs de l’aventure Maxximum et nous avons entretenu le lien avec des dîners réguliers qui ont suivi entre nous pendant des années et ça continue, on est dix-quinze à chaque fois.

Carole Bottollier dans ce reportage sur une soirée du BOY avec dans l’ordre d’apparition Joachim Garraud, puis Carole, Catherine Laurens et Eric Madelon, Fred Riester et Mahalia Rouilly à sa droite, Pat Angeli et Cocto.

Eric Hauville, au micro de Jean-Michel Canitrot et Denys Dydelon et de moi-même en 1991.

Que faisais-tu à Maxximum?

Je faisais des études en parallèle, je testais la prog musicale en effectuant des call outs. J’ai aimé interrogé les gens sur la programmation musicale, on faisait écouter des titres avant qu’ils ne rentrent en playlist, on les repassait plusieurs semaines après aux mêmes personnes pour juger s’il fallait les faire sortir de la playlist. Bref, des sondages internalisés, aujourd’hui les radios utilisent des entreprises externes pour faire ces call outs.

Tu travaillais avec qui?

Michel Brillié, le chef d’antenne et Mickaël Bourgeois, le chef de la programmation. J’ai aussi travaillé avec le responsable du « trafic » (publicité, mediaplanning) François Delage et Dom Perrin, le présentateur de la matinale. Pour ce dernier, ça ne me dérangeait pas de me lever tôt… d’ailleurs on ne se levait souvent pas, c’était du délire. On allait danser au Boy, on faisait vraiment la boucle de 24 heures, souvent en dormant le week-end. Il y avait des escapades en région où l’on était reçu comme des barons avec espace VIP. Il faut dire qu’on était la radio des clubs et c’était la seule. Fred Rister produisait des artistes et venait avec certains d’entre eux, le producteur de Maxximum Joachim Garraud mixait dans ces clubs, Jean-Charles, l’associé de David Guetta était aussi dans l’histoire.

Joachim a eu un rôle central?

Avec Fabrice Revault, ils ont fait le son de Maxximum, l’habillage sur magnéto REVOX. Pour les opérations extérieures, on était souvent au Boy où Joachim mixait ainsi que Laurent Garnier. Le propriétaire du Boy Philippe Fatien, il y a eu une connexion assez rapidement, tous les collaborateurs avaient une carte du Boy, une carte d’accès, une carte de privilégié. On y allait tout le temps. En Angleterre, le mouvement Rave prenait son essor et Laurent Garnier en faisait partie, il partait tous les week-ends pour mixer dans les soirées, il faisait en parallèle les émissions Rêve Maxx (avec Eric Madelon), c’était bien avant que Laurent ne mixe au Rex.

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Casquette jaune et lunettes noires, à gauche c’est Pat Angeli avec Carole Bottolier.

Dans le contexte de Maxximum, j’étais galvanisée car j’étais très jeune et immature, on était avec des personnes plus expérimentées. Hyper motivée, on avait un collectif très huilé avec le sens de la fête, l’équipe était engagée dans le projet quel que soit le niveau de hiérarchie, pas de distingo.

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Un mur de cartouches, ces cassettes protégées par une structure carrée en plastique dur avec une bande qui tournait en continu, on y enregistrait des jingles, des pubs (DR).

On avait un talent pour l’organisation d’événements, des choses que j’ai pu faire ensuite avec une autre équipe parisienne, celle de OÜI FM, une belle expérience avec Bruno Delport puis Michaël Gentile à la direction, une aventure humaine et professionnelle, ça m’a convaincue de continuer dans cette voie.

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Hélène Zélany, Lionel Saffré, Fred Rister, Fabrice Revault, Pat Angeli, Dom Dom Perrin avec l’appareil, Cocto, Sam Z, Carole Bottollier, Catherine Laurens (DR).

Parle-moi de cette équipe des fondateurs, Eric Hauville et Mickaël Bourgeois pour ne citer qu’eux.

Il y a en effet ces deux acteurs clefs venus du réseau RVS en Normandie, deux personnalités différentes, deux fortes personnalités. Hervé Rony, le directeur juridique de la station venait lui de la très sérieuse CLT , il a ensuite pris lasuccession de Eric vers la fin ( aujourd’hui à la tête de la SCAM après avoir été DG du SNEP). Et puis bien sur Michel Brillié, Olivier Devriese le directeur technique, Xavier Bise, en charge de la Communication & Erick Peleau, en charge de la promo, Jocelyne Buisson pour la rédaction en chef, l’antenne était d’ailleurs composée d’hommes pour l’animation et de femmes pour les informations.


Le boss de Maxximum Eric Hauville, lors d’un débat sur Le Mouv’ en 2011.


Eric Hauville était parfois colérique et ses colères pouvaient être légendaires. Il avait une autre culture de travail, très différente de la CLT, plutôt sérieuse et structurée, il amenait quelque chose de nouveau, des recettes de marketing et de communication, un format musical qui étaient vraiment différents pour une maison comme la CLT. Il avait énormément de caractère, tout le monde s’enfermait dans les bureaux quand il était fâché, il ne fallait pas le croiser. Mais quand c’était fini, tout allait bien. Eric aimait beaucoup la techno et il était très présent et notamment de toutes les soirées que la radio organisait. Il y avait une galerie de personnages dans cette radio. Eric avait sa garde rapprochée (Mickael Bourgeois, Olivier Devriese) et il a été invité à travailler avec quelqu’un qui n’en faisait pas partie comme Michel Brillié. Mais chacun apportait son expertise, les relations avec les maisons de disques étaient prises en charge par Mickaël Bourgeois, Jean-Noël Auxiette était le directeur du développement du réseau. Le réseau faisait une quarantaine de fréquences, la CLT a mis beaucoup de moyens sur le lancement de Maxximum. On s’est structuré de manière rapide, peut-être pas assez pour eux…

Maxx Carole 2

Mahalia en bas, Cocto à droite et Fabrice Revault dissimulant mal une casquette KLF.

En 1991, il y a eu des rumeurs venant de la CLT, on a ensuite été avertis qu’on fusionnerait avec une autre radio. Mais on a débuté from scratch, c’était remarquable. On avait le fonctionnement d’une radio indé mais on faisait partie d’un grand groupe. Nos locaux n’étaient pas proches et distincts de ceux de RTL, ce qui a contribué à cet état d’esprit. On avait commencé dans des locaux dans une rampe de parking rue du Commandant Schloesing au Trocadéro pour finir au Forum des Halles, dans des locaux tout neufs avec des peintures rouge brillant et gris, il fallait toujours prévenir les maîtres-chiens du Forum des Halles quand on sortait (tard !) le soir de la radio car leurs chiens se baladaient librement dans le Forum des Halles… on a vite compris la consigne.

Propos recueillis par David Glaser

4) ERICK PELEAU

La radio Maxximum aurait eu 30 ans en octobre 2019. Il y a un culte autour de cette chaîne qui était diffusée uniquement sur la FM (le web n’existait pas encore) grâce aux efforts quotidiens d’une équipe d’une trentaine de personnes installée près du Trocadéro puis au Forum des Halles dans le centre de Paris. Cette passion chez beaucoup de Français âgés entre 15 et 35 ans pour la plupart ne s’est pas estompée malgré les années, la nostalgie de ces années Maxximum est encore très vive. Nous faisons le tour des amis de la station, ceux qui l’ont produite, les gens de l’antenne et aussi les maîtres de l’ombre qui ont fait brillé un son novateur. Maxximum remplissait un rôle important dans le quotidien des habitants d’une quarantaine de régions captant le son de la radio des nouvelles musiques en ayant l’impression de vivre la révolution techno et electro sur une radio faite selon les recettes des stations commerciales américaines adaptée aux traditions radiophoniques françaises. Retrouvons l’homme de la promotion, un chef qui s’appelle Erick Peleau. Un homme de radio venu du département de la Charente-Maritime, visionnaire et très motivé, monté à Paris pour assurer des revenus aux radios régionales avant de passer à NRJ et de monter à bord du vaisseau Maxximum. Interview.

MAXXIMUM au Midem

Erick Peleau (à gauche) au stand de Maxximum du Midem à Cannes

Bonjour Erick et merci pour l’interview. Racontez-nous ce qui vous a amené à Maxximum.

Déjà en radio depuis les tous débuts, j’étais à NRJ depuis plus de 4 ans lorsque j’ai appris que la CLT se préparait à lancer un nouveau réseau FM dirigé par Eric Hauville.

Je connaissais Eric depuis plusieurs années et je suis donc entré en contact avec lui au plus vite pour poser ma candidature. Je me souviendrai toujours de sa surprise quand je lui ai dit : « J’arrive »  Il n’avait pas de budget, ne savait pas où ils allaient… Bref une véritable aventure !!! Je retrouvais l’ambiance de la création des radios pirates… J’ai foncé !

Où avez-vous commencé la radio ?

J’ai commencé dans une radio locale de Charente-Maritime : Radio Saujon Littoral (RSL) à côté de Royan dans laquelle je faisais une émission sur le cinéma avec mon ami Didier.

J’étais militaire dans la Marine Nationale à Paris, ce qui ne m’empêchais pas de suivre le Cours Simon et d’être en relation permanente avec les maisons de disques.

Rose Laurens interviewer par Erick à Saujon

Erick sur un plateau RSL avec Rose Laurens.

Ainsi je ramenais les disques le week-end à la radio et rencontrais régulièrement les artistes français pour les interviews. Pour des raisons diverses, j’ai quitté RSL pour rejoindre Royan Fréquence avec une nouvelle émission « Amicalement Stars ». Une émission régulière du samedi au cours de laquelle étaient interviewés des artistes comme Laurent Voulzy, Michel Berger, Michel Drucker, Lio, etc… L’occasion de faire faire l’une des premières scènes à une jeune chanteuse : Mylène Farmer… Un excellent souvenir pour moi… Sans doute un calvaire pour elle, le Revox de sa bande était défaillant…

C’est lors de cette soirée que je rencontre le responsable de la première société d’achat d’espaces sur la FM (pub très récemment autorisée par Mitterrand). Je rejoins donc Fusion FM pour quelques mois (qui me permettent de sympathiser avec Eric Hauville alors patron du réseau leader en Normandie : RVS).

Vous avez donc un peu plus mis un pied dans le milieu de la radio ?

Il y avait un réseau à cette époque qui était naissant et qui prenait de l’ampleur, c’était NRJ. Ils m’appellent alors que je gérais de la pub de 220 radios régionales. J’ai rejoint NRJ pour aider à la gestion d’un réseau naissant et par hasard, je suis devenu pour quelques mois l’assistant de Max Guazzini puis j’ai rejoint la régie commerciale du groupe, 15/34.

J’ai passé plus de 4 ans à NRJ et je pensais y avoir fait le tour quand je lis dans la presse que RTL lance Maxximum. J’appelle Eric qui me dit “t’es fou, je sais pas quel salaire je pourrais te verser, reste où tu es.” Je lui réponds que le projet m’intéressait, je viens quand tu veux. Il a rappelé pour me dire que c’était ok.

Comment se passe cette arrivée à Maxximum ?

Aventure FM (l’ancien nom de la fréquence de Maxximum) était localisée dans le parking du Trocadéro. Je rejoins alors une bande de vrais passionnés, Jean-Noël Auxiette, il y a aussi Michel Brillié (une des icônes de la radio). Et puis je rencontre l’équipe rapprochée d’Eric avec Mickaël Bourgeois et Olivier Devriese. Pour eux, venant d’NRJ, la radio FM de référence en France mais surtout, issu des radios pirates et libres de l’origine de la FM, nous parlions le même langage. Même si par moment, le nom d’NRJ revenait trop souvent dans nos réunions de travail… Je leur disais souvent qu’il fallait trouver nos propres références et arrêter d’aller chercher celle de la panthère.

Comment est arrivé le nom de Maxximum dans ces réunions ?

De nombreuses recherches de noms ont été effectuées par des agences françaises, étrangères afin de trouver le nom communiquant et surtout libre de droit.

Maxximum avec deux X s’est affirmé et les visuels sont arrivés par la suite. Je n’en suis pas sur mais il me semble que c’est l’agence Carré Noir qui a trouvé cette identité. Mais c’est à confirmer…

On dirait que pour la vénérable maison RTL, la culture radio de Maxximum était beaucoup plus spécialisée, ouverte sur la jeunesse, non ?

Dans un panorama FM déjà très fermé et très occupé avec différents réseaux et thématiques, l’intelligence de la CLT (aujourd’hui RTL Group), c’est qu’ils ont su s’entourer de personnes issues et passionnés de radio de plusieurs générations (Michel Brillié qui a commencé avec Salut les Copains sur Europe 1… et d’autres créateurs de radios pirates de 1980). Tous créatifs et « aventuriers » pour leur faire confiance et les laisser créer « autre chose », un autre format. Pour la plupart d’entre nous, créer Maxximum était une nouvelle aventure, un nouveau challenge alors que la FM était déjà « installée » et que créer semblait très difficile… déjà ! Outre l’intelligence d’avoir rassembler plusieurs générations de passionnés, il y avait vraiment cette volonté de créer quelque chose de nouveau avec une équipe restreinte.

Je retrouvais ce que j’avais pu connaître avec les débuts de la FM, le ton qui m’avait donné envie de faire de la radio quand j’écoutais Radio 7 (la première FM de Radio France). Mickaël Bourgeois cherchait et trouvait les titres qui allaient donner le ton musical, Michel Brillié veillait à la couleur de l’antenne, Olivier Devriese chérissait le son spécifique. Tous les autres, animateurs, journalistes, programmeur, la communication et promotion… participaient à cette ambiance extraordinaire qui s’entendait sur l’antenne. Eric Hauville dirigeait l’ensemble avec talent… et quelque fois avec humeur.

Musicalement, vous étiez libres de programmer des genres peu exploités (la techno, le HI NRG, de la funk et des choses plus pop aussi) ?

La nous sommes dans le chapitre qui concerne le « Monsieur Musique : Mickaël Bourgeois. C’est lui qui cherchait partout et qui avait son propre réseau « d’informateurs » pour trouver la pépite. Et la diffuser avant les autres (qui d’ailleurs ne se gênaient pas pour reprendre ensuite… : « Maxximum, la radio que les autres radios écoutent » ! Outre la programme très novatrice, nous avions des animateurs qui avaient un véritable talent pour donner un nouveau ton autour de la musique. Certains étaient déjà animateurs, quand d’autres étaient de purs DJ. Un nouveau ton d’animation orchestrée par Michel Brillié avec un mix d’identités d’animations différentes : Pat rompu aux techniques de l’intro, Eric Madelon capable de répartis très libre et drôle, Fred Rister, très grand connaisseur des nouveaux rythmes et capable de fous rires énormes. Sans oublier les Lorenzo Pancino, Dom Dom Perrin, etc… Michel Brillié a fait la radio avec des tons différents en fonction des plages horaires, il faisait de la radio comme on compose une musique permanente, avec des alternances, un allegro, un scherzio… Plus cool, plus rapide selon les moments de la journée. Le tout ponctué par les voix suaves de nos journalistes, seules femmes à l’antenne… mais quelles voix !

Combien étiez-vous ?

En tout, nous étions une équipe d’une trentaine de personnes. Sous la direction de la communication avec Xavier Bise, il y avait ma partie : la promotion que j’assurai avec Patrick Delhaye qui nous aidait régulièrement et qui me remplacera avant la fin de Maxximum. Xavier, en tant que Directeur de la Communication, gérait la création du film, les achats d’espaces, campagnes d’affichage, etc… Mon rôle était la direction de la promotion avec « Les Soirées Maxximum » organisées mensuellement et diffusées par satellite (une première à l’époque). Nous choisissions le plus gros club dans chaque région de France, puis nous faisions venir 3 à 5 artistes. Cette soirée était animée par Pat, Fred, Joachim et nous diffusions de 1h à 3h du matin (l’heure de diffusion par satellite coûtait très cher…). Ces soirées étaient vraiment très populaires, les clubs étaient évidemment très intéressés car ce soir là… C’était plein ! Je rencontre encore certaines personnes qui se souviennent de ces soirées… avec émotion. Outre ses soirées, nous mettions en place les compilations avec certaines maisons de disque, une ligne de produits et vêtements avec la chaîne Madison (qui n’existe plus aujourd’hui), une collection vidéo, des premières cinéma…

Quel est ton meilleur souvenir ?

A Lyon, devant 2800 personnes, c’était au Xyphos, c’était gigantesque : le DJ arrivait dans une soucoupe, au-dessus de la salle. Le Xyphos, c’était la plus marquante mais il y en a eu beaucoup d’autres. Le Boy ou Queen à Paris, Toulouse, Bordeaux, Rennes.. et même le Luxembourg pour « faire plaisir »… à nos patrons de la CLT installés là-bas. Ce fut d’ailleurs un peu la galère. Les clubs ferment à deux heures du matin et pour faire une soirée qui allait au delà de 23-1h à l’antenne, il a fallu faire une demande très protocolaire aux autorités locales…

Autre anecdote, le 1er avril 1990 (je ne sais pas qui a eu l’idée de cette superbe blague), l’antenne a fait croire aux auditeurs qu’en appuyant sur un bouton de leur radio, grâce à une prouesse de nos techniciens, le son allait être modifié de manière extraordinaire. À la fin de la journée, les auditeurs appelés à réagir ont laissé des messages dingues indiquant que la différence était énorme. Nous étions aux anges en écoutant tous ces retours à l’antenne alors qu’il n’y avait en réalité aucun changement technique et donc… aucune modification du son habituel.

D’autres souvenirs moins glorieux ?

Oui hélas. Nous étions très sollicité par les associations d’étudiants pour animer leurs soirées. Nous en avons eu une qui m’a laissé un souvenir très… amer. Les Olympiades de toutes les écoles de commerce européennes, ça se passait en France. L’école de commerce française qui organisait les Olympiades était fan de Maxximum. Nous avons donc accepté d’animer leur soirée de clôture devant plusieurs centaines d’étudiants internationaux… et ce fut la plus grande baffe. Nous avons été surpris de constater que la majorité des gens présents ne dansait pas sur la musique jouée par nos DJ. Totalement par hasard, au moment où nous avons passé un titre très acide, nous avons vu une délégation allemande très remontée qui nous insultait et nous demandait d’arrêter… On nous a expliqué plus tard que le titre que nous passions (d’ailleurs excellent) avait été choisi en Allemagne comme hymne de groupes d’étudiants allemands extrémistes… Ce que nous ignorions évidemment. On a fini par passer les Beatles et autres titres plus classique… Ça a a été douloureux pour toute l’équipe. Les étudiants, tellement contents de nous avoir, étaient tellement gênés pour nous…

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L’équipe de Maxximum, Olivier Devriese, Xavier Bise et Eric Hauville dans un club pour une soirée que la radio animait et diffusait par satellite.

Lors de vos campagnes de promo de la radio, avez-vous des souvenirs ?

Oui une anecdote, le jour du lancement des « Années Maxximum », un autocollant fut accroché aux antennes de voiture, comme un drapeau sur l’antenne. Vous aviez la liberté de prendre l’autocollant ou de le jeter. On était pas très en phase avec le « Merci de de ne pas jeter sur la voie publique », le slogan des « Années Maxximum commencent » visait un public jeune mais on voulait toucher un maximum de monde, alors nous avons recruté des étudiants pour diffuser les 500 000 autocollants en une nuit, celle du lancement. On est même allé devant le domicile de Jacques Rigaud, le patron de RTL et de la CLT en France, donc notre patron. Problème, le lendemain matin, on reçoit un appel du dirigeant qui nous dit « c’est bien les gars, on vous voit partout, mais sur votre message « Les années Maxximum commencent », vous avez écrit « les annes »… Normalement, le communicant auteur de la bourde est viré sur le champ. Mais là personne n’a pu accuser qui que ce soit puisque tout le monde avait validé… Cet affichage inédit a été un vrai succès… malgré la faute. C’est un autocollant collector.

Tout le monde de la radio vous prenait au sérieux ?

Oui et non… on nous écoutait, on nous regardait… on nous copiait aussi. Nous étions actifs hors antenne, bons à l’antenne et avec les moyens de la CLT… Mais on ne peut pas dire que nous faisions… peur à nos concurrents. Avec plus de fréquences, cela aurait été différent… Mais c’est une autre histoire ! Je me souviens d’ailleurs avoir revu Max Guazzini lors d’une réunion avec plusieurs radios pour préparer la « Nuit de la FM ». Dans un de ses sourires, il me dit « alors Max-xi-mum, tu fais le Mi-ni-mum… ». Nous n’étions pas (encore) une menace. Ils nous ont regardés, écoutés. Mais de loin. Aujourd’hui, je me souviens avoir senti un vrai changement, lorsqu’Eric Hauville, que le CSA sommet de choisir entre son « premier bébé » RVS, et la direction de Maxximum. Certes Eric a choisi seul, mais il aurait pu être défendu.

Ensuite la vente du réseau au groupe PRISA a été vécu comme une vraie trahison et surtout une grande injustice pour une équipe hyper motivée et des résultats qui commençaient à venir. Un arrêt trop rapide… Quand on voit le succès actuel de la programmation avant-gardiste de Maxximum. En même temps et je dois être totalement objectif, sans la CLT, je n’aurais pas pu vivre l’un des meilleurs moments de ma vie avec la création de Maxximum et la rencontre avec une équipe géniale.

Les gens d’une trentaine d’années occupant vingt ans après des postes importants dans le monde de l’entreprise ont-ils encore une nostalgie de Maxximum ?

Lors événements organisés par ma société de communication « Invité de Marques », j’ai eu l’occasion par 2 fois de rencontrer 2 clients qui ont, pour l’un suivi et assisté à plusieurs de nos soirées, et pour l’autre, avoir toutes nos compilations…

MAXXIMUM au Festival d'Avoriaz 2

Lunettes noires pour jours blancs, Olivier Devriese et Erick Pelleau à Avoriaz.

Quand êtes-vous parti de Maxximum ?

Je suis parti quelques mois avant la fermeture. Je me souviens avoir eu une discussion avec Jocelyne Buisson, notre rédactrice en chef, sur la situation que nous vivions et ce que nous sentions venir. Nous sommes allés voir Hervé Rony, le remplaçant d’Eric Hauville au poste de directeur de Maxximum, afin de lui demander comment il voyait les choses… « Ecoute Hervé, dis-nous si nous devons partir ou rester ? « Vous feriez mieux de partir…» nous dit-il. Après lui avoir demandé de conserver Patrick Delhaye à ma place, Jocelyne et moi avons démissionné… (avec beaucoup de peine).

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Une manifestation dans le quartier de RTL, rue Bayard, pour sauver Maxximum.

Que gardez-vous de Maxximum, outre des souvenirs ?

Des contacts réguliers avec les anciens, quelques objets fétiches (pins… notamment la maquette du premier pin’s, etc…) et surtout un film réalisé le jour de mon départ de Maxximum. J’ai filmé les locaux, les personnes présentes… une partie de l’ambiance… Je ne l’ai jamais revu. Il est dans un autre format vidéo et j’ai toujours la volonté de le retrouver et le numériser. Il dure une vingtaine de minutes… Mais on y voit des choses… incroyables. C’est peut-être la seule vidéo de cette époque.

Par David Glaser

5) MAHALIA ROUILLY

Déjà le cinquième tome d’une saga passionnante, celle d’une station de radio nationale inventive, qui ne prenait pas l’ado que j’étais pour un simple consommateur de disques, une radio rebelle par la programmation musicale qu’elle diffusait. La radio Maxximum, née il y a trente ans à Paris, et disparue moins de trois ans après, a marqué toute une génération française et francophone. A jamais. Parce qu’elle parlait au cœur et savait rythmer la vie de ses auditeurs. Parce qu’elle mélangeait le savoir-faire programmatique des grandes radios (RTL, Europe 1) et la fougue des indépendantes de la bande FM, publique, libre ou pirate (Radio 7, Nova et RFM pour ne citer que ces trois là) et une culture de la dance-music anglo-saxonne (l’influence des radios US), un sens de la fête français avec les premières vagues de rave parties dans l’hexagone, une culture techno-gay déjà bien vivante dans tout le pays. Maxximum a planté les graines de l’electro, et fait fructifier les germes de la musique à danser funk, rap, hi-nrg et acid jazz avant même que toute la scène chère à Gilles Peterson n’explose mondialement, avant même que Skyrock ne se mette au rap et que Fun ne tâte du groove. Voici l’interview d’une femme de l’ombre, plongée dans le chaudron comme Obélix ou plutôt Falbala dans la potion magique, rentrée dans la station pour apprendre le journalisme en observant tout un tas de jeunes professionnels de très près, dont les présentatrices des « Plus info » calés à chaque fin d’heure. Elle s’appelle Mahalia Rouilly, son prénom rappelle le jazz vocal et bien sûr le gospel. Pas un hasard que cette jeune femme de 18 ans, tout juste auréolée de son bachot, ait trouvé une passion et des âmes sœurs à la radio. Celle qui s’est trouvée baptisée du prénom de Mahalia Jackson garde de merveilleux souvenirs de cette équipe de doux-dingues qu’était la Maxximum Team. Une interview pleine d’anecdotes. Merci Mahalia!

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Bonjour Mahalia et merci pour cette interview, pouvons-nous commencer par vous présenter et raconter comment vous vous êtes retrouvée à faire partie de l’équipe de Maxximum ?

Mahalia Rouilly : Je travaille dans les médias, en presse écrite, en tant que journaliste correctrice. Je viens de Chantilly dans l’Oise, je suis rentrée à Maxximum par ma mère. Elle travaillait à RTL, elle y avait été assistante de Michèle Cotta et auprès de la rédaction. La radio cherchait des étudiants. Ni elle ni moi ne pensaient que je resterai aussi longtemps. Grâce à cette aventure, j’ai eu mon premier enfant avec Joachim Garraud que j’ai rencontré à Maxximum. Un grand enfant de 24 ans, il s’appelle Maxime – mais son nom n’a pas de lien avec la radio. Il est batteur dans un groupe de musique qui s’appelle Wigo et poursuit des études d’ergonomie. Il a bien sûr entendu parler de Maxximum, pour autant il n’écoute pas forcément d’electro, il a des goûts très éclectiques.

Maxximum, pour moi, c’est une collaboration qui commence à l’été 1990, juste après mon bac. C’est un boulot d’été de deux mois, je faisais des Call out, ces sondages au téléphone sur la musique. On appelait des personnes qui avaient répondu à un concours pour cerner leurs goûts musicaux. Dans l’équipe de départ, il y avait Carole Bottollier, Franck Lenfant, Karine Ducher etc.

Ce n’était pas un boulot très intéressant mais nous avions affaire à des gens qui aimaient Maxximum. Ils savaient de quoi il s’agissait, des auditeurs concernés et fans de la radio. Je suis passé ensuite au standard, une standardiste administrative se chargeait des appels officiels, moi je prenais les appels des auditeurs. On faisait beaucoup de jeux à l’antenne, on recevait des dizaines d’appels… Dès qu’on avait un gagnant, il fallait annoncer à tous les auditeurs qui ne cessaient d’appeler qu’ils avaient perdu… jusqu’au jeu suivant.

Je me souviens d’une relation très forte des auditeurs avec les animateurs, le jeu était un prétexte de participer à ce truc de fou qu’était Maxximum, non ?

Le succès de Maxximum se mesurait aussi là avec ce gros téléphone avec ses sept-huit lignes qui s’illuminaient. Mais pour nous, c’était la course pendant le jeu, on passait une demi-heure intense et on répondait à tout le monde « Maxximum bonjour ne quittez pas.» On les prenait tous… ce n’était jamais le premier qui gagnait, c’était selon le bon vouloir de l’animateur. Ça laissait une chance à ceux qui n’étaient pas près du téléphone. Il y avait le Double X, les voix mystères à identifier et pour certains c’était un moyen de rentrer en contact avec les animateurs, d’être un peu plus proches de la radio.

Vous n’avez pas fait que du standard ?

J’étais officiellement payée pour faire le standard, de 7 heures à 13 heures. Mais comme le matin, que ce soit dans les locaux du Trocadéro, puis dans ceux des Halles, la radio était vide, je retrouvais Dom Perrin à l’antenne. Comme ça je passais de temps en temps à l’antenne et on n’était pas tout seuls ! Ça m’a donné l’envie de passer derrière le micro ! On s’embêtait un peu parfois entre deux jeux… mais les auditeurs pouvaient aussi t’appeler pour connaître les titres diffusés. A l’époque, il n’y avait pas d’écran, donc chaque jour nous avions toute la playlist avec les heures de passage de chaque titre sur plein de feuilles.

On a l’impression d’une grande famille à vous entendre parler de vos collègues, des auditeurs…

C’est ça. Je ne connaissais pas cette radio quand je suis arrivée. Mais les gens qui l’ont faite sont devenus mes meilleurs amis, et aussi ma famille, je me suis mariée avec Joachim Garraud (nous sommes divorcés aujourd’hui) qui occupait le poste de producteur des habillages de l’antenne et des contenus (il faisait des remixes de titres et tout l’habillage de l’antenne de Maxximum avec Fabrice Revault). On était tout le temps ensemble dans les studios, le week-end. La nuit, on venait voir l’animateur à l’antenne ou on l’appelait.

On avait la vingtaine, on est rentré de plein fouet dans l’âge d’or des fêtes, des raves. Notre équipe était principalement composée de personnes âgées de 18 à 25-27 ans pour les plus vieux. Une vie rêvée quand tu es jeune, t’es dans une radio qui innove. On avait l’impression d’être précurseurs, beaucoup aimait ce qu’on faisait et avait adhéré au concept. On sortait d’une vie avec nos parents, le lycée, le bac, pour moi ça prenait une tournure spéciale. Du coup, je suis restée beaucoup plus longtemps que deux mois et comme je voulais être journaliste, j’ai commencé une école, le Studio école de France, spécialisée dans la radio.

Mais je continuais bien sûr de travailler à Maxximum. Je me suis installée avec Joachim. On est libres, complètement libres et surtout passionnés. J’ai bossé jusqu’à la fin de Maxximum et j’ai enchaîné avec deux semaines au sein de M40. C’était étrange, je devais répondre au téléphone à des auditeurs énervés, ils appelaient pour nous insulter. Mais moi, je n’y pouvais rien et j’étais même totalement d’accord avec eux. Je faisais semblant de me tromper en commençant par dire «Maxx…oh pardon M40 bonjour ». Mais forcément je n’étais plus aussi enthousiaste pour rester.

Tous les admirateurs de Maxximum se souviennent de cette fin très douloureuse…

Oui, la rupture est violente. 23h50 à Maxximum, l’ambiance était triste et électrique, à minuit M40 veut passer en force et ne nous laisse pas finir notre au-revoir. Dès le lendemain, ce ne sont plus les mêmes animateurs, la même musique, la même ambiance. C’est comme si quelqu’un habitait ta maison. Quinze jours ont passé et je suis partie. C’était mon premier job, et ça a marqué ma vie entière. D’ailleurs on est toujours en contact trente ans après. Encore aujourd’hui avec un grand nombre, on arrive à programmer un dîner une fois par an. Et à chaque fois c’est reparti comme si on s’était quittés la veille.

maxximum adieux

« That’s the end » chante Janet Jackson… de la reine des ondes Maxximum, oui!

Que s’est-il passé après ?

J’ai travaillé un peu à SuperLoustic avant que ça ne ferme. J’avais été choisie par Eric Sicaud. Là aussi c’était très triste de vivre la fin de cette radio. C’était une très belle idée : une antenne pour les enfants de 5-14 ans avec des chansons, des flash indos et des programmes adaptés mais surtout très intelligents, drôles. L’anti-Dorothée. Avec Maxximum, j’avais appris qu’on pouvait travailler avec passion, joyeusement mais aussi très sérieusement, en respectant les auditeurs. Il y a eu aussi un court passage sur Radio 95,2, un peu de standard à Ouï FM. Puis je suis devenue rédactrice pendant une dizaine d’année dans un groupe de presse qui éditait des magazines de jeux vidéo tels que Player One, Nintendo Player, Manga Player… Aujourd’hui, je suis éditrice dans différents magazines tels que Psychologies, M Le magazine du Monde, Jeune Afrique, etc.

Les soirées de Maxximum étaient du passé…

Forcément. Pour nous les soirées c’était Joachim, Fred, Pat, Eric, Cocto, Fabrice bref tout le monde soit à l’animation soit derrière les platines. Le week-end on était souvent en déplacement dans des boîtes en province pour des soirées Maxx ou avec les groupes qu’on avait montés comme Barbecue Production. Les soirées étaient défrayées, on était accueillis comme Beyoncé, c’était dingue. A Paris, le BOY était notre QG. L’ambiance était festive, délurée, joyeuse. Pour moi, les soirées en boîte de nuit, c’est simple il n’y en a plus eu après ça.

Qu’avez-vous appris à Maxximum?

J’ai pu apprendre à faire des voix pour les pubs… J’ai appris le montage, mais moi ce que je voulais c’était être Hélène Zelany. La fin de Maxximum a correspondu à la fin de mes études, à l’entrée dans le monde de la radio. Moi ça me faisait plaisir de penser à cette profession dans une maison comme Maxximum ou Superloustic alors que mes collègues du Studec voulaient être journalistes dans des grandes radios. Et ça les faisait rêver d’être à France info.

pat 2

Un « Ancient of Mu Mu » en pleine rave messianique? Un télévangéliste en pleine night fever? On ne saura jamais ce que Pat incarnait mais ça avait l’air bien.

Quelques anecdotes pour terminer, ou plutôt une anecdote ?

Plusieurs. Le grand truc pour Joachim et Fabrice, c’était de choper un animateur comme Pat ou Fred et le scotcher à son siège… Pat féru de sport adorait le foot et le tennis. Lors des infos, il ne voulait surtout pas entendre les résultats pour pouvoir rattraper ça le soir devant son écran. Du coup, lorsque la journaliste lui faisait signe pour qu’il envoie les cartouches de l’habillage d’antenne, il envoyait tout sans rien entendre.

Aux Halles, la clientèle était particulière, n’importe qui pouvait rentrer dans les locaux… Les gens rentraient pour demander « c’est quoi ici ? » « Ah c’est super, tu me donnes des pins. » On était toute seule, en vitrine en plus, car les bureaux et les studios étaient dans les étages. Seul l’animateur nous voyait via un moniteur, mais c’était le seul. Donc quand on avait quelqu’un d’un peu trop énervé, qui voulait des cadeaux et devenait agressif, il fallait discrètement attirer l’attention de l’animateur pour qu’il nous envoie quelqu’un pour nous aider. Il y avait des systèmes anti incendie qui se déclenchaient deux fois par jour, c’étaient comme des douches, les portes pare-feu descendaient, en vitrine c’était un un déluge d’eau qui coulait.

La vida loca à la Maxximum, cela ressemblait à quoi ?

C’était les soirées de Maxximum, mais c’était aussi chez nous, dans notre appartement. Les titres de Barbecue production, « Techno is not dead », « Requiem pour un con » remixé, et pas mal d’autres remixes de Joachim étaient commencés dans le salon. La radio ne nous quittait jamais et on aimait cette vie !

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Joachim Garraud dans le « Stairway to Hell »? ou le « Highway to Heaven »?

Cette école de talents a continué d’inspirer des concurrents ?

Maxximum a eu une bonne idée, et comme les bonnes idées, elle a inspiré pas mal de radios. Si Maxximum avait survécu, toute l’équipe aurait su en permanence se réinventer pour rester précurseurs. Et ils en avaient tous le talent. Après tout, c’était la radio que les autres radios écoutent. Quand j’entends des titres de Maxximum maintenant, c’est au-delà d’un boulot, c’est une tranche de vie !

Vous avez fait une soirée de fête Maxximum pour votre mariage Joachim et vous ?

Le mariage avec Joachim a été un souvenir incroyable. On n’a pas cherché de DJ, dix personnes de la famille sont venues et au moins une trentaine de la radio. On était à Chantilly, avec tous les animateurs, sauf ceux qui bossaient. On a pas eu à chercher des animateurs et DJ pour animer la soirée. On se serait cru dans une rave ! Pour l’anniversaire de Joachim, nous avions à plusieurs composé un titre délirant, tourné un clip et lui avons fait la surprise de débarquer tous ensemble en Bretagne chez ses parents. Des souvenirs de fêtes, de soirées chez les uns et les autres, j’en ai des dizaines.

Allez cette fois une dernière anecdote, votre préférée ?

Il fut un temps où Radio Montmartre avait une antenne ouverte pour des gens qui vendaient des trucs, passaient des petites annonces. L’animateur était tout seul, il n’avait pas de standardiste pour filtrer les appels. Joachim, Cocto, Fabrice, Pat, Fred et moi, on lui phagocytait l’antenne avec des pseudos, des accents bidons. On avait des personnages comme celui de Georges Cohen du métro La Fourche. A l’antenne, le gars était dépassé… On était tous à l’antenne chacun notre tour, à raconter n’importe quoi. Un jour Cocto a dérapé et ça a sonné la fin de la récré. L’animateur n’a plus jamais pris d’appels en direct. Joachim enregistrait tout sur Revox. Pour finir ce sketch qui a duré plusieurs mois, Joachim et Fabrice je crois en ont fait un titre techno bien sûr avec des extraits de nos interventions, « Jonathan que toi ». L’animateur a réagi avec humour.

Par David Glaser

6) JOACHIM GARRAUD

« Are you readyyyyyyyyy? » Joachim Garraud est dans Suississimo. Un honneur! Le sixième homme (ou plutôt le sixième humain car on a eu la chance de parler à Carole Bottolier et Mahalia Rouilly juste avant cet entretien) à raconter l’aventure Maxximum. Cette radio unique est née il y a 30 ans et nous sommes plusieurs milliers à la vénérer, en France, en Belgique et en Suisse où une radio DAB+ nommée Maxxima a eu la bonne idée de naître et elle marche bien par ici. Et Maxximum alors? Quel fut son parcours? Fulgurant. Avec l’un des pionniers de la techno mondiale tels que Joachim Garraud dans son équipe, il ne pouvait que l’être. Maxximum est une idée de radio formatée sous la France mitterandienne, venue de Eric Hauville et Michaël Bourgeois, deux artisans de la radio FM d’envergure basés à Rouen, dans une station régionale puissante nommée RVS. De 1989 à 1992 aux côtés de radios musicales dominatrices comme Skyrock ou NRJ, Maxximum s’est distinguée et les a sérieusement bousculées, oui on pouvait faire de l’audience avec de la qualité et de l’originalité. Les radios FM françaises étaient peu courageuses dans leur approche musicale, s’efforçant de jouer du TOP 40 et c’est quasi tout. Maxximum défrichait et composait une playlist avec 95% de nouveautés rythmés et quelques golds dance-funk-pop pour structurer le tout. Bravo pour l’audace, cette radio était la seule à jouer des nouveautés en avance, aidée par des call-out, c’est à dire des séances d’écoute d’extraits très courts à un panel large d’auditeurs de la radio. Joachim Garraud a fait le son de Maxximum, les habillages, les jingles et les promos antenne. Il a aussi été le garant de la bonne humeur générale avec ses soirées, ses remixes célèbres, ses productions personnelles (Barbecue production, c’est lui).
En France, dans les radios locales et FM, on aimait bien débaucher des DJ de clubs/discothèques voisins, leur métier les faisait acheter des maxis de nouveautés, des versions remixées classées au Top. Les maxis étaient les vinyles les plus intéressants, car s’adressant à un marché de niche, les pros, les collectionneurs et les passionnés. Joachim, originaire de la région de Nantes, l’ancienne capitale bretonne, a goûté aux joies de ces maxis qu’on malaxe dans les soirées. Depuis tout est numérique, mais l’homme a gardé un regard très tendre sur ces années analogiques et vinyles, où les disques de Maxximum étaient remixés et placés sur des bandes magnétiques pour un meilleur contrôle du son. Il va nous raconter toutes les coulisses, de son arrivée sur le premier réseau de radio electro-techno-house-dance jusqu’à sa carrière de « Space Invader » de l’electro mondiale. Joachim est aujourd’hui un des plus grands DJ-musiciens et producteurs de la planète et il nous fait l’honneur de nous raconter son Maxximum. Et son histoire est celle d’un jeune homme passionné jusqu’au bout de la bande magnétique. Rembobinons!

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Un trio qui travaillait en s’amusant: Pat Angeli, Joachim Garraud et Cocto

David Glaser/suississimo: Salut Joachim, mon téléphone indique un numéro à Chicago, tu y es?

Joachim Garraud: bonjour, c’est un téléphone que j’ai acheté à Chicago, c’était la première ville de ma première tournée américaine il y a dix ans. Je l’ai gardé depuis. Aujourd’hui, je suis basé en Californie, à West LA, entre La Cienaga Boulevard et Pico Boulevard.

Il t’arrive de penser à Maxximum?

Maxximum, ça vibre encore beaucoup en moi. La musique, les remixes et la production d’éléments d’antenne ont été très marquants, j’y pense beaucoup. Cette période était puissante… Cela fait déjà 30 ans et pourtant, je m’en souviens de façon très précise. Une soirée hommage aux années Maxximum va avoir lieu le jeudi 21 novembre au Rex Club à Paris. Il y a une histoire importante autour de Maxximum. Sur les réseaux sociaux, des gens postent encore des photos.

Quel est le contexte pour toi à Nantes quand tu entends parler de Maxximum?

A l’époque, j’ai un petit home studio de production bien équipé pour l’époque, en effet je suis passionné de nouvelles technologies . En parallèle, je suis un cursus au Conservatoire de musique à Nantes (section percussion et piano). En 1985, le sampler que j’utilise me permet d’échantillonner des sons sur une durée totale de 8 secondes et en mono avec une qualité vraiment médiocre, mais cela me suffit à faire quelques expériences avec le son. En parallèle, je travaille comme animateur sur NRJ Nantes. Je combine alors mes passions Radio / DJ / Production / Musique.

Comment s’est passé précisément ton départ de NRJ Nantes?

J’étais à NRJ Nantes depuis 1985 et quand le satellite a été installé sur le réseau NRJ, nous n’avions plus la liberté de programmation et nous devions rediffuser le programme parisien, il n’y avait donc plus de place pour une vraie équipe de production et d’animation en local. J’ai donc décidé de rejoindre Radio Nantes qui était dans le même immeuble : 8 place du Commerce. Au 2ème étage, NRJ et au quatrième, Radio Nantes. En effet, les deux radios appartenaient à Georges Polinski, (ndlr: l’homme qui a créé le réseau Kiss FM qui fusionnera à Metropolys et qui donnera ironie l’histoire naissance à une radio nommée M40, fusion des réseaux Maxximum et Metropolys).

Sur Radio Nantes, j’ai totale liberté de réaliser une émission de remixes avec des titres créés sur mesure en prenant des extraits de Bourvil et Georges Brassens. Je prenais un malin plaisir à mélanger cela avec des rythmiques house. Je suis rejoint alors par mon ami d’enfance Fabrice Revault qui participe à la fabrication de ces megamixes dans mon petit studio nantais appelé Studio Suffren.

A Radio Nantes, j’ai retrouvé Pascal Amiot qui s’occupait de la programmation. C’est lui qui m’a conseillé d’écouter une nouvelle radio qui venait de naitre au sein du groupe CLT: Maxximum. Je me souviens très bien du premier jour où j’ai écouté cette radio pour la première fois. En effet, je devais aller acheter du matériel chez  Leroy Merlin et quand j’ai branché l’autoradio de ma Polo sur Maxximum, je n’ai pas pu descendre de la voiture. Du coup, je suis resté plus de cinq heures dans la voiture sur le parking de Leroy Merlin.

Tu as envoyé une démo à la direction de Maxximum?

Effectivement, en rentrant ce jour, j’ai immédiatement envoyé une maquette à Michel Brillé qui était le directeur d’antenne. Quelques jours plus tard, il m’a laissé un message sur mon répondeur téléphonique en me demandant devenir faire un essai durant la période de Noël. La radio venait d’être lancée depuis le 23 octobre. J’ai donc pris un peu de matériel que j’ai mis dans la Polo pour venir à Paris : mon sampler, mes disquettes de son. C’est ainsi que j’ai pu faire mes preuves dans les locaux du Commandant Schloesing au Trocadéro. J’ai rapidement trouvé ma place au sein de cette équipe, je remplaçais une personne qui n’avait pas le bon profil. J’avais la chance d’être DJ et en même temps producteur, et d’avoir aussi fait beaucoup d’animation. Quand je suis arrivé à Maxximum, c’était certain : je ne voulais plus en partir.

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Une régie sur laquelle les animateurs ont sué pour caler les jingles sur les intros.

Comment as-tu travaillé au début?

Une de mes premières missions était de formater les titres que me confiait Mickaël Bourgeois, le directeur en charge de la programmation musicale. En effet, toutes les semaines, j’avais une liste de titres qu’il fallait raccourcir puisque les vinyles que me donnaient Mickaël Bourgeois étaient des maxi 45 tours avec des versions qui faisaient bien souvent plus de 7 minutes. Ma première mission était de formater ces titres pour qu’ils fassent 3 minutes 30. Très rapidement, je me suis retrouvé à remixer les titres car il y avait certains titres où l’intro n’allait pas ou le break n’était pas adapté. C’était donc un travail sur mesure pour chaque titre qui entrait dans la playlist. Enfin, je remastérisais les titres pour qu’ils soient en adéquation avec le traitement de son de Maxximum. Et, phase finale, je reportais le titre sur bande Revox pour diffusion.

Tu avais l’habitude des magnétos à bande?

Oui car j’avais eu la chance d’acheter deux Revox lors d’une vente en adjudication d’une radio à Nantes. J’avais acquis une certaine dextérité avec les outils de montage. Couper, découper, recoller, mettre des scotchs, inverser les bandes : j’étais plutôt à l’aise avec cet outil de montage. J’avais de part de mon expérience à Radio Nantes et NRJ Nantes une bonne connaissance de l’utilisation des différentes machines que nous utilisions dans le monde de la radio. L’outil complémentaire du Revox était les cartouches ITC qui nous permettait de stocker les jingles, les publicités et tous les éléments non diffusés en direct. En parlant des jingles Maxximum, ceux-ci étaient stockés sur ces cartouches et cela permettait de caler et de cadrer les intros des titres diffusés à partir des bandes Revox.

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Pourquoi t’es-tu retrouvé à faire les jingles de Maxximum ?

Les premiers jingles avaient été produits aux USA, via notre partenariat avec EMMIS et leur radios HOT97 et POWER106. Eric de POWER106 faisait des jingles principalement a capella. (« Ne-Ne-New Music, HOT Ninety-Seven » est l’ancêtre du jingle « Nou-nou-nouvelles musiques »). Dany Sénéchal et Guy Montagné avaient été choisis par Michel Brillié pour être les voix station de Maxximum. L’enregistrement avait été fait à Paris et avaient été envoyées aux USA pour être réalisés là-bas. Mais au bout de quelques semaines, Michel Brillié me demande si je peux réaliser les jingles car les premiers jingles  made in USA étaient inexploitables. En effet, les Américains qui ne parlent français ne coupaient pas les phrases au bon endroit et les répétitions des syllabes n’étaient pas les bonnes. Exemple : Nous avions un jingle qui disait : Maxximum, ça pulse dans la nouvelle musique. Les Américains avaient fait une répétition sur pulse, de telle sorte que le jingle disait au final : Maxximum, ça pupupupupulse  !! C’était incompréhensible et même risible pour certaines phrases. Du coup, j’ai repris les éléments d’origine : les enregistrements a capella de Dany Sénéchal et de Guy Montagné pour fabriquer les éléments Maxximum avec mon sampler.

Petite anecdote : quand je suis arrivé à Paris pour Noël 1989 et ne sachant pas combien de temps j’allais resté en essai, j’ai décidé de ne pas prendre d’appartement de location. Du coup, je dormais dans le studio d’enregistrement ou j’avais amené mon duvet et un matelas gonflable. J’étais donc sur place 24 heures sur 24 et j’ai produit en 20 jours l’équivalent de 250 jingles avec les déclinaisons, c’est-à-dire ce que les américains avaient mis six mois à réaliser.

Les jingles Maxximum ont été pour moi, une vrai possibilité d’exprimer ma créativité à travers des éléments de production. En parallèle, quand les studios de Maxximum ont déménagé de la place du Trocadéro au Forum des Halles, on m’a proposé d’utiliser les studios de RTL. C’était une super nouvelle pour moi, sauf que les studios de RTL n’étaient libres que la nuit, donc je me suis retrouvé toutes les nuits à RTL pour continuer à produire des jingles de Maxximum. C’est à cette époque que j’ai rencontré Gaya Becaud qui composait les jingles de RTL.

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La référence pour tous les producteurs des radios FM, RTL a un son si puissant!

Est-ce que cette formation au métier de production pour la radio t’a donné des idées pour la production musicale ?

En effet, lorsque j’ai produit le premier album de David Guetta en 2000, j’ai beaucoup utilisé des compresseurs que j’avais l’habitude d’utiliser à la radio et plus précisément pour le traitement de son général.

La compression multi-bandes et l’utilisation de traitement de sons spécifiques à la radio m’ont permis de donner une touche particulière aux productions musicales qui passaient entre mes mains. En effet, ré-écouter « Love, don’t let me go » ou « Just a little more love » et vous comprendrez mieux pourquoi la voix de Chris Willis passe si bien à la radio et pourquoi au final ces titres étaient identifiés comme radio friendly.

Comment résumerais-tu tes années Maxximum?

C’est surtout une rencontre avec une équipe de passionnés de nouvelles musiques, de fêtes, de technologie. J’ai vécu à Maxximum mes meilleures années radio. J’ai rencontré Mahalia que j’ai épousée en 1992, Maxximum était alors une vraie famille, surtout venant de province et ne connaissant personne à Paris.

En parallèle de mon métier de producteur à Maxximum, j’ai continué ma carrière de DJ en allant jouer le mercredi au Boy rue Caumartin à Paris (sous l’Olympia). C’est à cette époque que j’ai rencontré Laurent Garnier qui lui, animait le jeudi soir. A l’époque, Laurent était DJ au Boy et à l’Hacienda à Manchester. On a produit ensemble trois titres collectors sous le nom The Frog. De cette époque Maxximum sont nées des amitiés qui sont toujours actuelles avec des gens comme Eric, Pat, Fred ou Fabrice.

Qu’aimais-tu particulièrement à la radio?

J’aimais particulièrement la bonne ambiance, mais surtout l’équipe et le fait de se sentir pionnier avec une bande de passionnés. En effet, c’était toujours un plaisir d’essayer de proposer de nouvelles choses. Nous étions fiers d’être en avance sur notre temps et d’avoir une vision futuriste de la radio. J’ai pris beaucoup de plaisir à co-produire des émissions comme le « Rêve Maxx » ou le « Must de Maxx ». J’ai bien évidemment pris beaucoup de plaisir à réaliser les habillages d’antenne, les remixes made in Maxx, les jingles. Cette période était prolifique pour moi et j’ai produit énormément de matière en quelques mois. Il m’est arrivé aussi de remplacer des animateurs et de faire de l’antenne. C’était toujours très excitant d’être en direct sur une radio qui diffusait uniquement de la musique qui me faisait vibrer. Je m’éclatais beaucoup aussi à remixer des titres qui n’étaient pas dans le format de Maxximum.

Par exemple le titre « Requiem pour un Con » de Serge Gainsbourg. Pour la petite histoire, j’ai découvert le titre de Serge Gainsbourg en regardant le film « Le Pacha » avec Jean Gabin. Quand j’ai vu ce film à la télé et que j’ai entendu la chanson de Serge Gainsbourg, j’ai décidé d’en faire un remix. Le lendemain, je suis allé à la discothèque de RTL, j’y ai rencontré Monique Le Marcis (la programmatrice et découvreuse de talents pendant des décennies à RTL) et elle m’a confié le 45 tours de Gainsbourg « Requiem pour un con ». J’ai donc remixé ce titre et comme ça a beaucoup plu à Mickaël Bourgeois, il l’a diffusé onze fois par jour sur Maxximum. Deux ou trois jours après, Mickaël Bourgeois reçoit un appel de Polygram, la maison de disques de Serge Gainsbourg, qui ne trouvait pas la référence de ce remix dans leur catalogue. Ils sont très curieux de savoir où nous avions trouvé cette version car ils des demandes de gens qui veulent avoir cette version J’ai donc été en contact avec la maison de disques pour faire la version originale de ce remix. Malheureusement, Serge Gainsbourg est décédé quelques semaines après et c’est Dominique Blanc-Francard qui fera la version définitive de mon remix. J’ai quand même la satisfaction aujourd’hui d’être cité comme celui qui est à l’origine de ce projet dans la discographie officielle de Gainsbourg écrite par Gilles Verlant.

Passer de Maxximum à M40, comment as-tu vécu cette transition forcée?

Au départ, c’était une grosse surprise de voir que cette radio allait mourir à cause de la loi anti-concentration. On avait du mal à comprendre pourquoi Maxximum était condamnée parce que RTL avait une couverture nationale trop importante. Le manque de sponsors n’a pas arrangé les choses, les annonceurs que nous avions étaient plutôt des gens de la nuit. C’était difficile pour le groupe CLT de se battre pour une radio de jeunes car nous avions malheureusement une image de drogués. La vérité était que la seule drogue qui circulait à Maxximum, c’était la musique. Le 6 janvier 1992, on s’est tous retrouvé dans mon studio de production pour les dernières heures d’antenne de Maxximum autour de Fred Rister.

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M40 ou plutôt M4 égale 0 pour Joachim Garraud et Fabrice Revault

Le personnel de M40 était lui dans le studio principal. Nous avons été très triste quand nous avons compris finalement que cette radio que nous avions aimée, portée, développée allait mourir pour laisser la place à une radio quelconque qui allait diffuser des jeunes talents Français. M40 était sans âme, sans couleur et sans avenir. Quelques mois après, il a fallu un changement de nom RTL1 puis RTL2 pour que la radio continue. A cette époque, FG, NRJ et FUN radio se sont mis à diffuser de plus en plus de dance en essayant de récupérer un peu l’audience de Maxximum mais l’engouement était mort.

Est-ce qu’on te parle de Maxximum aujourd’hui?

On m’en parle toujours, même trente ans après. Je suis très surpris, il y a des vrais résistants, j’adore cela. Quand je fais mon métier de Dj, je fais danser des gens qui entre 18 et 30 ans et qui ne peuvent pas connaître cette radio. Il m’arrive toutefois de rencontrer des personnes qui viennent à me rencontrer à la fin de mon concert et qui me disent avoir été des auditeurs de Maxximum. C’est pour eux que l’on fait une soirée le 21 novembre prochain au Rex à Paris.

Que fais-tu aujourd’hui?

Aujourd’hui, je suis toujours amoureux et passionné de musique électronique. Je combine les professions de producteur de musique, artiste, compositeur, DJ avec quelques dates sur scène en France et à l’étranger. Je suis aussi patron d’un label qui s’appelle Underground Music (undgrdMusic) qui donne la chance aux nouveaux talents en mettant en avant les jeunes producteurs de nouvelles musiques. Je suis aussi producteur d’un festival de musique électronique à Paris «  Elektric Park  » à Chatou, sur l’ile des impressionnistes (le Samedi 7 septembre 2019) qui propose plus d’une trentaine d’artistes sur cinq scènes. C’est plus de douze heures de musique non stop, c’est la dixième année que je produis ce festival. Et puis je fais de la musique expérimentale avec par exemple la production d’un album nommé OVP pour « oscillation, vibration, pulsation », c’est un album de recherche sonore. Je collabore avec des groupes français qui veulent une griffe electro comme par exemple Indochine. J’ai eu la chance de travailler avec Beyonce et Jay-Z pour le titre « Drunk in Love ». Je lance un nouveau studio mobile solaire « LAGoodVibe », le premier bus solaire pour enregistrer en totale autonomie dans des lieux incroyables. Bref, je continue à m’éclater dans la musique avec pleins de choses différentes qui au final ne forment qu’un pour moi : La Passion.

Seras-tu aux platines le 21 novembre au Rex Club pour les 30 ans de Maxximum?

Bien sûr, je serai aux platines du Rex Club à Paris, il y aura des surprises je ne peux pas vous en dire plus actuellement, le nombre de places est très limité car le Rex Club, c’est aux alentours de 500 personnes. C’est une soirée vinyles exclusivement, c’est à dire que nous allons ressortir les disques de l’époque Maxximum pour diffuser les titres emblématiques de cette époque 1989-1992. Pas de CD, pas de MP3…… Que du bon gros vinyle. L’argent gagné sur cette soirée sera reversé à l’association contre le cancer parrainée par Fred Rister. Vous êtes tous les bienvenus, je compte sur toi.

Maxime, le fils que tu as eu avec Mahalia Rouilly (employée aussi à Maxximum) s’appelle ainsi en hommage à la radio ?

Oui, je confirme !

Liens

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Propos recueillis par David Glaser

7) HÉLÈNE ZELANY

Hélène Zelany est « The Voice » dans le paysage radio français. Une voix agréable sans nul doute, un phare dans les brumes matinales. Avec cette caractéristique, on ajoutera un ton rassurant, un sens de l’accroche et une rigueur totale quant à la restitution des faits dans les journaux d’information qu’elle présente. Bref, c’est une journaliste qui incarne toutes les valeurs du journalisme radio, avec cette façon de parler sobre et moderne et cette complicité non feinte qu’elle transmet quand elle échange avec les différents animateurs de la matinale d’Europe 1. Elle fera son retour aux côtés de Matthieu Belliard dès 6 heures du matin lundi. Hélène a été journaliste à Maxximum au tout début de sa carrière. Un très grand souvenir pour elle. Elle nous raconte.

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Hélène avec Dominique « Dom-Dom » Perrin, deux amis dans la vie et au micro.

Salut Hélène, on ne peut pas commencer cet entretien sans parler de Fred Rister qui vient de nous quitter. Il était beaucoup aimé par vous tous anciens animateurs et journalistes de Maxximum…

Je viens de rentrer de vacances et je suis sous le choc de l’annonce de sa mort. Il avait écrit il y quelques semaines « Je me retire des réseaux sociaux pour me reposer… », un message qui me semblait un signe que ça n’allait pas. Il y a eu cette interview dans 7 à 8, sur TF1, très forte… Son souhait était d’arrêter les soins, les chimiothérapies à répétition, tu n’as plus l’énergie après, tu as les effets secondaires… c’était un choix très courageux.

On s’était vus lors d’un dernier rassemblement des anciens de Maxximum, il ne laissait rien paraître… c’était un battant! On avait toujours beaucoup de plaisir à se revoir, on était tous unis par cette même aventure, bien des années plus tard… On a perdu l’un des nôtres… J’en suis terriblement triste, c’est aussi une partie de nos souvenirs qui s’envole.

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Fred Rister 1961-2019. Sa mémoire restera à jamais dans le cœur des fans de Maxx

Comment as-tu rejoint Maxximum ?

J’étais jeune et débutante, pratiquement pas d’expérience pro. J’avais un très bon ami : Dominique Perrin, animateur sur Maxximum… il me parle de cette radio « techno » qui se monte, pour moi, c’était du chinois, je n’étais pas une fan de techno, j’écoutais surtout du funk, mais je me suis lancée!

Comment c’était d’un point de vue journalistique ?

Très différent d’un boulot de présentatrice « conventionnel », on donnait l’essentiel de l’actu sous un angle plus fun, très concis, avec des titres accrocheurs. C’était un vrai exercice. Je faisais parfois aussi des interviews en anglais sur des domaines qui n’étaient pas les miens et en plus par téléphone, pas facile, mais drôle!

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Qui étaient les personnes à tes côtés à la rédaction ?

Catherine Laurens, Kathy Cooley, aujourd’hui à LCI, j’ai d’ailleurs eu le plaisir de la revoir, la rédactrice en chef, Jocelyne Buisson… Très vite, j’ai été emportée par l’ambiance de cette radio, qui ne ressemblait à aucune autre. Une radio de « niche », c’est à dire que ce n’était pas une radio faite pour plaire à une majorité. Ceux qui écoutaient étaient vraiment des fans. On ne faisait pas dans la demi-mesure. Rien à voir par exemple avec les formats de Nostalgie, Rire & Chansons, ou Europe 2 où j’allais continuer mon chemin plus tard.

C’était très pointu en musique comme pour le reste ?

Oui, pointue la musique electro, pas grand public. On était dans un truc nouveau de A à Z, et on inaugurait ce truc en direct tous les jours. On s’amusait beaucoup, mais c’était très pro en même temps: on n’était pas une bande de potes qui bricolait dans son garage, on avait des gens de grande expérience qui nous encadraient comme Michel Brillié. Je crois que cette radio est arrivée trop tôt. Elle n’était pas vouée à être la première radio comme NRJ, on a été rattrapés par les impératifs économiques.

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Hélène Zelany dans les anciens et mythiques locaux de la rédaction d’Europe 1 au 26 bis rue François Ier à Paris.

Comment les gens percevaient-ils Maxximum ?

C’était pro et amical, drôle aussi, on avait l’impression qu’on participait à un truc qui s’était jamais fait. Et les gens étaient emballés. Quand tu vois que 30 ans après, il y a encore des Maxximaniaques, ça me sidère, mais je le comprends. Je n’écoutais pas cette musique… Mais aujourd’hui, quand je tombe dessus j’adore. Le son de Maxximum, ça te contamine, ça te gagne. Il y avait tellement d’affection de la part des auditeurs, ça ne te laisse pas de glace. On était moderne et innovant et on ne ne ressemblait à rien d’autre. On a fait une radio qui séduisait mais peut-être pas assez dans une époque où peu de choses changeaient pour les médias. On faisait de la radio pour faire plaisir tout en se faisant plaisir.

En quoi cette expérience t’a-t-elle marquée professionnellement ?

Ce n’était pas une longue aventure mais elle a été très dense . Et puis il y avait les studios, au Forum des Halles à Paris. Quand tu faisais les matinales, tu devais sonner, un gardien venait ouvrir, il fallait traverser d’immenses couloirs vides et un peu glauques …ça ne ressemblait à aucune autre radio!

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Hélène Zelany (à gauche), Dominique Perrin (au centre) et du beau monde.

Il y avait à l’antenne des gens de grand talent, Joachim Garraud, Dominique Perrin, Pat Angeli, Lorenzo Pancino, Fred Rister évidemment et j’en oublie… Ils étaient dans la production, dans le deejaying. On ne pouvait pas le savoir mais c’était des gens qui allaient tous percer car très créatifs. Joachim et son remix de « Requiem pour un con » de Gainsbourg, j’adorais. Il y avait plein de remixes faits à Maxximum. Maxx était un peu un laboratoire.

L’info était innovante sur les ondes de Maxximum?

Oui pour les infos, il fallait être très original dans la forme, écrire des textes très courts, percutants, c’est pas mal de boulot contrairement aux apparences, je trouve que toutes les expériences sont bonnes à prendre… Aujourd’hui je travaille dans une grande radio radio nationale prestigieuse, Europe1, mais Maxximum m’a beaucoup appris je n’aurais pas fait toute ma vie ce job mais j’ai adoré bosser dans une ambiance comme ça, avec des gens drôles et talentueux. Je me suis enrichie de cette culture techno en sortant au Boy ou dans des raves. Pour moi, c’était des rendez-vous en terre inconnue avec une ambiance de dingue.

La team Maxximum se retrouve au moins une fois par an, preuve de l’esprit d’équipe qui régnait dans la jeune radio.

Ce qui m’a sans doute le plus marquée c’est la fin. Je pensais pas que ça m’arriverait d’assister aux derniers instants d’une radio. On était tous en larmes à minuit. C’est un moment que je ne risque pas d’oublier.

Quel est ce lien qui vous unit entre vous ?

On essaye avec Eric Madelon, Mahalia Rouilly, Cocto, Carole Bottollier et les autres de se retrouver une fois par an. Même Joachim qui habite aux Etats Unis essaie d’être là! La dernière fois, j’y ai revu Hervé Rony, l’ancien patron de Maxximum (avant-dernière période, entre Eric Hauville et Alain Weil), qui a très souvent été au rendez-vous en dépit de ses grosses responsabilités. Ce sont des moments touchants mais pas une soirée d’anciens combattants.A chaque fois que l’on se voit, c’est comme si on ne s’était jamais quittés. Et ce lien est là pour toujours. Et c’est là que la disparition de Fred est pour moi très douloureuse..

Vous étiez des personnalités différentes mais unies dans le même élan créatif, c’est bien ça ?

Oui, on était très différents et on a évolué très différemment les uns des autres. Je revois Pat Angeli, souvent. Il y a deux mois, on s’est retrouvés avec les anciens d’Europe 2. Je continue de voir Dom Perrin qui a son studio de sons et d’images. On ne s’est jamais perdus de vue.

Hélène Zelany et Joachim Garraud « made it », l’une en radio, l’autre en musique.

Pourquoi a-t-on décidé d’arrêter Maxximum ?

La radio osait mettre en avant une musique originale, mais aussi inconnue du grand public , c’était sans doute trop tôt. On ne lui a pas laissé le temps. Cela dit, je pense qu’aujourd’hui ce ne serait pas plus viable, le marché de la radio a changé, t’écoutes Spotify, Deezer et tu te fais des playlists.

Tu vas faire quoi à la rentrée, dans ce contexte de changement pour Europe 1?

Les journaux de 6 h7h30 et 9 h dès la rentrée lundi (26 août) dans la matinale de Matthieu Belliard. Comme tu le sais, les audiences étaient en berne la saison dernière, j’espère que ça va remonter, j’adore ce que je fais et je suis très attachée à cette radio, je ferai mon maximum pour que ça marche!

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Propos recueillis par David Glaser Photo Getty Images/AFP Martin Bureau

8) OLIVIER DEVRIESE

C’est la 8e partie de notre série sur les 30 ans de Maxximum. Il y a un homme qui a beaucoup compté pour les Deejays de la radio la plus innovante des débuts des années 90, c’est Olivier Devriese, un homme de la technique, « très bon » dans ce qu’il fait de l’avis de Mickaël Bourgeois, le directeur de l’antenne et de la musique. Ce Normand a d’abord commencé la radio à RVS et c’est tout naturellement qu’il s’est ensuite « réalisé » dans le projet Maxximum dès la fin des années 80. Après Maxximum, il continuera à RVS puis à Nova, occupant des postes de cadre dans l’opérationnel, en prêtant main forte à Eric Hauville en radio puis à d’autres occasions. Aucunement nostalgique, il garde une mémoire très précise de ces années pas comme les autres. Il a décroché son téléphone en plein déplacement professionnel mercredi dernier pour raconter avec plaisir quelques uns des faits marquants de la construction de cette comète radiophonique et de son identité sonore si distinctive.

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Fred Rister taquiné par Joachim Garraud devant la console Pacific installée par Olivier Devriese et son équipe.

Bonjour Olivier, je ne peux m’empêcher de vous demander une réaction après la mort de Fred Rister ?

Olivier Devrèse : Ce n’est malheureusement pas la première personne à nous quitter. J’ai travaillé longtemps en radio avec Eric Hauville à RVS, Maxximum et Nova. Il est mort jeune lui aussi. J’ai perdu un frère il y a deux semaines d’un cancer… Je vois autour de moi des gens qui cumulent les cancers les uns après les autres. Je crois que l’on paye les années 80, les conséquences de l’agriculture industrielle des années 60, 70 et 80, l’écologie était sympa mais c’était une idée intellectuelle… Les pesticides, le plastique… notre génération commence à payer tout ça. La mort de Fred, c’est un immense vide comme Eric Hauville, Vincent Neveu, Véronique Ménager, des anciens de RVS…

Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure Maxximum ?

Cela part des besoins de RTL d’investir la FM. RTL avait cette culture des grandes ondes à l’époque. Ils se sont réveillés avec une gueule de bois après que Europe 1 a pris le virage de la FM avec Europe 2. Ils ont donc raté les débuts de la FM. Alors, ils ont fait appel à des gens de la FM pour proposer un un projet ambitieux. RTL a d’abord racheté Aventure FM ; ancienne radio de l’armée. Avec ce « rachat », ou plutôt cette reprise car en fait c’est bien une reprise de la fréquence et de l’entreprise, RTL avait une base. On avait une autorisation d’émettre sur une radio de grande puissance, 10 KW à Paris. RTL a monté une équipe pour manager cette radio. J’ai été impliqué en tant que responsable technique, Eric Hauville comme responsable de toute l’entreprise et Michaël Bourgeois comme responsable des programmes. Michel Brillié s’est occupé de l’antenne, il venait d’Europe 2 et Jean-Noël Auxiette a été engagé pour développer le réseau. Ce dernier avait fait ce travail pour RMC et Nostalgie qui leur appartenait à l’époque. RTL avait besoin de gens de FM car ils n’avaient personne en interne. Avec RVS, on avait fait du consulting pour RTL et ce depuis pas mal d’années. C’est pour cela qu’ils ont naturellement fait appel à Eric.

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Olivier Devriese avec Erick Peleau (à droite) sous le soleil d’Avoriaz.

Qu’a apporté RVS dans la conception de Maxximum. Que diriez-vous à RVS ?

Je pense que RTL cherchait un trépied humain solide. Mais on n’avait pas encore l’idée de Maxximum dans les cartons à l’époque de la prise de contact. C’est en concevant la nouvelle radio que l’on a opté pour la house et la dance qui étaient naissantes à l’époque. On a créé le nom Maxximum basé sur cette idée. A RVS, je fus le responsable technique. Luc Dentin et moi-même avons un moment cogéré a radio et je fus même directeur commercial pendant un certain temps. Il y avait là presque tous les métiers de la radio dans mon parcours jusqu’à Maxximum. Pour Maxximum, on était conditionné par l’autorisation d’émettre d’Aventure FM, un cahier des charges qui nous obligeait à diffuser à 10’000 watts depuis un émetteur situé sur la Tour Eiffel. On a créé des nouveaux studios équipés de consoles américaine BMX de Pacific Recorder, des consoles pour équiper des studios de manière pragmatique. Au niveau du son, nous avions pris le contre-pied de NRJ, FUN ou SKYROCK qui proposaient tous un son rond, très compressé et « rentre-dedans ». On a opté pour un son plus pur, avec un niveau de volume élevé… ça a pas mal énervé les concurrents. La fréquence était modulé dans la limite des 75 khz et on a respecté ça. En revanche, on a joué avec des traitements de son atypiques, des traitements déjà testés à RVS, avec une clarté sonore, une stéréo et un punch que peu de radios FM avaient. Ils cherchaient des sons américains, avec des voix d’animateurs gonflées à la testostérone, ça marche si vous faites de la country, mais pour la house et la dance, on a fait un choix différent qui semblait approprié, un son particulier… On a opté pour une démarcation. On avait un punch supérieur à FUN, on les énervait vraiment. On avait pensé à tester les choses, à être un peu plus pertinent et beau plutôt que de mener la guerre frontal avec les confrères.

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A l’intérieur du Nodal (le centre de modulation) de Maxximum.

Maxximum avait fait une blague un 1er avril 1991, vous vous souvenez? Il s’agissait de proposer un traitement de son sur l’antenne qui allait soit-disant rendre les gens euphoriques, vous y étiez pour quelque chose ?

Ah? Non. Je pense que cela devait être une blague de deejay à l’antenne. Il faut savoir que les deejays de Maxximum étaient tous fous du son de Maxximum. On avait une grosse identité sonore, une marque forte, et des jingles décoiffants ! On avait combiné l’identité sonore de la marque avec le son de l’antenne. Et ça ne m’étonnerait pas que des gens comme Fred Rister ou Joachim Garraud aient eu cette idée de blaguer sur le son de Maxximum.

Comment répartissiez-vous votre emploi du temps entre RVS et Maxximum ?

RVS et Maxximum, c’était sept jours dans une semaine. Quatre jours à Maxximum, lundi et mardi, jeudi et vendredi. A mercredi, j’étais à RVS et le weekend. Bref, une vie de célibataire passionné.

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La célèbre Pacific facilitait la vie des animateurs-producteurs Dominique « dom-dom » Perrin et Joachim Garraud.

Techniquement, vous proposiez quelque chose de neuf pour les animateurs ?

On innovait avec la console Pacific, plus simples pour les deejays, pas une console comme celles que l’on fait en Europe, conçue par et pour des ingénieurs du son. Une console avec un gros bouton rouge pour lancer les pick up, les bandes et les cartouches. Chaque animateur avait son réglage de voix, protégé par un code. Je verrouillais les traitements de voix, toujours le même pour chacun. Il y avait un parti pris dans le mixage de Maxximum, la musique ne baissait pas. C’était une boîte de nuit sur les ondes et il fallait un ton haut pour se faire entendre. Ca faisait partie de la signature sonore de Maxximum.. On utilisait certains traitements identiques à ceux de la concurrence mais associés à quelques autres moins classiques. Chaque traitement apportait quelque chose. On utilisait des outils de marques comme Orban, BBS, AudioPrism, Aphex, etc, ainsi que des systèmes développés par nous mêmes, et ce pour paramétrer certains traitements au mieux.

Souvenir de soirée au Boy, en dessous de l’Olympia, retransmise à l’antenne de Maxx.

Vous avez aussi effectué des retransmissions dans des boîtes de nuit, comment ça se passait techniquement ?

On faisait des retransmissions des soirées Maxximum dans des clubs comme le Boy à Paris. On faisait installer des lignes spécialisées par France Télécom, des lignes stéréo, des lignes de cuivre dédiées, de bonne qualité pour la FM. On les faisait construire spécifiquement une semaine avant ou quelques jours et ils les démontaient quelques jours plus tard.

Dans certains cas, France Télécom n’avait pas les câbles partout, alors ils nous ont proposé des liaisons par satellite. Alors, ils faisaient la transmission avec un camion et une grosse parabole –  comme on en voit aujourd’hui sur les camions émetteurs comme ceux de BFMTV. La liaison allait sur le sat’ via le camion et elle redescendait dans un endroit situé dans l’est de la France. Ensuite, ça arrivait au studio de Maxximum via faisceaux hertzien et lignes spécialisées. On déplaçait peu de matos, une petite console de mixage, un micro pour l’animateur, une structure légère.

On a réussi grâce au poids de RTL à avoir des liaisons au dernier moment. RVS a profité de l’expérience technique de Maxximum. Mais ça a surtout marché dans l’autre sens. Même si Maxximum a été une expérience spécifique, on n’a eu quelques retransmissions un peu plus « dance », c’est sans doute parce que les animateurs de RVS étaient des fans d’émissions dance et de Maxximum, c’était le début d’une culture. Mais on n’a pas modifié RVS pour autant.

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L’équipe de Maxximum, Olivier Devriese, Xavier Bise et Eric Hauville (l’homme au casque) au club Kalimba pour une soirée que la radio diffusait par satellite.

Avez-vous travaillé avec Eric Hauville ensuite dans ses autres projets ? 

Oui, j’ai câblé son studio Pschent! Mais avec Éric, le travail a toujours été collectif. Les traitements de son RVS ou Maxximum ont été construits collégialement. Quand on ajustait le son, tous les avis des personnes de la radio comptaient, Eric avait un oreille, Mickaël aussi. Je tenais les boutons. Après Maxximum et RVS, j’ai travaillé pour Nova pendant quelques années. Ensuite, j’ai changé d’univers pour l’informatique.

Comprenez-vous la nostalgie autour de Maxximum ?

Non car je ne suis pas du tout nostalgique. Ça me parait curieux d’être nostalgique. Je ne me rends plus aux réunions des anciens car ça me met mal à l’aise. Trente ans après, on n’est plus les mêmes. Dans ma carrière, je ne peux pas dire que l’experience Maxximum est plus forte qu’une autre expérience. En termes de management, j’ai aussi aimé côtoyer Jean-François Bizot – un charisme très fort – quand j’ai travaillé à Radio Nova. Donc, cette passion pour l’aventure de Maxximum, ça me paraît bizarre… On a tous vécu des moments forts à Maxximum. C’était les start-up de l’époque, une expérience forte, poignante parfois. Mais c’était il y a 30 ans, voire 40 ans pour RVS, c’est le passé. Je ne suis plus qu’avec des jeunes gens plus jeunes que moi. Donc je préfère ne garder que le bons souvenirs sans les ressasser.

Une rave retransmise en direct, la dernière.

Que pensez-vous de la radio aujourd’hui, des moyens de transmettre de l’information ?

Pour moi, tous les services de diffusion sont conceptuellement morts. Du moins tels qu’ils existaient à un époque précédant l’arrivée du smartphone. Un flux de diffusion radiophonique ou télévisuel a-t-il du sens aujourd’hui ? Non, on ne consomme que ce qu’on a envie de consommer et quand on en a envie. J’aime bien écouter la radio dans la voiture mais la nouvelle génération n’utilisent déjà plus les e-mails… alors les fax, les CDs, tout ça est bien loin. Mon fils n’a jamais regardé la télé et n’écoute pas la radio. Il est sur YouTube. Le principe de la radiodiffusion ou télédiffusion est terminé. En revanche, il faut encore des producteurs de contenus.

On a aussi besoin de sources de contenus fiables, des journalistes, on a besoin d’animateurs… par exemple dans le cas d’un live, il faut des pros. Mais des flux d’infos, de musique, de séries B sur une chaîne radio ou télé qui émet toute la journée… je crois que ça n’est plus nécessaire. Le truc fondamental, c’est qu’avant le digital et l’internet, on reliait un émetteur à des récepteurs, tels que l’autoradio, le poste de télévision… Mais aujourd’hui, tout le monde a un émetteur et un récepteur dans sa poche et il a accès a tout « worldwide ». Je peux accéder à tout avec mon smartphone. Par exemple, quand je travaille, j’écoute Soma FM en streaming. Ils ont un flux de musique new age et trance. Ça vient de Californie mais je me moque d’où cela vient.

Que pensez-vous du DAB+ ?

Le DAB est une technologie que j’avais testé à l’époque de Maxximum. Je faisais partie d’un groupe composé de professionnels de TDF et France Telecom, dans le cadre d’un projet Eureka. J’ai assisté avec les directeurs techniques d’Europe 1 et RTL à l’avènement de la technologie DAB. Mais c’est trop tard. On a déjà la radio en 3G, 4G et bientôt 5G et le DAB c’est aussi de la radiodiffusion, donc c’est mort. Je ne vois vraiment pas l’intérêt d’investir dans un nouveau réseau de diffusion alors qu’on a la 5G qui arrive avec des débit incomparablement plus élevés.

Quel est votre métier aujourd’hui?

Je suis dans l’informatique, je suis gérant d’une entreprise qui fait des logiciels sur mesure. On fabrique des softwares pour les entreprises. On serait par exemple capable de faire le Selector pour programmer une radio.

Par David Glaser

9) ERIC MADELON

Déjà l’avant-dernier tome de notre série sur Maxximum avant de fêter comme il se doit un anniversaire important. Maxximum est cette station française née un 23 octobre 1989. Elle aurait eu trente ans cette années. On ne lui en a même pas laissé trois, dommage. Cette  radio unique au monde car nationale et ouverte aux nouvelles musiques a fait un très gros trou dans la FM, par l’inventivité de sa playlist, ses jingles insensés, ses animateurs et journalistes originaux ainsi que des programmes musicaux audacieux en phase avec la culture rave, dance, house et newbeat qui était en train de se former en Europe et aux Etats-Unis. En France, sous le régime Mitterrand, ce fut clairement une heureuse anomalie car tout convergeait pour composer un paysage FM produisant des radios de plus en plus mainstream, des robinets fades à tubes avec des programmations musicales convenues et des dirigeants parvenus. On ne citera aucun nom, ils se reconnaîtront peut-être. Mais au moins avaient-ils l’honnêteté pour la plupart d’avouer qu’ils étaient là pour l’argent de la régie publicitaire, surtout pour ça, car une radio programmée sur le modèle des formats TOP 40 américains avait de fortes chances d’engranger des audiences monstrueuses. Et c’est toujours le cas. La rencontre entre Maxximum et tout un peuple de jeunes français à Paris comme en province sur des critères de qualité et de nouveautés s’est faite! La radio qui scandait « tous les tempos dans la peau » a permis à toute une génération de professionnels du micro de se dire « c’est aussi possible dans mon pays ». Car en effet ce genre de format n’existait que chez des voisins anglo-saxons, belges et allemands. Et encore pas sur tout le territoire (monopole nationale de la BBC, restrictions aux seuls marchés locaux pour les radios privées au Royaume-Uni, radios musicales allemandes émettant régionalement, les stations belges étant limitées comme les stations suisses par des territoires linguistiques distinctifs). Même les Américains qui ont créé les radios de format ne connaissaient pas les réseaux nationaux, leur « sainte » syndication d’émissions pouvait permettre à des animateurs sur les deux côtes et même entre les deux pour les plus populaires. Mais pas de Maxximum chez eux. Exception culturelle française? Parlons aujourd’hui avec une personnalité rare de la radio française, un homme doué pour la prise de micro pleine d’humour, un patron de radio dans sa ville d’origine Dreux. Eric Madelon a commencé réellement son long parcours radiophonique national à Maxximum. Eric Madelon, forcément un nom familier pour les auditeurs d’Europe 2 ou de RTL2, cette dernière aura pris indirectement la succession de Maxximum au sein de RTL Group après l’accident industriel que fut M40. Interview d’un passionné de Maxximum et d’un animateur qui ne mâche pas ses mots et c’est pour ça qu’on l’aime. 

SUISSISSIMO: Salut Eric. D’abord, j’aimerais que tu me dises un mot sur ce qui vous liait toi et Fred Rister (le producteur de musique electro et ancien animateur de Maxximum est mort le 20 août dernier). On a lu un très bel hommage de ta part et de plusieurs autres employés de Maxximum, un lien plus qu’amical on dirait?

ERIC MADELON: Bonsoir David. Le lien qui m’unit à Fred est un lien tissé avec les années. Je lui dois beaucoup car il m’a ouvert les oreilles sur des sons qui m’étaient inconnus à l’époque, puis des années plus tard, j’ai géré sa communication pour la sortie de son titre “I Want A Miracle” et de son livre “Faire Danser Les Gens”.
Cocto de son côté s’occupait de sa promo radio/tv.

Fred avait comme moi le souci du détail et surtout, il avait confiance en moi. Cela n’a pas de prix et on se doit d’être à la hauteur de cette confiance. Parallèlement, cette proximité permet des échanges très personnels qui renforcent ces liens. Nous sommes deux ultra-sensibles… Donc on se comprend sans avoir besoin de se parler. L’évolution de sa maladie nous a encore plus rapprochés. Je n’étais pas à ses côtés pendant son explosion avec David Guetta, mais de temps en temps, sans que tu t’y attendes, le téléphone sonne…

Maxximum a été une aventure incroyable pour toi, pourquoi?

Parce que j’y ai appris mon métier, grâce à Eric Hauville, Mickaël Bourgeois et Michel Brillié. Entre les créateurs de RVS, une radio mythique de Rouen et l’un des fondateurs des émissions qui ont fait les plus grandes heures d’Europe 1, tu te tais et tu écoutes… Et puis les animateurs de la radio, tous différents.François Delage a fait fumer le Selector et gérait aussi le parc informatique, Joachim Garraud, Fabrice Revault, Cocto, Dominique Perrin, Pat Angeli, Lorenzo, Fred Rister, Eddy, étaient la partie visible de l’Iceberg en soirée et à l’antenne, mais je n’oublie pas les autres, du standard aux bureaux des directeurs, en passant par la rédaction, la technique (une pensée pour Philippe David) et les animateurs qui ont fait des passages chez nous (Hello Steve Ritschard !).  Des gens incroyables que j’ai eu, que j’ai l’honneur de connaître.

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Fred Rister aux commandes des dernières heures de Maxximum. Eric était chargé de la com’ de “I Want A Miracle” et du livre “Faire Danser Les Gens” de Fred. 

Certaines choses apprises à Maxximum me servent encore aujourd’hui. C’était un format américain avec de la musique “dance” européenne. On faisait en français ce que j’entendais sur les radios de New York ou Los Angeles ! Quand tu veux faire de la radio, quoi de mieux à l’époque ? Rien…

C’était aussi un état d’esprit. Il n’y avait pas de vedettes. Que des gens qui bossaient pour ce qui est le plus important dans une radio : l’antenne. Les animateurs ne sont que la pierre angulaire de tout le travail qui a été fait avant, à savoir la musique, la promo (Erick Peleau & Xavier Bise), et la technique pour que tout soit diffusé avec un bon son.

Je me souviens d’Olivier Devriese me montrant un domino sortant de la console du BOY, pour une soirée en direct. Je venais d’avoir Cocto au téléphone qui rageait de ne pas être là. Il écoutait dans la campagne à côté de Bordeaux. Il me racontait ce qu’il ressentait en écoutant Pat puis moi, faisant la promo de cette soirée. J’arrive donc ensuite dans la cabine du BOY, après avoir écouté en voiture cette soirée retransmise dans toute la France “par satellite” et Olivier de me dire : “Tu vois, Maxximum passe par ce truc. Un pauvre domino en plastique à 10 centimes…” Il rigolait en voyant ma tête défaite. Une soirée tient à peu de choses !!

J’ai découvert Paris la nuit avec son lot d’aventures incroyables et d’errements sans intérêts, le BOY et d’autres clubs plus underground. J’y ai donc surtout rencontré ceux qui deviendront des amis à vie, une sorte de Fraternité fondée sur une expérience commune, avec des liens plus ou moins denses, mais il y a ce truc en plus, pour ceux qui ont fait partie de cette aventure. Cela dit, je ne suis pas le ravi de la crèche, j’ai aussi une bonne mémoire concernant l’attitude de certains une fois Maxximum éteinte…

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Un pass VIP pour aller partout dans Paris… bon surtout au BOY.
As-tu vécu dans ton travail d’animateur quelque chose qui s’y rapproche?Non. Par exemple, quand je suis arrivé à Europe 2 après Maxximum, j’avais l’impression que tout était au ralenti ! Passer de KLF à Laurent Voulzy – “Le Cœur Grenadine”, le choc culturel est violent… Aujourd’hui, Rire & Chansons où j’ai la chance de faire des remplacements me permet de dire quelques bêtises à la radio. C’est salutaire et c’est surtout la seule radio où le Directeur me paie pour en dire et m’encourage à en dire plus ! Bon, musicalement, c’est pas avec Tracy Chapman ou Hozier – “Take Me To Church” que je vais me retrouver en caleçon sur les enceintes de la radio, c’est sûr… Mais au moins, on rigole avec les potes.

Pour toi Maxximum, était-elle une radio de l’innovation et donc trop en avance sur son temps?

Eric Hauville disait : “Il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt”. On a bien vu…

La musique, la façon d’enchaîner les titres, le son (d’Olivier Devriese), la programmation, la façon de parler, les liners créés par Joachim Garraud, tout était novateur. On a rendu fous les concurrents. Les dirigeants de Maxximum n’ont jamais voulu faire comme eux. C’était ça, le truc ! Aujourd’hui, les radios ont peur de celles qui sont derrière elles. Nous, on voulait faire de la radio du mieux possible et c’est ce que nous avons fait. La suite appartient à l’histoire et à l’incompétence des dirigeants d’RTL de l’époque, puisque nous appartenions à ce groupe.

Tu es assez fan de cette passion pour cette radio avec les maxximaniaques, on te sent plutôt proche des fans de la radio, pourquoi?

Par respect ! C’est quand même la moindre des choses… Quand 30 ans après, tu as des auditeurs qui te parlent de ce que tu as fait/dit à l’époque, qui t’expliquent qu’un micro, que la musique, que ce que nous faisions passer à l’antenne les a touché, c’est incroyable ! Tu connais beaucoup de métier où ça arrive, toi ? Moi non… En politique on te flingue de ton vivant puis on t’adule quand tu es mort et quand tu bosses dans un bureau, est-ce que tu changes la vie des gens ? Evidemment, nous n’avons pas inventé un vaccin contre le cancer, mais nous avons été présents durant un bout d’adolescence de certains. C’est incroyable… Les gens sont gentils avec nous, pourquoi les envoyer balader ou pourquoi ne pas répondre ?

Es-tu surpris que la radio suscite encore beaucoup d’engouement?

Oui, bien sûr. C’est la suite logique de ta question précédente à savoir “pourquoi toujours autant de “fans”” ? Nous n’avons jamais pris les gens pour des idiots et ceux qui nous écoutaient étaient eux aussi en avance sur leur temps. Ils étaient curieux et avaient un cerveau.

« Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier nous écoutaient… c’était incroyable ! », Eric Madelon

Qu’est-ce qui te plaisait dans le son et la programmation, le genre d’animation et la vie autour de Maxximum?

L’émotion créée par ce type de musique, le côté “je viens d’avoir mon permis et ma première voiture de fonction, c’est une Porsche !! ”. La radio n’était pas un robinet d’eau tiède. On vivait cette musique à l’antenne, et on la voyait agir sur les gens la nuit dans les clubs. Forcément, le lendemain à la radio, tu en parles différemment ! C’était avant-gardiste, les gens de la mode nous écoutaient, Thierry Mugler, Jean-Paul Gaultier et d’autres, c’était incroyable !

Et puis voir ton boss le jour en costume et la nuit le croiser torse nu avec un gilet sans manche en peau de mouton et un short en jeans moule-burnes et Rangers, ça détend l’atmosphère !! On a aussi vu deux autres Boss, l’un endormi sur un canapé et l’autre près d’une enceinte du BOY !!! C’est des trucs que tu n’oublies pas… Et ça ne nous empêchait pas de les respecter.On attendait les nouveautés comme un oisillon attend la becquée. On écoutait des trucs qui nous donnaient le sourire, on rigolait c’était top ! Bon, on a aussi passé quelques “bouses”, soyons honnêtes… Mais la fin était compliquée, alors c’est explicable.

Une anecdote de tes années d’animateur à Maxximum?

Une que je n’ai jamais racontée, alors… En 1990, les caméras de surveillance n’étaient pas aussi répandues et banales qu’aujourd’hui. Il y avait une caméra dans le studio pour que les gens qui passaient dans le forum des halles puissent voir le studio en direct (encore un truc que l’on a fait avant tout le monde…). Quand je faisais le 21:oo – 01:oo, la télé de l’accueil était toujours éteinte, ceux qui partaient le soir l’éteignaient. Un soir, une amie proche est venue me voir dans le studio. Le lendemain soir en arrivant à la radio pour prendre mon petit déjeuner devant le 20h de PPDA dans le bureau de la Rédactrice en Chef, je ne comprenais pas pourquoi les vigiles me regardaient en souriant et pourquoi les Directeurs de la radio & les animateurs me demandaient : “alors, ça s’est bien passé ton émission, hier soir ?” Je répondais invariablement “Ben oui, qu’est-ce que vous avez tous à me demander ça aujourd’hui ??” J’avais juste oublié que la télé était restée allumée…Un canal DAB+ au nom de Maxximum devrait voir le jour, est-ce que tu es partie prenante de ce projet? Je ne fais pas partie de ce projet, je n’en pense pas grand chose… Vouloir refaire Maxximum sans les gens de Maxximum m’étonnera toujours et puis je n’avance pas en regardant dans le rétroviseur. L’expérience est une lumière qui éclaire le chemin parcouru. Il faut parfois savoir avancer dans le noir et trouver son propre chemin sans utiliser une image, certes très belle, mais vieille de 30 ans.

Y a-t-il de la place pour un projet comme Maxximum en 2019 – tel qu’il avait été défini à l’époque – d’après toi?

Il y a de la place pour une vraie radio de musiques électroniques. Il suffit juste d’écouter ce qui se fait en Europe via le net. Mais cela fait des années qu’on lobotomise le cerveau des gens avec de la musique que l’on vend comme étant de la “danse music”. Entre “l’électro d’auto-tamponneuse” et les boucles de 7 minutes où rien ne se passe, je crois qu’il y a une troisième voie… Encore faudrait-il la programmer pour que le grand public se rende compte qu’elle existe.

Réécoutes-tu des enregistrements de Maxximum encore aujourd’hui?

Quand des fans diffusent des fichiers son, oui. Sinon, non… J’aime les nouveautés. À l’origine, j’ai voulu faire de la radio pour faire découvrir les nouveautés aux gens.
Me réécouter dans des extraits, ça me fait plaisir, même si j’entends tous mes défauts… Mais ce qui est vraiment incroyable, c’est que je me souviens parfaitement du micro en question, comme si je l’avais fait hier et je me vois le faire.

Quelle est ta vision de la radio en général aujourd’hui?

Houlà, vaste sujet… Tout dépend de l’objectif de la radio dont on parle… Si l’objectif est de faire de l’audience, il faut comprendre et admettre certaines règles. Il faut admettre aujourd’hui qu’il y ait des animateurs plus mis en avant que d’autres.Mais on est malheureusement dans une forme d’excès ou la vedette est sur-payée et ou les autres animateurs sont considérés comme des meubles, payés avec un autocollant (quand il y en a) et une gifle… Ça produit “une radio dans la radio”, des animosités et ce n’est pas bon pour le groupe.

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Une partie de l’équipe de Maxximum avec Fred Rister (rang du dessus) entouré de Cocto et d’Eric.

À Maxximum, la vedette c’était la radio. Aujourd’hui, on laisse faire certaines choses aux “animateurs vedettes” parce qu’ils représentent chez certains 40% de l’audience, alors que ce qu’ils font/disent à l’antenne ou en interne – pour certains – relèvent des tribunaux. Je ne serai jamais d’accord avec ça. Où est l’humain ? Où est l’âme de la radio ? Où est la bande de potes qui obéit à certaines règles tout en s’éclatant ? Où est l’équité ? Où est l’unité qui se ressent à l’antenne ?

Mais on ne pourra jamais reprocher aux radios commerciales de programmer des Hits pour faire de l’argent puisque c’est l’ADN de ces radios là. Et puis c’est très difficile de faire de l’audience ! C’est beaucoup plus facile de critiquer la programmation…

On parle d’absence de prise de risques des programmateurs et chefs d’antenne dans la FM, es-tu d’accord avec ça?

Oui, totalement. En politique on est dans le “pas de vague” et en radio, on est dans le “tant que ça marche, on touche à rien”… Sauf qu’on va toucher le fond dans peu de temps si on ne s’adapte pas aux nouveaux modes de consommation de la musique.

Tout comme pour l’arrivée du MP3 que les maisons de disque n’avaient pas vu venir, aujourd’hui tout est une question de support ET de contenu. J’échangeais récemment avec Gaël Sanquer, le boss d’NRJ : Spotify et Deezer ne rognent pas tant que ça l’audience des radios. C’est juste une histoire de “où et comment” j’écoute de la musique. Pour un ado, la radio c’est le truc que sa mère écoute en voiture ! Lui, il est sur YouTube, Spotify et Deezer et il écoute de l’urbain ou du rap… Comme ce qui est diffusé sur les radios commerciales !!« Quand tu regardes les playlists Spotify des gens, c’est à pleurer », Eric Madelon

Le coup de “je découvre des trucs grâce à Deezer et Spotify”, c’est comme les impôts, c’est du déclaratif… Quand tu regardes les playlists des gens sur leur smartphones, c’est à pleurer. Seule une minorité écoute plein de trucs différents… Spotify et Deezer font des concerts privés comme le font les radios ! Aux radios de créer du contenu propre qui fait venir les gens car ils ne pourront pas le trouver ailleurs.

Mais on reste dans des faux “non-stop music”, concept déjà obsolète à l’époque de leur mise en place, mais vendu à Lagardère, RTL et NRJ par le Christophe Roquencourt de la FM qui aujourd’hui cherche du boulot après avoir passé sa carrière à virer ses potes. Les premiers qui sortiront de ça en dehors des talks gagneront…

Comment diriges-tu RTV 95.7 à Dreux? Es-tu en charge de la politique musicale de la station?

J’essaie de ne pas reproduire ce que j’ai subi dans les radios nationales. Les gens qui m’entourent et moi-même respectons les lois et les gens. J’explique, j’argumente. Au final, le talent des gens qui produisent l’antenne au quotidien, des bureaux jusqu’aux micros, c’est grâce à eux que la radio tourne. J’ai su les choisir. Prendre quelqu’un de pas très bon dans son groupe pour qu’il ne vous fasse pas d’ombre, on en crève aujourd’hui… Je préfère prendre des gens qui ont du talent et qui demain pourraient prendre ma place. Au moins, la radio tourne, elle sonne et ce n’est pas un robinet d’eau tiède.

Je suis le Président de RTV 95.7 depuis 2009 et depuis 2009 je gère la programmation. J’ai proposé au conseil d’administration de l’époque une stratégie musicale adaptée au marché local et à notre statut de radio locale associative. Nous avons aujourd’hui une programmation Electro-Pop qui évolue en fonction des heures de la journée, pour au final taper un peu plus le soir. Mais nous restons une généraliste gérée “à l’oreille”, à l’émotion et sans panel. Ça me fait d’autant plus plaisir quand j’entends des titres que je joue depuis des semaines rentrer sur Virgin ou NRJ. On cherche à élever les gens, à leur proposer de belles choses. Pas de rap, pas de “slows” : #Happy Music [Only]. La programmation est large. Elle serait évidemment resserrée si RTV 95.7 était une radio commerciale.

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Eric Madelon, période Maxx, (body)built to last comme diraient les Américains.

Aimes-tu les radios de format musicaux spécialisés ou passes-tu plus de temps sur le web, les applications type Spotify pour écouter de la musique?

Comme beaucoup, j’écoute principalement la radio en voiture. J’écoute France Culture ou France Inter le matin. J’ai besoin de radios qui parlent avec du contenu intelligent. Et j’écoute mes potes sur la FM (qui eux disent souvent n’importe quoi !!!).

Je suis sur Spotify et Deezer, puisque c’est le seul endroit où l’on peut écouter des nouveautés au moment où elles sortent et j’ai ma playlist officielle “Eric MADELON” sur Spotify & Deezer. Cocto me donne aussi les nouveautés de Music Media Consulting.Quel est le single qui incarne Maxximum pour toi?

Celui qui en tout cas me vient à l’esprit est Digital Vamp – “You Can Take My Body”. Il incarne pour moi le BOY en 89/90. Quand j’entends ce titre, je me revois rentrer du BOY au petit matin, prendre une douche puis repartir à l’université, en marchant vers le Métro “La Muette”, en ayant toujours cette chanson en tête.

J’étais dans une sorte de décalage avec mes collègues étudiants prof d’EPS !

Merci Eric!

Merci de m’avoir écouté.

Recueilli par David Glaser

10) MICKAËL BOURGEOIS

Mickaël Bourgeois a été l’artisan du son Maxximum, le programmateur musical qui a ouvert les vannes de la musique house, techno, garage, Pop Européenne, Pop US sur les ondes de la toute nouvelle radio créée par RTL en 1989, un 23 octobre, il y 29 ans et onze mois. Le directeur des programmes de RVS à Rouen est venu avec Eric Hauville et Olivier Devriese pour concevoir ce programme novateur, très rythmé, original dans le ton et dans le son, aux côtés de Michel Brillié, Jean-Noël Auxiette, Erick Peleau, Xavier Bise, Jocelyne Buisson et de nombreux autres personnalités du monde de la radio. Ils ont pensé une toute nouvelle radio et lui ont donné ses deux lettres de noblesse, le double X. L’antenne était un sanctuaire protégé… ultra-pensé avec des règles à ne pas enfreindre. Il fallait rentrer dans le produit quand un animateur mettait les pieds sous la console Pacific et les 20 à 30 secondes d’intervention max devaient être écrites, et plutôt bien écrites, avec du vocabulaire riche. On ne se moquait pas de la tête du client à Maxximum. Et le client, visiblement s’en rendait bien compte et adorait ce traitement de faveur… Le succès de Maxximum – pour un réseau français naissant d’une quarantaine de fréquences – a été immédiat et sans doute qu’on le doit à un philosophe de la radio musicale aujourd’hui consultant et passé par RVS, Pschent!, Maxxima, Europe 2 Prague, Cocktail FM ou encore Atoll Music et autres consulting en France et en Europe. Mickaël Bourgeois est un homme aux mille vies créatives qui se réalise encore aujourd’hui dans le consulting radio et le karting de haut niveau. Interview du « cerveau » et des deux oreilles qui ont fait le son Maxximum en programmant toute cette nouvelle musique venue du monde entier.

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CHAPITRE 1. LA GENÈSE DE MAXXIMUM

L’actualité Maxximum, Mickaël Bourgeois, cette date du 23 octobre 1989 , qu’est-ce qu’elle vous inspire ?

Mickaël Bourgeois : Un souvenir extrêmement important dans ma carrière et ma vie personnelle. La création d’une nouvelle radio était rare à l’époque dans un marché figé. La Cinq de Berlusconi venait de se créer. On était dans les années 80, il y avait encore des possibilités. Pour la radio en général et pour le media qu’on mettait en place, c’était très nouveau, de nouvelles techniques de programmation (avec Selector, on en parlera un peu plus tard), en marketing, dans le rédactionnel, la programmation musicale était à part, l’animation aussi. Dans le monde de l’audiovisuel, on a été important et les concurrents ne s’attendaient pas à ça. La stratégie de RTL était assez claire, prendre place dans un milieu de la FM qu’elle n’avait pas comprise. Le groupe CLT qui possédait RTL et M6 en France avait acheté Aventure FM.

Vous avez bien compris que la radio Maxximum allait devenir une épine dans le pied des concurrents ?

J’avais appelé Le Selector « Max », allusion au dirigeant de la panthère ! Quand je disais que « Max » ne voulait pas programmer un titre en général , les attachés de presse des maisons de disques ne savaient pas toujours qui était ce « Max ». Certaines ont même demandé à Max Guazzini pourquoi il ne voulait pas de leur titre. Max Guazzini l’a bien pris au début.

Quelles ont été les méthodes de travail appliquées au début de Maxximum? 

De la décontraction, un ton nouveau, on aimait dire qu’on ne se prenait pas au sérieux mais on bossait énormément en amont. Il y avait un respect des auditeurs. J’en avais marre d’entendre les animateurs de la FM se moquer des auditeurs en direct ! Certaines émissions faisaient leurs choux gras de cette relation. Nous l’avons interdit. Les règles d’antenne, en tant que responsable d’antenne et des programmes d’RVS, je les avais couchées dans une bible avec Eric Hauville, sur papier rouge SVP afin de ne pas pourvoir les imprimer et les lire en live dans mon bureau avec une feuille à signer avec date. J’étais en charge de la production, des animateurs et de la musique. On a démarré avec une seule fréquence à Rouen et on a terminé avec 17 fréquences. On a notamment fait évoluer par exemple Olivier Baroux de Caen à Rouen. J’organisais des écoutes de piges antenne à RVS, la grille des animateurs évoluait dans la longueur. On des animateurs et animatrices qui restaient cinq, six, sept ans. Ce n’était pas le cas à NRJ. On faisait un travail de formation, d’écoute après chaque émission. Olivier Devriese m’avait conçu un magnéto à bande qui se déclenchait dès que la lumière rouge du micro s’allumait. Je disais ensuite aux animateurs « ça je veux, ça je ne veux pas… », c’était de la rigueur.

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Avant même que le projet Maxximum ne soit lancé, Eric Hauville, le patron de RVS était en contact avec le directoire de la CLT. Il les conseillait sur leur développement depuis pas mal de temps. Avec l’explosion de la FM, la CLT et le groupe Lagardère étaient dans une posture étonnante. Ils n’y croyaient pas, ils se disaient « on va les laisser s’amuser, on reprendra la main… » Notre travail était de leur faire prendre conscience du potentiel de la radio musicale généraliste. RVS était la première radio à obtenir le Selector et à l’avoir acheté. On avait les toutes premières versions que les radios US programmaient sur leur network. RCS a toute de suite compris que nous demandes, nos souhaits étaient différents. Nous avions basculé ensemble dans le monde professionnel de la programmation musicale, avec une répartition des catégories de titres par tranches horaires. Avec le Selector la matière grise du directeur des programmes, son savoir faire, ses idées étaient retranscrites dans l’ordi.

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 Mickaël Bourgeois, la passion du karting à son maximum.

Comment avez-vous pris conscience qu’il se passait quelque chose d’important outre-Atlantique pour votre carrière de programmation au sein de RVS puis de la CLT ?

En fait, mon expérience de la programmation vient aussi de mes voyages aux Etats-Unis, les maisons de disques m’invitaient aux USA. Une d’entre elles m’avait proposé d’assister à un concert des Scorpions. Je ne garantissais jamais à ces maisons de disques que je programmerai leurs groupes après ces voyages. Je profitais de ces voyages pour écouter Power106 (KPWR) ou KIIS-FM à Los Angeles ou HOT-97 (WQHT) à New York. Je revenais auprès de Eric Hauville pour lui expliquer comment la production des jingles et de l’antenne se faisait. J’ai aussi pas mal travaillé auprès d’autres radios régionales qui se montaient. J’ai failli participer au lancement de WIT FM à Bordeaux (radio crée par le président des Girondins de Bordeaux sur les cendres de Hit FM) auprès de Jean-Louis Morin (un ancien journaliste de RMC). Il était en observation à RVS pour créer ses dossiers de fabrication et d’organisation auprès de ces actionnaires WIT FM. Il est venu deux fois une semaine complète dans mon bureau rouennais pour prendre des informations sur notre façon de travailler. Jean-Louis Morin souhaitait que je dirige sa radio mais Eric Hauville m’avait demandé de ne pas bouger car un très gros projet était dans les tuyaux… J’ai donc suggéré à Jean-Louis de prendre contact avec Christophe Sabot qui ne bossait pas à cette période.

C’est de là que vient le concept de Maxximum, vous étiez déjà un peu sous pression pour trouver une recette qui marche ?

Non, on n’avait aucune pression, que ce soit Eric Hauville le patron du projet, Olivier Devriese le chef de la technique ou moi, on savait ce qu’on voulait faire. RTL avait une totale confiance et était informé de l’évolution des dossiers en cours. Il n’y a pas plus rationnel et cartésien qu’Eric Hauville, donc très rassurant ! Nous étions en adéquation immédiatement dans l’approche du travail avec la CLT.

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CHAPITRE 2- Eric Hauville, la Bible des programmes et Pschent!

Comment avez-vous connu Eric Hauville?

J’ai connu Eric Hauville, Luc Dentin en Septembre 1981 suite à une maquette que j’avais envoyée et grâce à laquelle j’ai été retenu en tant qu’animateur ! Ma vie commençait réellement. A cette époque j’étais animateur et réalisateur de plusieurs émissions sur Radio Soleil et Radio Néon à Petit Couronne. J’ai été bénévole à RVS pendant trois ans. J’y étais animateur, programmateur et pour faire des rentrées d’argent pour la radio des animations commerciales et mariages.

Eric travaillait souvent très tard et moi aussi, des oiseaux de nuit. Et c’est de là ou nous échangions sans cesse sur la radio, la programmation, les stratégies. En 1982 il me répétait sans cesse que jamais la programmation ne serait imposée. Mais je lui expliquais que RVS n’avait pas de conduite de programmation. Une session, je suis en Californie et quatre heures après j’entendais beaucoup de titres français, bref de la radio libre mais pas de radio FM. Et ça l’énervait mais force était de constater un plus tard que j’avais raison. La confiance s’installait au fur et à mesure. C’était une personne que je connaissais très bien.

J’ai travaillé avec lui pendant une quinzaine d’années. Il était brillant. Une personne avec de nombreux talents, un caractère trempé… Tout le monde a appris à son contact. Il nous a appris la rigueur. On était très proches avec Eric et Olivier Devriese, des garçons extrêmement brillants. Alors nous sommes partis faire Maxximum. On s’est développé ensemble. On y est allé les yeux fermés. On a beaucoup travaillé. Eric responsabilisait ses collaborateurs aux postes clés.

Il n’avait pas peur de travailler avec des gens qui avaient du talent. Dans les autres radios, ce n’est pas le cas. La lumière allait sur le chef. Lui, c’était tout le contraire. Ainsi Eric avait une totale confiance en nous, une exigence avec lui-même et donc une exigence avec ses équipes à Maxximum et à RVS.

Que fallait-il faire pour être un bon animateur à Maxximum ? Comment les gériez-vous ?

Il fallait calibrer les animateurs. Ces derniers n’étaient « que » des intervenants du produit. Leur seul talent, c’était de savoir ouvrir la bouche pendant vingt ou trente secondes ! Donner du matériel en adéquation avec le programme. On avait nos horloges, des quotas, des books antenne et les animateurs n’avaient qu’à suivre les directives. Ensuite c’est leur talent qui s’expose.

Deee Lite découvert par Mickaël Bourgeois et propulsé par Maxximum en 1990.

On insistait sur la technique, celui qui ne savait pas faire enchaînements, celui qui n’avait pas le sens de la réalisation, de mettre en valeur l’habillage, la programmation musicale… on le renvoyait en training. Et si ça ne fonctionnait pas, on ne le conservait pas. Les animateurs voulaient y arriver, à RVS aussi. Ils pouvaient repartir de Maxximum avec une très bonne carte de visite. Il y avait une rigueur, un cahier des charges.

RVS avait une excellente réputation dans le milieu de la FM ; quelle en était la raison ? Cela tenait au savoir faire et au faire savoir d’Eric ?

On était une équipe de professionnels installés à Rouen. Le produit RVS était excessivement respecté par les réseaux nationaux et les radios généralistes. Eric a contribué à la création du SIRTI, le syndicat (Syndicat des radios indépendantes, anciennement Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes) et il a cofondé (avec Jean-Eric Valli) le GIE des Indépendants (syndicat des radios régionales et locales indépendantes). Certains réseaux nationaux faisaient du lobbying pour nous empêcher de nous développer. Eric Hauville s’est rendu compte que c’était très politique, qu’il fallait être souvent à Paris. Il a très vite compris que la politique était partout. Il fallait voir les gens de la politique, les gens du CSA, faire du relationnel. Tout à coup, ça devenait beaucoup moins drôle pour lui. Pour les médias indépendants, il fallait être à cent pour cent présents auprès des gens qui décidaient. Ensuite l’équipe de RVS avait été triée sur le volet, n’importe qui ne rentrait pas à RVS, je parle des cadres, des responsables de chaque service et puis nous travaillions beaucoup, énormément, nous étions tous des passionnés certes mais dans le même sens ! Le produit, le produit et le produit. Eric nous rabâchait souvent la règle des 3 P.

Et RTL, c’était extrêmement politique ?

Oui, RTL nous a demandé de faire le maximum. Le groupe CLT a fixé ses exigences et Eric a dit « je viens avec mes gars ». Ensuite pour faire exister la radio, il fallait faire face au lobbying des réseaux concurrents. La loi anti-concentration a eu un impact sur le groupe CLT. En gros, c’était M6 ou Maxximum. Un des deux ne passerait pas et Eric Hauville le savait. La CLT voulait avoir sa télévision en France.

Eric Hauville s’est donc éloigné de son métier de faiseur de radios, de programmes… pour devenir un « homme politique » de média, c’est ça ?

J’ai grandi avec Eric, je le voyais, son enthousiasme, sa passion… il devenait adulte. Je lui disais « Eric, ne vieillis pas trop vite ! ». Maxximum a été une bouffée d’air, une station avant-gardiste, avec une musique qui n’existait pas vraiment médiatiquement mais qu’on a développé et qu’il aimait. Il appréciait cette nouvelle façon de vivre avec cette musique, cette philosophie et toute cette partie créative que l’on pouvait en faire et puis cette décadence… Ce courant musical qui devait soit disant disparaître est toujours omniprésent aujourd’hui mais si celle ci tourne en rond depuis quelques années.

Pouvez-vous me parler de Pschent, un très grosse réussite commerciale (un label qui a popularisé la musique lounge avec notamment des compilations « Hôtel Costes ») ?

Pschent, c’était le prolongement naturel, je pensais partir travailler pour d’autres radios mais Eric m’a dit « tu ne pars pas, tu restes avec moi. J’ai besoin de toi ». Je ne suis pas rester longtemps car la radio me manquait trop et la vie dans le label n’était pas assez speed. Trop de perte de temps pour mon profil !

Eric était-il un mentor ?

Oui, au début bien sûr ! La confiance s’est installée rapidement et nous sommes très vite devenus complémentaires. Nous discutions tous les jours de RVS, de l’équipe, du personnel, comment le faire évoluer, L’antenne comment faire pour la rendre plus performante. Des passionnés nous étions…

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MICKAËL BOURGEOIS, SUITE

Il a été l’artisan du son Maxximum. Dans le sillage de Eric Hauville, cet homme de radio a amené un savoir-faire, une façon de programmer la musique sur un réseau FM naissant qui rompait avec les pratiques de l’époque. Un travail d’arrache-pied pour proposer une alternative nouvelle à grande échelle dans toutes les campagnes de France et de Navarre, là où les médias musicaux de niche ne couvraient que les très grandes villes quand ce n’était pas seulement Paris (à l’image de Nova). Deuxième partie et avant-dernière partie de notre entretien avec Mickaël Bourgeois, un Normand né à la radio au début des années 80. On reprend l’entretien à la fin du CHAPITRE 2. Pour relire la première partie de cet épilogue de l’Aventure Maxximum, cliquez sur ce lien

Le palais des possibles. Maxximum au nouveau Forum des Halles en 1990.

SUISSISSIMO: Comment travaillez-vous avec votre propre direction, en rendant des comptes sur vos choix de programmation ?

MICKAËL BOURGEOIS: En toute transparence comme à mon habitude. Pour la partie programmation musicale je ne rendais aucun compte à Éric Hauville ou autre. Eric connaissait très bien mes méthodes. Mes choix étaient purement et uniquement dans le sens du format et de la continuité du programme en général !

CHAPITRE 3 Quelques recettes américaines, une programmation européenne et beaucoup de rigueur

Quelle a été l’influence de la radio américaine dans la création du format de Maxximum ?

Lorsque je suis allé aux USA, à New York, il y avait Hot 97 et à Los Angeles Power 106. Des radios « hot tempo », des radios rythmées avec du hip-hop ou de la pop US comme Paula Abdul. Il n’y avait pas de garage, pas de techno et House sur ces radios. Effectivement, nous collaborions avec un groupe Américain qui nous avait donné un jeu d’horloges que nous devions mettre à l’antenne 24 heures sur 24.

Ces horloges ont été modifiées très rapidement car elles n’étaient pas assez adaptées pour la programmation que nous souhaitions mettre en place et surtout l’anticipation de l’antenne. J’ai donc inséré des catégories supplémentaires et puis j’ai modifié les priorités et la police du Sélector, le logiciel de programmation. Bref, rendre le programme nettement plus européen. Ensuite l’alchimie était de mettre les bons titres dans les bonnes cases ! J’ai cherché et j’ai pioché dans tous les disques que j’achetais chez des disquaires d’importation, chez les fournisseurs étrangers. J’écoutais tout, les face A et les face B, les albums en entier.

Une anecdote, un animateur qui était resté un ou deux mois à l’époque Trocadero m’avait fait cette remarque « tu n’as pas de télévision dans ton bureau, tu ne regardes pas MTV et ce qu’elle diffuse? » Je lui ai alors répondu que je ne faisais pas de télévision mais de la radio et que j’avais 200 disques à écouter en trois jours. Le produit, c’est nous qui le faisions et c’est sans doute pour cela que les Maxximaniaques nous ont suivis des le début ! On était en France, pas aux Etats-Unis ou en Angleterre, nous étions en train de créer un média original.

Votre force, c’était d’être en avance sur la concurrence ?

Oui et ça énervait pas mal ! La comparaison avec les autres radios musicales nationales, Notre playlist comportait 70% de musique européenne. Avec la recherche musicale qui existe aujourd’hui, le web, les plateformes musicales il y a vraiment de quoi se différencier des autres, de produire un format audacieux, intéressant ! Ce que font les réseaux nationaux et radios thématiques est inadmissible. Je ne parle pas des radios uniquement sur le web, aucune recherche dans les quotas, les stratégies, bref retour à la case départ… L’audience n’est pas forcément en corrélation avec le chiffre d’affaire. Si on prend l’exemple de Nostalgie il y a quelques années, une audience de 4 points niveau national équivalait pourtant à la meilleure rentabilité et le meilleur CA des radios…
Avec Maxximum, nous étions en avance sur le marché et nous avions les moyens humains pour revendiquer et argumenter cette stratégie.

Fabrice Revault au micro.

Soit disant avoir raison trop tôt n’est pas toujours bon. C’était une réponse toute faite de la part d’Eric Hauville pour avoir la paix dans ce genre de conversation. A chaque fois je lui répondais « Eric tu devrais changer de disque car celle-là je la connais depuis pas mal de temps. » C’était sa manière de couper court dans ce genre de conversation.

En réalité nous étions bien conscients que le travail n’était pas fait de la part de nos actionnaires, la régie IPFM. La politique avait déjà pris les devants… Cela dit la CLT s’en est très bien sortie (RTL 2 et FUN). Pour terminer sur ce chapitre programmation, lorsque je programmais un titre je savais ce que j’en faisais et sa durée de vie à l’antenne ! Ma programmation, je la connaissais par cœur, demandez aux animateurs… Des appels à 23 heures ou 4 heures du mat’ pour annoncer à l’intéressé qu’il s’était planté dans l’ordre de prog’, ça n’arrivait qu’une fois par animateur croyez-moi… On ne touche pas au produit.

Les animateurs avaient peu le droit au chapitre sur l’antenne ?

Ils devaient être là quatre fois par heure, 20 secondes par intervention, une minute trente par heure. Il fallait envoyer du lourd. Les titres pour certains avaient plusieurs introductions soit pour la partie réalisation avec un liner ou pour du speak afin que les intros soient variées. Je leur proposais d’aller puiser des mots au hasard dans le dictionnaire pour les contraindre à écrire autour de ce mot. Je ne voulais pas d’une antenne avec douze mots de vocabulaire. Je souhaitais entendre des interventions bien construites, c’était leur rôle. Les books d’antenne et conducteurs donnaient la marche à suivre pour l’animateur.

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Joachim Garraud en patron dans le studio de production de RTL en 1990 (dans les locaux historiques du 22 rue Bayard à Paris).

Un animateur m’a simplement dit que la difficulté qu’il avait résidait dans le calage et rembobinage des bandes Revox quand deux golds s’enchaînaient, c’est vrai ?

Non, c’est impossible car les golds étaient sur bandes mais il n’y avait jamais deux golds à la suite sur Maxximum. En revanche, certains titres enchaînés que je faisais monter par la production, des maxis que je voulais éditer par Joachim Garraud ou Fabrice Revault étaient sur bandes (je leur disais « tu me cales le début à 50 secondes, tu me coupes le pont… » bref tout était monté sur bandes). Alors dans ces conditions parfois le jonglage était de rigueur, mais très sincèrement les animateurs étaient dans d’excellentes conditions pour travailler. Madonna, Peter Gabriel et d’autres très grands nous téléphonaient pour nous annoncer que la radio était super bien produite. On leur répondait que c’était du direct. Ils n’en revenaient pas…

Suississimo: On voulait mettre en place « Rêve Maxx », une émission sur la « culture rave ».

On s’est dit avec Michel Brillié qu’on allait pas laisser Laurent Garnier seul dans la nature. Il nous fallait mettre des titres repères de notre programmation tous les quarts d’heure. Pour le reste, on le laissait faire. On lui a prêté un Revox ou il enregistrait ces émissions et parfois il venait en direct avec la même stratégie. Même chose pour les soirées au BOY. Je donnais un thème par heure pour Joachim. Il préparait le public en jetant dans le mix des extraits de certains titres tous les quarts d’heure, et à la fin il passait le morceau dans son intégralité. Pour les soirées au BOY, on ne laissait rien au hasard.

Je dois préciser que Joachim Garraud des le départ a été un producteur très impliqué et au fur et à mesure un DJ hors pair avec le sens de l’écoute. Il comprenait très bien les stratégies que je lui donnais et il le faisait remarquablement bien.

Une station de radio qui a annonce la couleur dès qu’on pénétrait dans ses locaux (source http://miamnutella.free.fr)

François Delage vous a aidé dans la partie technique de la programmation et pas qu’à Maxximum?

J’avais un assistant en charge de la partie informatique. Comme j’étais assez occupé, ils rentraient parfois les titres à programmer dans le Selector. Quand Maxximum s’est arrêté, nous nous sommes retrouvés sur RVS car Eric Hauville l’avait embauché idem pour le développement informatique. J’avais quitté RVS à 23.4 points le plus gros taux de pénétration des radios généralistes régionales, RTL était à 17 points, quand je l’ai reprise il y avait 11,4 points ! Il fallait retravailler tout le format et la conduite d’antenne en générale.

Je suppose que c’était la crise à RVS ?

C’était tendu dirions-nous… Eric était seul responsable de cette situation car il avait changé pas mal de chose sur le produit. Certes j’avais carte blanche mais pas de budget et il fallait diviser les dépenses par 2 avec un objectif de 15 points en 1 ans et demi ! On y est parvenu avec un résultat de 15,7 points. Nouvelle stratégie de programmation avec des directives d’antenne modifiées et une nouvelle grille d’animateurs. Il y a eu un très gros travail de partenariat et de commercialisation du produit en sus de l’antenne et des programmes. C’était aussi une période très passionnante avec beaucoup beaucoup de travail.

Revenons à Maxximum et à l’influence de l’ « intelligence » extérieure. Vous parliez un peu plus tôt d’un jeu d’horloges sensé vous faire faire des bons résultats, c’était quoi ?

Le groupe américain Emmis nous avait remis des jeux d’horloges et des quotas comme je l’annonçais précédemment. Celles-ci ont été très vite modifiées car pas adaptées à ce que je voulais mettre en place et au son général du programme ! Michel Brillié avait mis en place des « Call Out », des enquêtes musicales. Maxximum était la première radio en France à utiliser ce procédé. Si nous avions dû les suivre à la lettre, je dirais à la vue des chiffres, des résultats nous n’aurions jamais programmé Technotronic, Black Box et tout le reste. Je prenais ces résultats comme un baromètre, rien de plus. Cependant ces résultats m’ont amené à d’autres techniques de programmation fort intéressantes que je tairais ici et partout… Bref c’est un métier au cas où certains s’essayeraient à cette profession.

Le concert des New Kids On The Block vous a-t-il ouvert les yeux sur la passion des Américains pour une musique rythmée, très radio, utile à votre format ?

C’était un concert à la Nouvelle Orléans. Nous étions invités par CBS. Ils m’avaient contacté pour découvrir ce phénomène aux USA, un des premiers boys-bands de l’histoire. « The Right Stuff », était un titre pop US. Les gens étaient assis durant le concert car il y avait un interdiction d’être debout, de danser… Étant dans le rythme du concert, je me levais de temps en temps pour danser, bouger, être dans « le move » dirions-nous. Et là de gros flics m’ont dit de m’asseoir ou c’était la porte.

Je vous assure on ne plaisante pas avec les cops US. Dans ce genre musical Pop US il y avait Paula Abdul, Janet Jackson (Miss You Much) mais j’avoue avoir un faible pour la version remixée de Shep Pettibone pour « Escapade ».

J’aime aussi Kamera « Back In the Time », un autre must The Break Boys « My House is Your House » et Precious « Définition of the track ».

MICKAEL BOURGEOIS, SUITE ET FIN

Mickaël Bourgeois dans les locaux de Maxximum.

Dernière partie de notre épilogue. Dernière partie de la saga Maxximum en ce 8 novembre, à exactement deux semaines de la grande fête « Back in the Nineties » que Joachim Garraud, Cocto, Pat Angeli et les autres membres de Maxximum vont organiser avec le Rex Club pour l’association de lutte contre le cancer ARTUR. Une publication exactement deux semaines après la date anniversaire officielle de la naissance de Maxximum le 23 octobre.

Plusieurs événements ont eu lieu pour célébrer ces 30 ans de la radio nationale la plus innovante d’Europe dans les années 90. Après les créations d’Europe n°1 dans les années 50, d’Inter dans les années 60, de FIP dans les années 70, de France Info dans les années 80 et bien sûr de Nova avec l’avènement de la FM (c’est sans doute une des radios qui se rapprochent le plus de Maxximum dans l’esprit), malheureusement Maxximum a été le dernier du club des créateurs. Dans les années 2000 et 2010, la musique sur les ondes est une histoire de gros sous, donc d’audience, peu de prise de risques.

C’est ce qu’on appelle savoir où se placer dans un panorama médiatique très monolithique en 1989.

Malheureusement la France a toujours été très frileuse pour lancer des produits innovants sur les ondes et on ne comprend pas toujours pas pourquoi quand on habite au pays de Couleur3, Grrif et Maxxima. On ne peut pas dire que NRJ voire Skyrock soient au firmament en ce moment. Certes la première a su garder une hégémonie en jouant la tranquillité avec une sélection de hits hyper efficaces et des personnalités d’antenne populaires tout en développant admirablement son réseau, mais elle invente peu.

Certes la seconde a frappé un très grand coup en misant sur la rap et le R&B au milieu des années 1990 et on mesure l’impact sur la culture rap de la France et de sa toute puissante dans l’hexagone et à l’étranger (le rap français est très populaire en Suisse). Aujourd’hui Maxximum, malgré sa descendante directe FG DJ Radio, malgré son ancienne « sœur » au sein du groupe RTL l’inoxydable FUN radio et son format dance, n’a jamais été égalée.

Et cela tient à plusieurs facteurs, la programmation très ambitieuse, cohérente, up-tempo et européenne jouant la carte de la nouveautés et des golds/re-currents parfaitement calés dans le format. Merci Mickaël Bourgeois. Cela tient à une vision marketing aussi, une conjugaison de valeurs pour entraîner toute une nation dans une culture de la fête, du clubbing positif pour la musique et pas la défonce.

Cela tient aussi à un travail très précis sur la transmission d’informations et de messages agréables, constructifs, modernes à l’époque où la France sortait petit à petit des trente glorieuses. Pas étonnant qu’aujourd’hui les robinets à musique que sont les radios musicales ne proposent plus autant de nouveautés venues de nulle part car la période est à la recherche du filet de sécurité qui ne fait pas perdre d’argent.

Heureusement qu’il reste Inter, FIP et Nova et leurs propositions musicales qui n’ont cure des intérêts commerciaux et d’audience, le public se sent respecté à l’écoute de ces stations mais la fidélité des auditeurs est engagée, quand Nova mise sur les programmes parlés, les auditeurs ne suivent pas autanr car ils viennent surtout pour une musique bien particulière.

Maxximum respectait l’auditeur. On savait ce qu’on allait trouver sur cette radio, il n’y avait pas de mauvaise surprise, il n’y avait que des surprises. Reprenons pour cette dernière partie le cours de notre conversation avec les chapitre 4 de l’interview de Mickaël Bourgeois sur l’empreinte « francophone » et française de la station. le chapitre final sera consacré à la mort de Maxximum qui a laissé des auditeurs orphelins et un très grand trou dans le paysage médiatique français jamais compensé par (Le)Mouv’ ou des radios de format dance electro comme FG ou Fun.

Les acteurs de la station ont continué à faire le bien sur les ondes avec cette rigueur, cette créativité, cette folie et cette audace, je les remercie personnellement d’être resté fidèles à un certain esprit de Maxximum. C’est cet esprit que l’on souhaite voir revivre dans le « DJ booth » du Rex Club le 21 novembre et en DAB+ plus tard avec qui sait une renaissance qui aura du chien. Maxximum a 30 ans ! Vive les Maxximaniaques ! Vive Maxximum ! Pensées aux héros de ce son, Fred Rister, Philippe David et Eric Hauville.

Quelques membres de l’équipe de Maxximum in the nineties. Où sont les femmes?

CHAPITRE 4 – MAXXIMUM, une radio bien française avec des remixes et des golds

SUISSISSIMO : Mickaël, qu’avez-vous fait pour respecter les quotas de titres en français sur Maxximum ?

MICKAEL BOURGEOIS : On avait des artistes naissants mais aussi Gainsbourg. Mais le compte n’y était pas. Notre format n’était pas très compatible. Alors le CSA nous a envoyé plusieurs courriers de mise en garde pour respecter le quota d’expression française. Eric me prévenait régulièrement « trouve moi une solution, anticipe et programme des titres français. Cela m’a amené à être inventif. Par exemple en remixant le « Requiem pour un con » de Gainsbourg. Je regardais le film « Le Pacha ». On avait un gimmick de Trouble MC, il a suffi de le ralentir et de placer la chanson dessus. J’ai demandé à Joachim de remixer tout ça. Le remix était bon et dans le ton général de l’antenne alors je l’ai programmé ! Mercury/Phonogram (groupe Universal music aujourd’hui) m’appellent pour me dire que nous n’avons pas les droits, etc., bref pression du label et de l’éditeur, du manager, j’ai eu tout le monde au téléphone. Evidemment, je continue à la programmer. J’ai eu le droit à tous les discours mais le plus marquant était la production française n’est pas en adéquation avec ce genre de musique. Pour eux, ce n’était pas de la musique. Conséquence, la maison de disque va changer de stratégie et va dire que notre remix est en réalité sympa. Ils nous demandent les bandes pour le publier. On connait la suite Ils ont fait leur remix qui n’a pas fonctionné !

Il y avait Gainsbourg, Benny B et les autres sinon ?

Oui, en musique française, Benny B était disque d’or. On avait des remixes effectués à partir des voix de personnalités de la télévision. « Il suffit d’un ou deux excités » des Footbrothers avec la voix de Thierry Roland et « On se calme » avec le générique de l’émission de Dechavanne et des extraits de son émission « Ciel Mon Mardi ! », à l’époque Christophe Dechavanne était animateur sur RTL, ça posait un problème pour nos actionnaires, mais pas pour moi. Le contexte d’il y a trente ans était très différent, il n’y avait pas les réseaux sociaux. On avait des titres comme Boule Noire « Aimer d’amour », une chanson funk R&B diffusée entre 7 et 16 heures car plutôt radio friendly, plus lente. On avait remixé une chanson de Mylène Farmer mais l’artiste et son équipe n’en voulaient pas. Pow Wow qui avait sorti « Le Chat » un peu plus tard avait eu la même attitude. J’avais dit à leur manager, regarde ce qu’on a remixé. RVS le passe à fond. J’en fais une copie et je le rentre direct pendant sept jours. J’ai fait écouter ce morceau remixé de Pow Wow et je l’avais programmé sur Maxximum. Il y avait un groove proche de ce qu’avait fait DNA avec « Tom’s Diner » de Suzanne Vega. On m’a répondu « t’es fou, ce morceau est dénaturé… » Remarque si Pow Wow veut relancer leur carrière le remix est tout suite fait et je suis persuadé que les network le diffuseraient 

J’ai l’impression que cette histoire de quotas aurait été réglé dès l’arrivée des artistes de la French Touch, Daft Punk, Air, Cassius…

Oui et non car à l’époque c’était beaucoup des magnifiques instrumentaux. Je rappelle que le CSA voulait des titres d’expression française donc chanter en français.

La French touch a débuté après la disparition de Maxximum… Mais à l’époque, sur les antennes françaises, personne ne savait programmer de la dance music. La French touch a existé en parallèle des radios. Ensuite la French Touch avait une autre direction musicale et artistique 

Maxximum, ce sont des artistes maison comme Lisa Stansfield, parlez-moi de l’union qui vous caractérisait avec cette artiste britannique, une tactique pour mettre en avant des artistes en qui vous croyiez a consisté à les faire exister à l’antenne avec plusieurs morceaux d’un même album, c’est bien ça ?

Oui avec Lisa Stansfield, j’en ai fait une artiste phare, un must de l’antenne de Maxximum. « All round the world » a été matraqué. D’ailleurs un Remix Made in Maxx a été effectué sur ce titre. Son album était en adéquation avec ce que je voulais faire de l’antenne et la prog de Maxx… J’avais différentes catégories à travailler en fonction de la journée et de la nuit… Je précise que ces artistes mis en avant sur l’antenne était non pas en fonction de mes goûts personnels mais bel et bien stratégique et volontaire pour le produit Maxximum. Je marque notre antenne et par la suite le marché de notre empreinte sur cette artiste et d’autres. C’est d’ailleurs de cette façon que je savais que nous faisions vendre beaucoup de disques. Même chose pour Deee Lite…

Vous passiez beaucoup de golds ?

🙂

Maxximum, dans la journée était une radio « généraliste » hot tempo, donc avec des golds remontant parfois jusqu’à la fin des années 70. On y jouait de la dance-music avant tout mais c’était important de mettre ce qui était connu de tous à des endroits stratégiques de la journée et de l’heure. Les gens qui avaient un certain âge écoutaient ces titres là avant, alors il fallait leur proposer ces chansons reconnues. Il y avait une évolution de la cible dans la journée, avec une meilleure segmentation. Mais attention, tous les titres devaient sonner cohérent. Les titres étaient tous passés à la moulinette d’un traitement de son, d’un mastering grâce au responsable de la technique Olivier Devriese. On avait un banc de montage et on ré-augmentait le gain de ces sons. Le son avait le même niveau sur chaque titre et ces « vieux golds » rajeunissaient. On avait une musique homogène… Notre produit était très travaillé, réfléchit, rien au hasard  

CHAPITRE 5 – L’héritage Maxximum

SUISSISSIMO : FG DJ Radio, Airplay Records et bien sûr MAXXIMA, des maxximaniaques avec beaucoup de détermination ont beaucoup fait pour relancer votre radio sous différentes formes, Maxximum est un concept qui ne meurt jamais…

MICKAEL BOURGEOIS : Stan Roehrich qui est en Suisse et Philippe Esquirol en France étaient venus me voir et m’avaient proposé de m’occuper de Maxxima et d’en faire un programme un petit peu différent de Maxximum. Je leur avais répondu que si on faisait quelque chose, c’était un nouveau concept et carte blanche. Sur les horloges et quotas par exemple, on a changé. Et ils ont continué leur route comme ça.  Stan s’est rendu extrêmement disponible humainement, techniquement et financièrement. On peut dire que le plus amoureux de Maxximum est assurément lui, un vrai passionné comme je l’ai apprécié, discret, humble, Suisse quoi  En parallèle à cette époque je dirigeais 2 radios et j’avais trop de boulot pour continuer à m’investir dans Maxxima. Cette Webadio existe bien sur toujours et Stan toujours une nouvelle fois au RDV

Mickaël Bourgeois est aujourd’hui consultant radio et coach en entreprise.

Comment avez-vous compris que Maxximum était condamné ?

J’étais évidemment informé en amont ! J’avais été convoqué par Philippe Labro à RTL pour que l’on échange sur Maxximum, sa vie et la nomination d’un nouveau directeur Général puisque Eric Hauville était Partie. Mr Labro m’annonce que le réseau va être vendu, Maxximum restera uniquement à Paris et on va se séparer de certaines personnes pour des raisons budgétaires ». Je mets alors en place une équipe cohérente possible. Trois mois après, on m’apprend que l’on va vendre aussi la fréquence parisienne dans le package à un groupe espagnol. Maxximum allait s’arrêter. Eric m’avait donné certaines clés. Ils ont fait ça pour que ça se passe dans le calme… C’était politique, stratégique… Alors on fait ce qu’il faut pour que ça se passe dans le calme, dans la dignité… J’ai donné ordre aux équipes d’antenne de finir comme des pros, sans dire que les gens étaient des … Alain Weill, le dernier PDG de Maxximum qui allait s’occuper de la suite avec M40 a exigé que les flashs info par exemple soient relus afin de maîtriser cette partie éditoriale. Jocelyne Buisson, la rédactrice en chef s’est défendu, a refusé. Je l’ai soutenue à fond. Le dernier flash, il était hors de question de ne rien dire. On a fait ce qu’on a voulu jusqu’à minuit. J’ai dit à Weill « vous êtes le repreneur à minuit une, pas maintenant ! » Jusqu’à minuit, je suis responsable de toute l’équipe de Maxximum. Mais Weill n’a pas voulu jouer le jeu. Il a tout fait pour couper l’antenne brutalement dès minuit voir avant. L’esprit était mauvais. Il a joué un jeu inutile pour le personnel ! Tout le monde était en colère et en furie. Alain Weill a foutu tout le monde dehors… en nous menaçant d’appeler la police, « je suis chez moi » a-t-il balancé. J’ai refusé de rester à M40 et on comprend pourquoi. Certains sont restés mais personne n’a été obligé.

Comment s’est passé le reste de la nuit ?

C’était très tendu. On est tous allé au BOY. La première heure, on était abasourdi. On separlait à peine. On avait la tête ailleurs… Il y avait pourtant la musique qu’on aimait. Plein de bouteilles disposées sur les tables mais personne ne buvait. Et puis on s’est dit qu’il fallait boire un verre… Eric Hauville était malade, Cocto en pleine crise.

Et Fred Rister qui a dû fermer l’antenne en larmes… Je suppose que vous repensez à lui.

Fred, je l’appelais Bernard et il m’appelait Bernard aussi avec son accent du nord. Je rigolais…

Cocto, Joachim Garraud, Eric Madelon et Fred Rister.

Il était très attachant. Il avait beaucoup de talent. Avec sept cancers, c’est une personne courageuse qui s’en est allée… Il était plein d’humilité. C’était devenu une icône malgré lui de Maxximum pour avoir entre autres ouvert et fermé l’antenne. Il a eu une très belle carrière. Mais il a aussi mangé son pain noir. Il y a eu des moments où il n’y avait plus grand monde autour de lui. C’en était gênant vu le talent. Je comprends qu’il n’ait pas eu envie de repartir dans de la chimiothérapie. On ne peut que respecter son choix. C’est plus dur pour ceux qui restent mais je le respecte. Je ne suis pas surpris de la façon dont il a fait les choses. Paix à son âme.

La mort de Fred a dû faire resurgir les émotions vécues lors de la disparition d’Eric Hauville ?

Quand Eric est décédé, ce fut différent car on a grandi ensemble. Il y a eu beaucoup de choses entre nous. Professionnellement c’était extra de travailler avec lui. La confiance était omniprésente entre nous et nous étions très complémentaires. Plein d’événements que j’aimais vivre à ses côtés. Et ça a eu beaucoup de poids. J’ai eu énormément de peine et de tristesse. Sur certains points, on se ressemblait. Je pense que nous avions une certaine pudeur identique et Il ne montrait pas beaucoup ses sentiments non plus. Il fallait décoder et j’adorais ça. Il savait que je savais mais sans jamais le souligner, en profiter. C’était passionnant. Il y avait beaucoup de respect l’un envers l’autre. Sa disparition a été une perte pour la radio en général. Il a réussi de belles choses avec RVS, Maxximum ainsi qu’avec son équipe de Pschent.

Eric Hauville, l’homme grâce à qui la radio Maxximum est née.

Que faites-vous maintenant ?

Je suis en Normandie, à Caen. Je suis consultant pour les radios indépendantes, réseaux en France et à l’étranger. Je travaille pour des entreprises sur des audits, des évaluations de personnes, des organigrammes, des remises en route d’entreprises. Je vais lancer parallèlement un cabinet de Coaching (Architecte de vie)

J’aimerais terminer avec le TOP 5 DE MICKAEL BOURGEOIS sur quels sont donc les cinq autres titres que vous aimez de cette période de votre vie ?

  • Precious – Definition of the track
  • The Break Boys – My House is Your House
  • Pet shop boys: “My october symphony”
  • Kamera “Back in the time”

      et last but not least KLF – What Time Is Love

L’AVENTURE MAXXIMUM, PAR DAVID GLASER

Journaliste professionnel depuis 1998 et web editor/community manager depuis 2015 (notreHistoire.ch), j’ai découvert le web à Europe 2 en postant mes reportages audio sur le site de la station nationale française. Puis j’ai travaillé pour les plus grandes radios généralistes françaises, dans l’ordre Europe 1, France Inter et RTL. J’ai commencé la radio au Mans sur RTE, Alpa et surtout West FM, la station qui m’a appris à être pro! Depuis vingt-trois ans, le journalisme web, l’édition de sites et le community management sont mon quotidien. Suississimo est une de mes activités, j’en suis le seul responsable éditorial et n’engage en rien les entreprises pour lesquelles je travaille par ailleurs.

Carole Bottollier et Fred Rister
Fin des ventes ce jeudi.

2 réflexions sur “L’AVENTURE MAXXIMUM: INTÉGRALE

  1. bonjour , fidele depuis 30 ans à MaXXimum je trouve vos rubriques super , trés interessantes si bien que j aimerais pouvoir conserver ces differents articles , est il possible de les enregistrer , merci d avance cdt
    gilles

    Aimé par 1 personne

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