L’AVENTURE MAXXIMUM (5e partie): MAHALIA ROUILLY

Déjà le cinquième tome d’une saga passionnante, celle d’une station de radio nationale inventive, qui ne prenait pas l’ado que j’étais pour un simple consommateur de disques, une radio rebelle par la programmation musicale qu’elle diffusait. La radio Maxximum, née il y a trente ans à Paris, et disparue moins de trois ans après, a marqué toute une génération française et francophone. A jamais. Parce qu’elle parlait au cœur et savait rythmer la vie de ses auditeurs. Parce qu’elle mélangeait le savoir-faire programmatique des grandes radios (RTL, Europe 1) et la fougue des indépendantes de la bande FM, publique, libre ou pirate (Radio 7, Nova et RFM pour ne citer que ces trois là) et une culture de la dance-music anglo-saxonne (l’influence des radios US), un sens de la fête français avec les premières vagues de rave parties dans l’hexagone, une culture techno-gay déjà bien vivante dans tout le pays. Maxximum a planté les graines de l’electro, et fait fructifier les germes de la musique à danser funk, rap, hi-nrg et acid jazz avant même que toute la scène chère à Gilles Peterson n’explose mondialement, avant même que Skyrock ne se mette au rap et que Fun ne tâte du groove. Voici l’interview d’une femme de l’ombre, plongée dans le chaudron comme Obélix ou plutôt Falbala dans la potion magique, rentrée dans la station pour apprendre le journalisme en observant tout un tas de jeunes professionnels de très près, dont les présentatrices des « Plus info » calés à chaque fin d’heure. Elle s’appelle Mahalia Rouilly, son prénom rappelle le jazz vocal et bien sûr le gospel. Pas un hasard que cette jeune femme de 18 ans, tout juste auréolée de son bachot, ait trouvé une passion et des âmes sœurs à la radio. Celle qui s’est trouvée baptisée du prénom de Mahalia Jackson garde de merveilleux souvenirs de cette équipe de doux-dingues qu’était la Maxximum Team. Une interview pleine d’anecdotes. Merci Mahalia!

accueil

Bonjour Mahalia et merci pour cette interview, pouvons-nous commencer par vous présenter et raconter comment vous vous êtes retrouvée à faire partie de l’équipe de Maxximum ?

Mahalia Rouilly : Je travaille dans les médias, en presse écrite, en tant que journaliste correctrice. Je viens de Chantilly dans l’Oise, je suis rentrée à Maxximum par ma mère. Elle travaillait à RTL, elle y avait été assistante de Michèle Cotta et auprès de la rédaction. La radio cherchait des étudiants. Ni elle ni moi ne pensaient que je resterai aussi longtemps. Grâce à cette aventure, j’ai eu mon premier enfant avec Joachim Garraud que j’ai rencontré à Maxximum. Un grand enfant de 24 ans, il s’appelle Maxime – mais son nom n’a pas de lien avec la radio. Il est batteur dans un groupe de musique qui s’appelle Wigo et poursuit des études d’ergonomie. Il a bien sûr entendu parler de Maxximum, pour autant il n’écoute pas forcément d’electro, il a des goûts très éclectiques.

Maxximum, pour moi, c’est une collaboration qui commence à l’été 1990, juste après mon bac. C’est un boulot d’été de deux mois, je faisais des Call out, ces sondages au téléphone sur la musique. On appelait des personnes qui avaient répondu à un concours pour cerner leurs goûts musicaux. Dans l’équipe de départ, il y avait Carole Bottollier, Franck Lenfant, Karine Ducher etc.

Ce n’était pas un boulot très intéressant mais nous avions affaire à des gens qui aimaient Maxximum. Ils savaient de quoi il s’agissait, des auditeurs concernés et fans de la radio. Je suis passé ensuite au standard, une standardiste administrative se chargeait des appels officiels, moi je prenais les appels des auditeurs. On faisait beaucoup de jeux à l’antenne, on recevait des dizaines d’appels… Dès qu’on avait un gagnant, il fallait annoncer à tous les auditeurs qui ne cessaient d’appeler qu’ils avaient perdu… jusqu’au jeu suivant.

Je me souviens d’une relation très forte des auditeurs avec les animateurs, le jeu était un prétexte de participer à ce truc de fou qu’était Maxximum, non ?

Le succès de Maxximum se mesurait aussi là avec ce gros téléphone avec ses sept-huit lignes qui s’illuminaient. Mais pour nous, c’était la course pendant le jeu, on passait une demi-heure intense et on répondait à tout le monde « Maxximum bonjour ne quittez pas.» On les prenait tous… ce n’était jamais le premier qui gagnait, c’était selon le bon vouloir de l’animateur. Ça laissait une chance à ceux qui n’étaient pas près du téléphone. Il y avait le Double X, les voix mystères à identifier et pour certains c’était un moyen de rentrer en contact avec les animateurs, d’être un peu plus proches de la radio.

Vous n’avez pas fait que du standard ?

J’étais officiellement payée pour faire le standard, de 7 heures à 13 heures. Mais comme le matin, que ce soit dans les locaux du Trocadéro, puis dans ceux des Halles, la radio était vide, je retrouvais Dom Perrin à l’antenne. Comme ça je passais de temps en temps à l’antenne et on n’était pas tout seuls ! Ça m’a donné l’envie de passer derrière le micro ! On s’embêtait un peu parfois entre deux jeux… mais les auditeurs pouvaient aussi t’appeler pour connaître les titres diffusés. A l’époque, il n’y avait pas d’écran, donc chaque jour nous avions toute la playlist avec les heures de passage de chaque titre sur plein de feuilles.

On a l’impression d’une grande famille à vous entendre parler de vos collègues, des auditeurs…

C’est ça. Je ne connaissais pas cette radio quand je suis arrivée. Mais les gens qui l’ont faite sont devenus mes meilleurs amis, et aussi ma famille, je me suis mariée avec Joachim Garraud (nous sommes divorcés aujourd’hui) qui occupait le poste de producteur des habillages de l’antenne et des contenus (il faisait des remixes de titres et tout l’habillage de l’antenne de Maxximum avec Fabrice Revault). On était tout le temps ensemble dans les studios, le week-end. La nuit, on venait voir l’animateur à l’antenne ou on l’appelait.

On avait la vingtaine, on est rentré de plein fouet dans l’âge d’or des fêtes, des raves. Notre équipe était principalement composée de personnes âgées de 18 à 25-27 ans pour les plus vieux. Une vie rêvée quand tu es jeune, t’es dans une radio qui innove. On avait l’impression d’être précurseurs, beaucoup aimait ce qu’on faisait et avait adhéré au concept. On sortait d’une vie avec nos parents, le lycée, le bac, pour moi ça prenait une tournure spéciale. Du coup, je suis restée beaucoup plus longtemps que deux mois et comme je voulais être journaliste, j’ai commencé une école, le Studio école de France, spécialisée dans la radio.

Mais je continuais bien sûr de travailler à Maxximum. Je me suis installée avec Joachim. On est libres, complètement libres et surtout passionnés. J’ai bossé jusqu’à la fin de Maxximum et j’ai enchaîné avec deux semaines au sein de M40. C’était étrange, je devais répondre au téléphone à des auditeurs énervés, ils appelaient pour nous insulter. Mais moi, je n’y pouvais rien et j’étais même totalement d’accord avec eux. Je faisais semblant de me tromper en commençant par dire «Maxx…oh pardon M40 bonjour ». Mais forcément je n’étais plus aussi enthousiaste pour rester.

Tous les admirateurs de Maxximum se souviennent de cette fin très douloureuse…

Oui, la rupture est violente. 23h50 à Maxximum, l’ambiance était triste et électrique, à minuit M40 veut passer en force et ne nous laisse pas finir notre au-revoir. Dès le lendemain, ce ne sont plus les mêmes animateurs, la même musique, la même ambiance. C’est comme si quelqu’un habitait ta maison. Quinze jours ont passé et je suis partie. C’était mon premier job, et ça a marqué ma vie entière. D’ailleurs on est toujours en contact trente ans après. Encore aujourd’hui avec un grand nombre, on arrive à programmer un dîner une fois par an. Et à chaque fois c’est reparti comme si on s’était quittés la veille.

maxximum adieux

« That’s the end » chante Janet Jackson… de la reine des ondes Maxximum, oui!

Que s’est-il passé après ?

J’ai travaillé un peu à SuperLoustic avant que ça ne ferme. J’avais été choisie par Eric Sicaud. Là aussi c’était très triste de vivre la fin de cette radio. C’était une très belle idée : une antenne pour les enfants de 5-14 ans avec des chansons, des flash indos et des programmes adaptés mais surtout très intelligents, drôles. L’anti-Dorothée. Avec Maxximum, j’avais appris qu’on pouvait travailler avec passion, joyeusement mais aussi très sérieusement, en respectant les auditeurs. Il y a eu aussi un court passage sur Radio 95,2, un peu de standard à Ouï FM. Puis je suis devenue rédactrice pendant une dizaine d’année dans un groupe de presse qui éditait des magazines de jeux vidéo tels que Player One, Nintendo Player, Manga Player… Aujourd’hui, je suis éditrice dans différents magazines tels que Psychologies, M Le magazine du Monde, Jeune Afrique, etc.

Les soirées de Maxximum étaient du passé…

Forcément. Pour nous les soirées c’était Joachim, Fred, Pat, Eric, Cocto, Fabrice bref tout le monde soit à l’animation soit derrière les platines. Le week-end on était souvent en déplacement dans des boîtes en province pour des soirées Maxx ou avec les groupes qu’on avait montés comme Barbecue Production. Les soirées étaient défrayées, on était accueillis comme Beyoncé, c’était dingue. A Paris, le BOY était notre QG. L’ambiance était festive, délurée, joyeuse. Pour moi, les soirées en boîte de nuit, c’est simple il n’y en a plus eu après ça.

Qu’avez-vous appris à Maxximum?

J’ai pu apprendre à faire des voix pour les pubs… J’ai appris le montage, mais moi ce que je voulais c’était être Hélène Zelany. La fin de Maxximum a correspondu à la fin de mes études, à l’entrée dans le monde de la radio. Moi ça me faisait plaisir de penser à cette profession dans une maison comme Maxximum ou Superloustic alors que mes collègues du Studec voulaient être journalistes dans des grandes radios. Et ça les faisait rêver d’être à France info.

pat 2

Un « Ancient of Mu Mu » en pleine rave messianique? Un télévangéliste en pleine night fever? On ne saura jamais ce que Pat incarnait mais ça avait l’air bien.

Quelques anecdotes pour terminer, ou plutôt une anecdote ?

Plusieurs. Le grand truc pour Joachim et Fabrice, c’était de choper un animateur comme Pat ou Fred et le scotcher à son siège… Pat féru de sport adorait le foot et le tennis. Lors des infos, il ne voulait surtout pas entendre les résultats pour pouvoir rattraper ça le soir devant son écran. Du coup, lorsque la journaliste lui faisait signe pour qu’il envoie les cartouches de l’habillage d’antenne, il envoyait tout sans rien entendre.

Aux Halles, la clientèle était particulière, n’importe qui pouvait rentrer dans les locaux… Les gens rentraient pour demander « c’est quoi ici ? » « Ah c’est super, tu me donnes des pins. » On était toute seule, en vitrine en plus, car les bureaux et les studios étaient dans les étages. Seul l’animateur nous voyait via un moniteur, mais c’était le seul. Donc quand on avait quelqu’un d’un peu trop énervé, qui voulait des cadeaux et devenait agressif, il fallait discrètement attirer l’attention de l’animateur pour qu’il nous envoie quelqu’un pour nous aider. Il y avait des systèmes anti incendie qui se déclenchaient deux fois par jour, c’étaient comme des douches, les portes pare-feu descendaient, en vitrine c’était un un déluge d’eau qui coulait.

La vida loca à la Maxximum, cela ressemblait à quoi ?

C’était les soirées de Maxximum, mais c’était aussi chez nous, dans notre appartement. Les titres de Barbecue production, « Techno is not dead », « Requiem pour un con » remixé, et pas mal d’autres remixes de Joachim étaient commencés dans le salon. La radio ne nous quittait jamais et on aimait cette vie !

escalier_lesHalles

Joachim Garraud dans le « Stairway to Hell »? ou le « Highway to Heaven »?

Cette école de talents a continué d’inspirer des concurrents ?

Maxximum a eu une bonne idée, et comme les bonnes idées, elle a inspiré pas mal de radios. Si Maxximum avait survécu, toute l’équipe aurait su en permanence se réinventer pour rester précurseurs. Et ils en avaient tous le talent. Après tout, c’était la radio que les autres radios écoutent. Quand j’entends des titres de Maxximum maintenant, c’est au-delà d’un boulot, c’est une tranche de vie !

Vous avez fait une soirée de fête Maxximum pour votre mariage Joachim et vous ?

Le mariage avec Joachim a été un souvenir incroyable. On n’a pas cherché de DJ, dix personnes de la famille sont venues et au moins une trentaine de la radio. On était à Chantilly, avec tous les animateurs, sauf ceux qui bossaient. On a pas eu à chercher des animateurs et DJ pour animer la soirée. On se serait cru dans une rave ! Pour l’anniversaire de Joachim, nous avions à plusieurs composé un titre délirant, tourné un clip et lui avons fait la surprise de débarquer tous ensemble en Bretagne chez ses parents. Des souvenirs de fêtes, de soirées chez les uns et les autres, j’en ai des dizaines.

Allez cette fois une dernière anecdote, votre préférée ?

Il fut un temps où Radio Montmartre avait une antenne ouverte pour des gens qui vendaient des trucs, passaient des petites annonces. L’animateur était tout seul, il n’avait pas de standardiste pour filtrer les appels. Joachim, Cocto, Fabrice, Pat, Fred et moi, on lui phagocytait l’antenne avec des pseudos, des accents bidons. On avait des personnages comme celui de Georges Cohen du métro La Fourche. A l’antenne, le gars était dépassé… On était tous à l’antenne chacun notre tour, à raconter n’importe quoi. Un jour Cocto a dérapé et ça a sonné la fin de la récré. L’animateur n’a plus jamais pris d’appels en direct. Joachim enregistrait tout sur Revox. Pour finir ce sketch qui a duré plusieurs mois, Joachim et Fabrice je crois en ont fait un titre techno bien sûr avec des extraits de nos interventions, « Jonathan que toi ». L’animateur a réagi avec humour.

Par David Glaser

suississimo

Merci à Carole pour la mise en relation, n’hésitez pas à témoigner si vous êtes un ancien de Maxximum ou un auditeur ou une auditrice fanatique de la radio. +41 79 265 33 95

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