L’AVENTURE MAXXIMUM (8E PARTIE): OLIVIER DEVRIESE

C’est la 8e partie de notre série sur les 30 ans de Maxximum. Il y a un homme qui a beaucoup compté pour les Deejays de la radio la plus innovante des débuts des années 90, c’est Olivier Devriese, un homme de la technique, « très bon » dans ce qu’il fait de l’avis de Mickaël Bourgeois, le directeur de l’antenne et de la musique. Ce Normand a d’abord commencé la radio à RVS et c’est tout naturellement qu’il s’est ensuite « réalisé » dans le projet Maxximum dès la fin des années 80. Après Maxximum, il continuera à RVS puis à Nova, occupant des postes de cadre dans l’opérationnel, en prêtant main forte à Eric Hauville en radio puis à d’autres occasions. Aucunement nostalgique, il garde une mémoire très précise de ces années pas comme les autres. Il a décroché son téléphone en plein déplacement professionnel mercredi dernier pour raconter avec plaisir quelques uns des faits marquants de la construction de cette comète radiophonique et de son identité sonore si distinctive.

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Fred Rister taquiné par Joachim Garraud devant la console Pacific installée par Olivier Devriese et son équipe.

Bonjour Olivier, je ne peux m’empêcher de vous demander une réaction après la mort de Fred Rister ?

Olivier Devrèse : Ce n’est malheureusement pas la première personne à nous quitter. J’ai travaillé longtemps en radio avec Eric Hauville à RVS, Maxximum et Nova. Il est mort jeune lui aussi. J’ai perdu un frère il y a deux semaines d’un cancer… Je vois autour de moi des gens qui cumulent les cancers les uns après les autres. Je crois que l’on paye les années 80, les conséquences de l’agriculture industrielle des années 60, 70 et 80, l’écologie était sympa mais c’était une idée intellectuelle… Les pesticides, le plastique… notre génération commence à payer tout ça. La mort de Fred, c’est un immense vide comme Eric Hauville, Vincent Neveu, Véronique Ménager, des anciens de RVS…

Comment vous êtes-vous retrouvé dans l’aventure Maxximum ?

Cela part des besoins de RTL d’investir la FM. RTL avait cette culture des grandes ondes à l’époque. Ils se sont réveillés avec une gueule de bois après que Europe 1 a pris le virage de la FM avec Europe 2. Ils ont donc raté les débuts de la FM. Alors, ils ont fait appel à des gens de la FM pour proposer un un projet ambitieux. RTL a d’abord racheté Aventure FM ; ancienne radio de l’armée. Avec ce « rachat », ou plutôt cette reprise car en fait c’est bien une reprise de la fréquence et de l’entreprise, RTL avait une base. On avait une autorisation d’émettre sur une radio de grande puissance, 10 KW à Paris. RTL a monté une équipe pour manager cette radio. J’ai été impliqué en tant que responsable technique, Eric Hauville comme responsable de toute l’entreprise et Michaël Bourgeois comme responsable des programmes. Michel Brillié s’est occupé de l’antenne, il venait d’Europe 2 et Jean-Noël Auxiette a été engagé pour développer le réseau. Ce dernier avait fait ce travail pour RMC et Nostalgie qui leur appartenait à l’époque. RTL avait besoin de gens de FM car ils n’avaient personne en interne. Avec RVS, on avait fait du consulting pour RTL et ce depuis pas mal d’années. C’est pour cela qu’ils ont naturellement fait appel à Eric.

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Olivier Devriese avec Erick Peleau (à droite) sous le soleil d’Avoriaz.

Qu’a apporté RVS dans la conception de Maxximum. Que diriez-vous à RVS ?

Je pense que RTL cherchait un trépied humain solide. Mais on n’avait pas encore l’idée de Maxximum dans les cartons à l’époque de la prise de contact. C’est en concevant la nouvelle radio que l’on a opté pour la house et la dance qui étaient naissantes à l’époque. On a créé le nom Maxximum basé sur cette idée. A RVS, je fus le responsable technique. Luc Dentin et moi-même avons un moment cogéré a radio et je fus même directeur commercial pendant un certain temps. Il y avait là presque tous les métiers de la radio dans mon parcours jusqu’à Maxximum. Pour Maxximum, on était conditionné par l’autorisation d’émettre d’Aventure FM, un cahier des charges qui nous obligeait à diffuser à 10’000 watts depuis un émetteur situé sur la Tour Eiffel. On a créé des nouveaux studios équipés de consoles américaine BMX de Pacific Recorder, des consoles pour équiper des studios de manière pragmatique. Au niveau du son, nous avions pris le contre-pied de NRJ, FUN ou SKYROCK qui proposaient tous un son rond, très compressé et « rentre-dedans ». On a opté pour un son plus pur, avec un niveau de volume élevé… ça a pas mal énervé les concurrents. La fréquence était modulé dans la limite des 75 khz et on a respecté ça. En revanche, on a joué avec des traitements de son atypiques, des traitements déjà testés à RVS, avec une clarté sonore, une stéréo et un punch que peu de radios FM avaient. Ils cherchaient des sons américains, avec des voix d’animateurs gonflées à la testostérone, ça marche si vous faites de la country, mais pour la house et la dance, on a fait un choix différent qui semblait approprié, un son particulier… On a opté pour une démarcation. On avait un punch supérieur à FUN, on les énervait vraiment. On avait pensé à tester les choses, à être un peu plus pertinent et beau plutôt que de mener la guerre frontal avec les confrères.

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A l’intérieur du Nodal (le centre de modulation) de Maxximum.

Maxximum avait fait une blague un 1er avril 1991, vous vous souvenez? Il s’agissait de proposer un traitement de son sur l’antenne qui allait soit-disant rendre les gens euphoriques, vous y étiez pour quelque chose ?

Ah? Non. Je pense que cela devait être une blague de deejay à l’antenne. Il faut savoir que les deejays de Maxximum étaient tous fous du son de Maxximum. On avait une grosse identité sonore, une marque forte, et des jingles décoiffants ! On avait combiné l’identité sonore de la marque avec le son de l’antenne. Et ça ne m’étonnerait pas que des gens comme Fred Rister ou Joachim Garraud aient eu cette idée de blaguer sur le son de Maxximum.

Comment répartissiez-vous votre emploi du temps entre RVS et Maxximum ?

RVS et Maxximum, c’était sept jours dans une semaine. Quatre jours à Maxximum, lundi et mardi, jeudi et vendredi. A mercredi, j’étais à RVS et le weekend. Bref, une vie de célibataire passionné.

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La célèbre Pacific facilitait la vie des animateurs-producteurs Dominique « dom-dom » Perrin et Joachim Garraud.

Techniquement, vous proposiez quelque chose de neuf pour les animateurs ?

On innovait avec la console Pacific, plus simples pour les deejays, pas une console comme celles que l’on fait en Europe, conçue par et pour des ingénieurs du son. Une console avec un gros bouton rouge pour lancer les pick up, les bandes et les cartouches. Chaque animateur avait son réglage de voix, protégé par un code. Je verrouillais les traitements de voix, toujours le même pour chacun. Il y avait un parti pris dans le mixage de Maxximum, la musique ne baissait pas. C’était une boîte de nuit sur les ondes et il fallait un ton haut pour se faire entendre. Ca faisait partie de la signature sonore de Maxximum.. On utilisait certains traitements identiques à ceux de la concurrence mais associés à quelques autres moins classiques. Chaque traitement apportait quelque chose. On utilisait des outils de marques comme Orban, BBS, AudioPrism, Aphex, etc, ainsi que des systèmes développés par nous mêmes, et ce pour paramétrer certains traitements au mieux.

Souvenir de soirée au Boy, en dessous de l’Olympia, retransmise à l’antenne de Maxx.

Vous avez aussi effectué des retransmissions dans des boîtes de nuit, comment ça se passait techniquement ?

On faisait des retransmissions des soirées Maxximum dans des clubs comme le Boy à Paris. On faisait installer des lignes spécialisées par France Télécom, des lignes stéréo, des lignes de cuivre dédiées, de bonne qualité pour la FM. On les faisait construire spécifiquement une semaine avant ou quelques jours et ils les démontaient quelques jours plus tard.

Dans certains cas, France Télécom n’avait pas les câbles partout, alors ils nous ont proposé des liaisons par satellite. Alors, ils faisaient la transmission avec un camion et une grosse parabole –  comme on en voit aujourd’hui sur les camions émetteurs comme ceux de BFMTV. La liaison allait sur le sat’ via le camion et elle redescendait dans un endroit situé dans l’est de la France. Ensuite, ça arrivait au studio de Maxximum via faisceaux hertzien et lignes spécialisées. On déplaçait peu de matos, une petite console de mixage, un micro pour l’animateur, une structure légère.

On a réussi grâce au poids de RTL à avoir des liaisons au dernier moment. RVS a profité de l’expérience technique de Maxximum. Mais ça a surtout marché dans l’autre sens. Même si Maxximum a été une expérience spécifique, on n’a eu quelques retransmissions un peu plus « dance », c’est sans doute parce que les animateurs de RVS étaient des fans d’émissions dance et de Maxximum, c’était le début d’une culture. Mais on n’a pas modifié RVS pour autant.

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L’équipe de Maxximum, Olivier Devriese, Xavier Bise et Eric Hauville (l’homme au casque) au club Kalimba pour une soirée que la radio diffusait par satellite.

Avez-vous travaillé avec Eric Hauville ensuite dans ses autres projets ? 

Oui, j’ai câblé son studio Pschent! Mais avec Éric, le travail a toujours été collectif. Les traitements de son RVS ou Maxximum ont été construits collégialement. Quand on ajustait le son, tous les avis des personnes de la radio comptaient, Eric avait un oreille, Mickaël aussi. Je tenais les boutons. Après Maxximum et RVS, j’ai travaillé pour Nova pendant quelques années. Ensuite, j’ai changé d’univers pour l’informatique.

Comprenez-vous la nostalgie autour de Maxximum ?

Non car je ne suis pas du tout nostalgique. Ça me parait curieux d’être nostalgique. Je ne me rends plus aux réunions des anciens car ça me met mal à l’aise. Trente ans après, on n’est plus les mêmes. Dans ma carrière, je ne peux pas dire que l’experience Maxximum est plus forte qu’une autre expérience. En termes de management, j’ai aussi aimé côtoyer Jean-François Bizot – un charisme très fort – quand j’ai travaillé à Radio Nova. Donc, cette passion pour l’aventure de Maxximum, ça me paraît bizarre… On a tous vécu des moments forts à Maxximum. C’était les start-up de l’époque, une expérience forte, poignante parfois. Mais c’était il y a 30 ans, voire 40 ans pour RVS, c’est le passé. Je ne suis plus qu’avec des jeunes gens plus jeunes que moi. Donc je préfère ne garder que le bons souvenirs sans les ressasser.

Une rave retransmise en direct, la dernière.

Que pensez-vous de la radio aujourd’hui, des moyens de transmettre de l’information ?

Pour moi, tous les services de diffusion sont conceptuellement morts. Du moins tels qu’ils existaient à un époque précédant l’arrivée du smartphone. Un flux de diffusion radiophonique ou télévisuel a-t-il du sens aujourd’hui ? Non, on ne consomme que ce qu’on a envie de consommer et quand on en a envie. J’aime bien écouter la radio dans la voiture mais la nouvelle génération n’utilisent déjà plus les e-mails… alors les fax, les CDs, tout ça est bien loin. Mon fils n’a jamais regardé la télé et n’écoute pas la radio. Il est sur YouTube. Le principe de la radiodiffusion ou télédiffusion est terminé. En revanche, il faut encore des producteurs de contenus.

On a aussi besoin de sources de contenus fiables, des journalistes, on a besoin d’animateurs… par exemple dans le cas d’un live, il faut des pros. Mais des flux d’infos, de musique, de séries B sur une chaîne radio ou télé qui émet toute la journée… je crois que ça n’est plus nécessaire. Le truc fondamental, c’est qu’avant le digital et l’internet, on reliait un émetteur à des récepteurs, tels que l’autoradio, le poste de télévision… Mais aujourd’hui, tout le monde a un émetteur et un récepteur dans sa poche et il a accès a tout « worldwide ». Je peux accéder à tout avec mon smartphone. Par exemple, quand je travaille, j’écoute Soma FM en streaming. Ils ont un flux de musique new age et trance. Ça vient de Californie mais je me moque d’où cela vient.

Que pensez-vous du DAB+ ?

Le DAB est une technologie que j’avais testé à l’époque de Maxximum. Je faisais partie d’un groupe composé de professionnels de TDF et France Telecom, dans le cadre d’un projet Eureka. J’ai assisté avec les directeurs techniques d’Europe 1 et RTL à l’avènement de la technologie DAB. Mais c’est trop tard. On a déjà la radio en 3G, 4G et bientôt 5G et le DAB c’est aussi de la radiodiffusion, donc c’est mort. Je ne vois vraiment pas l’intérêt d’investir dans un nouveau réseau de diffusion alors qu’on a la 5G qui arrive avec des débit incomparablement plus élevés.

Quel est votre métier aujourd’hui?

Je suis dans l’informatique, je suis gérant d’une entreprise qui fait des logiciels sur mesure. On fabrique des softwares pour les entreprises. On serait par exemple capable de faire le Selector pour programmer une radio.

suisse

Par David Glaser

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