L’AVENTURE MAXXIMUM – ÉPILOGUE: MICKAËL BOURGEOIS (3E & DERNIÈRE PARTIE)

Mickaël Bourgeois dans les locaux de Maxximum.

Dernière partie de notre épilogue. Dernière partie de la saga Maxximum en ce 8 novembre, à exactement deux semaines de la grande fête « Back in the Nineties » que Joachim Garraud, Cocto, Pat Angeli et les autres membres de Maxximum vont organiser avec le Rex Club pour l’association de lutte contre le cancer ARTUR. Une publication exactement deux semaines après la date anniversaire officielle de la naissance de Maxximum le 23 octobre.

Plusieurs événements ont eu lieu pour célébrer ces 30 ans de la radio nationale la plus innovante d’Europe dans les années 90. Après les créations d’Europe n°1 dans les années 50, d’Inter dans les années 60, de FIP dans les années 70, de France Info dans les années 80 et bien sûr de Nova avec l’avènement de la FM (c’est sans doute une des radios qui se rapprochent le plus de Maxximum dans l’esprit), malheureusement Maxximum a été le dernier du club des créateurs. Dans les années 2000 et 2010, la musique sur les ondes est une histoire de gros sous, donc d’audience, peu de prise de risques.

C’est ce qu’on appelle savoir où se placer dans un panorama médiatique très monolithique en 1989.

Malheureusement la France a toujours été très frileuse pour lancer des produits innovants sur les ondes et on ne comprend pas toujours pas pourquoi quand on habite au pays de Couleur3, Grrif et Maxxima. On ne peut pas dire que NRJ voire Skyrock soient au firmament en ce moment. Certes la première a su garder une hégémonie en jouant la tranquillité avec une sélection de hits hyper efficaces et des personnalités d’antenne populaires tout en développant admirablement son réseau, mais elle invente peu.

Certes la seconde a frappé un très grand coup en misant sur la rap et le R&B au milieu des années 1990 et on mesure l’impact sur la culture rap de la France et de sa toute puissante dans l’hexagone et à l’étranger (le rap français est très populaire en Suisse). Aujourd’hui Maxximum, malgré sa descendante directe FG DJ Radio, malgré son ancienne « sœur » au sein du groupe RTL l’inoxydable FUN radio et son format dance, n’a jamais été égalée.

Et cela tient à plusieurs facteurs, la programmation très ambitieuse, cohérente, up-tempo et européenne jouant la carte de la nouveautés et des golds/re-currents parfaitement calés dans le format. Merci Mickaël Bourgeois. Cela tient à une vision marketing aussi, une conjugaison de valeurs pour entraîner toute une nation dans une culture de la fête, du clubbing positif pour la musique et pas la défonce.

Cela tient aussi à un travail très précis sur la transmission d’informations et de messages agréables, constructifs, modernes à l’époque où la France sortait petit à petit des trente glorieuses. Pas étonnant qu’aujourd’hui les robinets à musique que sont les radios musicales ne proposent plus autant de nouveautés venues de nulle part car la période est à la recherche du filet de sécurité qui ne fait pas perdre d’argent.

Heureusement qu’il reste Inter, FIP et Nova et leurs propositions musicales qui n’ont cure des intérêts commerciaux et d’audience, le public se sent respecté à l’écoute de ces stations mais la fidélité des auditeurs est engagée, quand Nova mise sur les programmes parlés, les auditeurs ne suivent pas autanr car ils viennent surtout pour une musique bien particulière.

Maxximum respectait l’auditeur. On savait ce qu’on allait trouver sur cette radio, il n’y avait pas de mauvaise surprise, il n’y avait que des surprises. Reprenons pour cette dernière partie le cours de notre conversation avec les chapitre 4 de l’interview de Mickaël Bourgeois sur l’empreinte « francophone » et française de la station. le chapitre final sera consacré à la mort de Maxximum qui a laissé des auditeurs orphelins et un très grand trou dans le paysage médiatique français jamais compensé par (Le)Mouv’ ou des radios de format dance electro comme FG ou Fun.

Les acteurs de la station ont continué à faire le bien sur les ondes avec cette rigueur, cette créativité, cette folie et cette audace, je les remercie personnellement d’être resté fidèles à un certain esprit de Maxximum. C’est cet esprit que l’on souhaite voir revivre dans le « DJ booth » du Rex Club le 21 novembre et en DAB+ plus tard avec qui sait une renaissance qui aura du chien. Maxximum a 30 ans ! Vive les Maxximaniaques ! Vive Maxximum ! Pensées aux héros de ce son, Fred Rister, Philippe David et Eric Hauville.

Quelques membres de l’équipe de Maxximum in the nineties. Où sont les femmes?

CHAPITRE 4 – MAXXIMUM, une radio bien française avec des remixes et des golds

SUISSISSIMO : Mickaël, qu’avez-vous fait pour respecter les quotas de titres en français sur Maxximum ?

MICKAEL BOURGEOIS : On avait des artistes naissants mais aussi Gainsbourg. Mais le compte n’y était pas. Notre format n’était pas très compatible. Alors le CSA nous a envoyé plusieurs courriers de mise en garde pour respecter le quota d’expression française. Eric me prévenait régulièrement « trouve moi une solution, anticipe et programme des titres français. Cela m’a amené à être inventif. Par exemple en remixant le « Requiem pour un con » de Gainsbourg. Je regardais le film « Le Pacha ». On avait un gimmick de Trouble MC, il a suffi de le ralentir et de placer la chanson dessus. J’ai demandé à Joachim de remixer tout ça. Le remix était bon et dans le ton général de l’antenne alors je l’ai programmé ! Mercury/Phonogram (groupe Universal music aujourd’hui) m’appellent pour me dire que nous n’avons pas les droits, etc., bref pression du label et de l’éditeur, du manager, j’ai eu tout le monde au téléphone. Evidemment, je continue à la programmer. J’ai eu le droit à tous les discours mais le plus marquant était la production française n’est pas en adéquation avec ce genre de musique. Pour eux, ce n’était pas de la musique. Conséquence, la maison de disque va changer de stratégie et va dire que notre remix est en réalité sympa. Ils nous demandent les bandes pour le publier. On connait la suite Ils ont fait leur remix qui n’a pas fonctionné !

Il y avait Gainsbourg, Benny B et les autres sinon ?

Oui, en musique française, Benny B était disque d’or. On avait des remixes effectués à partir des voix de personnalités de la télévision. « Il suffit d’un ou deux excités » des Footbrothers avec la voix de Thierry Roland et « On se calme » avec le générique de l’émission de Dechavanne et des extraits de son émission « Ciel Mon Mardi ! », à l’époque Christophe Dechavanne était animateur sur RTL, ça posait un problème pour nos actionnaires, mais pas pour moi. Le contexte d’il y a trente ans était très différent, il n’y avait pas les réseaux sociaux. On avait des titres comme Boule Noire « Aimer d’amour », une chanson funk R&B diffusée entre 7 et 16 heures car plutôt radio friendly, plus lente. On avait remixé une chanson de Mylène Farmer mais l’artiste et son équipe n’en voulaient pas. Pow Wow qui avait sorti « Le Chat » un peu plus tard avait eu la même attitude. J’avais dit à leur manager, regarde ce qu’on a remixé. RVS le passe à fond. J’en fais une copie et je le rentre direct pendant sept jours. J’ai fait écouter ce morceau remixé de Pow Wow et je l’avais programmé sur Maxximum. Il y avait un groove proche de ce qu’avait fait DNA avec « Tom’s Diner » de Suzanne Vega. On m’a répondu « t’es fou, ce morceau est dénaturé… » Remarque si Pow Wow veut relancer leur carrière le remix est tout suite fait et je suis persuadé que les network le diffuseraient 

J’ai l’impression que cette histoire de quotas aurait été réglé dès l’arrivée des artistes de la French Touch, Daft Punk, Air, Cassius…

Oui et non car à l’époque c’était beaucoup des magnifiques instrumentaux. Je rappelle que le CSA voulait des titres d’expression française donc chanter en français.

La French touch a débuté après la disparition de Maxximum… Mais à l’époque, sur les antennes françaises, personne ne savait programmer de la dance music. La French touch a existé en parallèle des radios. Ensuite la French Touch avait une autre direction musicale et artistique 

Maxximum, ce sont des artistes maison comme Lisa Stansfield, parlez-moi de l’union qui vous caractérisait avec cette artiste britannique, une tactique pour mettre en avant des artistes en qui vous croyiez a consisté à les faire exister à l’antenne avec plusieurs morceaux d’un même album, c’est bien ça ?

Oui avec Lisa Stansfield, j’en ai fait une artiste phare, un must de l’antenne de Maxximum. « All round the world » a été matraqué. D’ailleurs un Remix Made in Maxx a été effectué sur ce titre. Son album était en adéquation avec ce que je voulais faire de l’antenne et la prog de Maxx… J’avais différentes catégories à travailler en fonction de la journée et de la nuit… Je précise que ces artistes mis en avant sur l’antenne était non pas en fonction de mes goûts personnels mais bel et bien stratégique et volontaire pour le produit Maxximum. Je marque notre antenne et par la suite le marché de notre empreinte sur cette artiste et d’autres. C’est d’ailleurs de cette façon que je savais que nous faisions vendre beaucoup de disques. Même chose pour Deee Lite…

Vous passiez beaucoup de golds ?

Maxximum, dans la journée était une radio « généraliste » hot tempo, donc avec des golds remontant parfois jusqu’à la fin des années 70. On y jouait de la dance-music avant tout mais c’était important de mettre ce qui était connu de tous à des endroits stratégiques de la journée et de l’heure. Les gens qui avaient un certain âge écoutaient ces titres là avant, alors il fallait leur proposer ces chansons reconnues. Il y avait une évolution de la cible dans la journée, avec une meilleure segmentation. Mais attention, tous les titres devaient sonner cohérent. Les titres étaient tous passés à la moulinette d’un traitement de son, d’un mastering grâce au responsable de la technique Olivier Devriese. On avait un banc de montage et on ré-augmentait le gain de ces sons. Le son avait le même niveau sur chaque titre et ces « vieux golds » rajeunissaient. On avait une musique homogène… Notre produit était très travaillé, réfléchit, rien au hasard 🙂 

CHAPITRE 5 – L’héritage Maxximum

SUISSISSIMO : FG DJ Radio, Airplay Records et bien sûr MAXXIMA, des maxximaniaques avec beaucoup de détermination ont beaucoup fait pour relancer votre radio sous différentes formes, Maxximum est un concept qui ne meurt jamais…

MICKAEL BOURGEOIS : Stan Roehrich qui est en Suisse et Philippe Esquirol en France étaient venus me voir et m’avaient proposé de m’occuper de Maxxima et d’en faire un programme un petit peu différent de Maxximum. Je leur avais répondu que si on faisait quelque chose, c’était un nouveau concept et carte blanche. Sur les horloges et quotas par exemple, on a changé. Et ils ont continué leur route comme ça.  Stan s’est rendu extrêmement disponible humainement, techniquement et financièrement. On peut dire que le plus amoureux de Maxximum est assurément lui, un vrai passionné comme je l’ai apprécié, discret, humble, Suisse quoi 🙂 En parallèle à cette époque je dirigeais 2 radios et j’avais trop de boulot pour continuer à m’investir dans Maxxima. Cette Webadio existe bien sur toujours et Stan toujours une nouvelle fois au RDV

Mickaël Bourgeois est aujourd’hui consultant radio et coach en entreprise.

Comment avez-vous compris que Maxximum était condamné ?

J’étais évidemment informé en amont ! J’avais été convoqué par Philippe Labro à RTL pour que l’on échange sur Maxximum, sa vie et la nomination d’un nouveau directeur Général puisque Eric Hauville était Partie. Mr Labro m’annonce que le réseau va être vendu, Maxximum restera uniquement à Paris et on va se séparer de certaines personnes pour des raisons budgétaires ». Je mets alors en place une équipe cohérente possible. Trois mois après, on m’apprend que l’on va vendre aussi la fréquence parisienne dans le package à un groupe espagnol. Maxximum allait s’arrêter. Eric m’avait donné certaines clés. Ils ont fait ça pour que ça se passe dans le calme… C’était politique, stratégique… Alors on fait ce qu’il faut pour que ça se passe dans le calme, dans la dignité… J’ai donné ordre aux équipes d’antenne de finir comme des pros, sans dire que les gens étaient des … Alain Weill, le dernier PDG de Maxximum qui allait s’occuper de la suite avec M40 a exigé que les flashs info par exemple soient relus afin de maîtriser cette partie éditoriale. Jocelyne Buisson, la rédactrice en chef s’est défendu, a refusé. Je l’ai soutenue à fond. Le dernier flash, il était hors de question de ne rien dire. On a fait ce qu’on a voulu jusqu’à minuit. J’ai dit à Weill « vous êtes le repreneur à minuit une, pas maintenant ! » Jusqu’à minuit, je suis responsable de toute l’équipe de Maxximum. Mais Weill n’a pas voulu jouer le jeu. Il a tout fait pour couper l’antenne brutalement dès minuit voir avant. L’esprit était mauvais. Il a joué un jeu inutile pour le personnel ! Tout le monde était en colère et en furie. Alain Weill a foutu tout le monde dehors… en nous menaçant d’appeler la police, « je suis chez moi » a-t-il balancé. J’ai refusé de rester à M40 et on comprend pourquoi. Certains sont restés mais personne n’a été obligé.

Comment s’est passé le reste de la nuit ?

C’était très tendu. On est tous allé au BOY. La première heure, on était abasourdi. On se parlait à peine. On avait la tête ailleurs… Il y avait pourtant la musique qu’on aimait. Plein de bouteilles disposées sur les tables mais personne ne buvait. Et puis on s’est dit qu’il fallait boire un verre… Eric Hauville était malade, Cocto en pleine crise.

Et Fred Rister qui a dû fermer l’antenne en larmes… Je suppose que vous repensez à lui.

Fred, je l’appelais Bernard et il m’appelait Bernard aussi avec son accent du nord. Je rigolais…

Cocto, Joachim Garraud, Eric Madelon et Fred Rister.

Il était très attachant. Il avait beaucoup de talent. Avec sept cancers, c’est une personne courageuse qui s’en est allée… Il était plein d’humilité. C’était devenu une icône malgré lui de Maxximum pour avoir entre autres ouvert et fermé l’antenne. Il a eu une très belle carrière. Mais il a aussi mangé son pain noir. Il y a eu des moments où il n’y avait plus grand monde autour de lui. C’en était gênant vu le talent. Je comprends qu’il n’ait pas eu envie de repartir dans de la chimiothérapie. On ne peut que respecter son choix. C’est plus dur pour ceux qui restent mais je le respecte. Je ne suis pas surpris de la façon dont il a fait les choses. Paix à son âme.

La mort de Fred a dû faire resurgir les émotions vécues lors de la disparition d’Eric Hauville ?

Quand Eric est décédé, ce fut différent car on a grandi ensemble. Il y a eu beaucoup de choses entre nous. Professionnellement c’était extra de travailler avec lui. La confiance était omniprésente entre nous et nous étions très complémentaires. Plein d’événements que j’aimais vivre à ses côtés. Et ça a eu beaucoup de poids. J’ai eu énormément de peine et de tristesse. Sur certains points, on se ressemblait. Je pense que nous avions une certaine pudeur identique et Il ne montrait pas beaucoup ses sentiments non plus. Il fallait décoder et j’adorais ça. Il savait que je savais mais sans jamais le souligner, en profiter. C’était passionnant. Il y avait beaucoup de respect l’un envers l’autre. Sa disparition a été une perte pour la radio en général. Il a réussi de belles choses avec RVS, Maxximum ainsi qu’avec son équipe de Pschent.

Eric Hauville, l’homme grâce à qui la radio Maxximum est née.

Que faites-vous maintenant ?

Je suis en Normandie, à Caen. Je suis consultant pour les radios indépendantes, réseaux en France et à l’étranger. Je travaille pour des entreprises sur des audits, des évaluations de personnes, des organigrammes, des remises en route d’entreprises. Je vais lancer parallèlement un cabinet de Coaching (Architecte de vie)

J’aimerais terminer avec le TOP 5 DE MICKAEL BOURGEOIS sur quels sont donc les cinq autres titres que vous aimez de cette période de votre vie ?

  • Precious – Definition of the track
  • The Break Boys – My House is Your House
  • Pet shop boys: “My october symphony”
  • Kamera “Back in the time”

      et last but not least KLF – What Time Is Love

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