L’AVENTURE MAXXIMUM – EPILOGUE: MICKAËL BOURGEOIS (2E PARTIE)

Il a été l’artisan du son Maxximum. Dans le sillage de Eric Hauville, cet homme de radio a amené un savoir-faire, une façon de programmer la musique sur un réseau FM naissant qui rompait avec les pratiques de l’époque. Un travail d’arrache-pied pour proposer une alternative nouvelle à grande échelle dans toutes les campagnes de France et de Navarre, là où les médias musicaux de niche ne couvraient que les très grandes villes quand ce n’était pas seulement Paris (à l’image de Nova). Deuxième partie et avant-dernière partie de notre entretien avec Mickaël Bourgeois, un Normand né à la radio au début des années 80. On reprend l’entretien à la fin du CHAPITRE 2. Pour relire la première partie de cet épilogue de l’Aventure Maxximum, cliquez sur ce lien

Le palais des possibles. Maxximum au nouveau Forum des Halles en 1990.

SUISSISSIMO: Comment travaillez-vous avec votre propre direction, en rendant des comptes sur vos choix de programmation ?

MICKAËL BOURGEOIS: En toute transparence comme à mon habitude. Pour la partie programmation musicale je ne rendais aucun compte à Éric Hauville ou autre. Eric connaissait très bien mes méthodes. Mes choix étaient purement et uniquement dans le sens du format et de la continuité du programme en général !

CHAPITRE 3 Quelques recettes américaines, une programmation européenne et beaucoup de rigueur

Quelle a été l’influence de la radio américaine dans la création du format de Maxximum ?

Lorsque je suis allé aux USA, à New York, il y avait Hot 97 et à Los Angeles Power 106. Des radios « hot tempo », des radios rythmées avec du hip-hop ou de la pop US comme Paula Abdul. Il n’y avait pas de garage, pas de techno et House sur ces radios. Effectivement, nous collaborions avec un groupe Américain qui nous avait donné un jeu d’horloges que nous devions mettre à l’antenne 24 heures sur 24.

Ces horloges ont été modifiées très rapidement car elles n’étaient pas assez adaptées pour la programmation que nous souhaitions mettre en place et surtout l’anticipation de l’antenne. J’ai donc inséré des catégories supplémentaires et puis j’ai modifié les priorités et la police du Sélector, le logiciel de programmation. Bref, rendre le programme nettement plus européen. Ensuite l’alchimie était de mettre les bons titres dans les bonnes cases ! J’ai cherché et j’ai pioché dans tous les disques que j’achetais chez des disquaires d’importation, chez les fournisseurs étrangers. J’écoutais tout, les face A et les face B, les albums en entier.

Une anecdote, un animateur qui était resté un ou deux mois à l’époque Trocadero m’avait fait cette remarque « tu n’as pas de télévision dans ton bureau, tu ne regardes pas MTV et ce qu’elle diffuse? » Je lui ai alors répondu que je ne faisais pas de télévision mais de la radio et que j’avais 200 disques à écouter en trois jours. Le produit, c’est nous qui le faisions et c’est sans doute pour cela que les Maxximaniaques nous ont suivis des le début ! On était en France, pas aux Etats-Unis ou en Angleterre, nous étions en train de créer un média original.

Votre force, c’était d’être en avance sur la concurrence ?

Oui et ça énervait pas mal ! La comparaison avec les autres radios musicales nationales, Notre playlist comportait 70% de musique européenne. Avec la recherche musicale qui existe aujourd’hui, le web, les plateformes musicales il y a vraiment de quoi se différencier des autres, de produire un format audacieux, intéressant ! Ce que font les réseaux nationaux et radios thématiques est inadmissible. Je ne parle pas des radios uniquement sur le web, aucune recherche dans les quotas, les stratégies, bref retour à la case départ… L’audience n’est pas forcément en corrélation avec le chiffre d’affaire. Si on prend l’exemple de Nostalgie il y a quelques années, une audience de 4 points niveau national équivalait pourtant à la meilleure rentabilité et le meilleur CA des radios…
Avec Maxximum, nous étions en avance sur le marché et nous avions les moyens humains pour revendiquer et argumenter cette stratégie.

Fabrice Revault au micro.

Soit disant avoir raison trop tôt n’est pas toujours bon. C’était une réponse toute faite de la part d’Eric Hauville pour avoir la paix dans ce genre de conversation. A chaque fois je lui répondais « Eric tu devrais changer de disque car celle-là je la connais depuis pas mal de temps. » C’était sa manière de couper court dans ce genre de conversation.

En réalité nous étions bien conscients que le travail n’était pas fait de la part de nos actionnaires, la régie IPFM. La politique avait déjà pris les devants… Cela dit la CLT s’en est très bien sortie (RTL 2 et FUN). Pour terminer sur ce chapitre programmation, lorsque je programmais un titre je savais ce que j’en faisais et sa durée de vie à l’antenne ! Ma programmation, je la connaissais par cœur, demandez aux animateurs… Des appels à 23 heures ou 4 heures du mat’ pour annoncer à l’intéressé qu’il s’était planté dans l’ordre de prog’, ça n’arrivait qu’une fois par animateur croyez-moi… On ne touche pas au produit.

Les animateurs avaient peu le droit au chapitre sur l’antenne ?

Ils devaient être là quatre fois par heure, 20 secondes par intervention, une minute trente par heure. Il fallait envoyer du lourd. Les titres pour certains avaient plusieurs introductions soit pour la partie réalisation avec un liner ou pour du speak afin que les intros soient variées. Je leur proposais d’aller puiser des mots au hasard dans le dictionnaire pour les contraindre à écrire autour de ce mot. Je ne voulais pas d’une antenne avec douze mots de vocabulaire. Je souhaitais entendre des interventions bien construites, c’était leur rôle. Les books d’antenne et conducteurs donnaient la marche à suivre pour l’animateur.

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Joachim Garraud en patron dans le studio de production de RTL en 1990 (dans les locaux historiques du 22 rue Bayard à Paris).

Un animateur m’a simplement dit que la difficulté qu’il avait résidait dans le calage et rembobinage des bandes Revox quand deux golds s’enchaînaient, c’est vrai ?

Non, c’est impossible car les golds étaient sur bandes mais il n’y avait jamais deux golds à la suite sur Maxximum. En revanche, certains titres enchaînés que je faisais monter par la production, des maxis que je voulais éditer par Joachim Garraud ou Fabrice Revault étaient sur bandes (je leur disais « tu me cales le début à 50 secondes, tu me coupes le pont… » bref tout était monté sur bandes). Alors dans ces conditions parfois le jonglage était de rigueur, mais très sincèrement les animateurs étaient dans d’excellentes conditions pour travailler. Madonna, Peter Gabriel et d’autres très grands nous téléphonaient pour nous annoncer que la radio était super bien produite. On leur répondait que c’était du direct. Ils n’en revenaient pas…

Suississimo: On voulait mettre en place « Rêve Maxx », une émission sur la « culture rave ».

On s’est dit avec Michel Brillié qu’on allait pas laisser Laurent Garnier seul dans la nature. Il nous fallait mettre des titres repères de notre programmation tous les quarts d’heure. Pour le reste, on le laissait faire. On lui a prêté un Revox ou il enregistrait ces émissions et parfois il venait en direct avec la même stratégie. Même chose pour les soirées au BOY. Je donnais un thème par heure pour Joachim. Il préparait le public en jetant dans le mix des extraits de certains titres tous les quarts d’heure, et à la fin il passait le morceau dans son intégralité. Pour les soirées au BOY, on ne laissait rien au hasard.

Je dois préciser que Joachim Garraud des le départ a été un producteur très impliqué et au fur et à mesure un DJ hors pair avec le sens de l’écoute. Il comprenait très bien les stratégies que je lui donnais et il le faisait remarquablement bien.

Une station de radio qui a annonce la couleur dès qu’on pénétrait dans ses locaux (source http://miamnutella.free.fr)

François Delage vous a aidé dans la partie technique de la programmation et pas qu’à Maxximum?

J’avais un assistant en charge de la partie informatique. Comme j’étais assez occupé, ils rentraient parfois les titres à programmer dans le Selector. Quand Maxximum s’est arrêté, nous nous sommes retrouvés sur RVS car Eric Hauville l’avait embauché idem pour le développement informatique. J’avais quitté RVS à 23.4 points le plus gros taux de pénétration des radios généralistes régionales, RTL était à 17 points, quand je l’ai reprise il y avait 11,4 points ! Il fallait retravailler tout le format et la conduite d’antenne en générale.

Je suppose que c’était la crise à RVS ?

C’était tendu dirions-nous… Eric était seul responsable de cette situation car il avait changé pas mal de chose sur le produit. Certes j’avais carte blanche mais pas de budget et il fallait diviser les dépenses par 2 avec un objectif de 15 points en 1 ans et demi ! On y est parvenu avec un résultat de 15,7 points. Nouvelle stratégie de programmation avec des directives d’antenne modifiées et une nouvelle grille d’animateurs. Il y a eu un très gros travail de partenariat et de commercialisation du produit en sus de l’antenne et des programmes. C’était aussi une période très passionnante avec beaucoup beaucoup de travail.

Revenons à Maxximum et à l’influence de l’ « intelligence » extérieure. Vous parliez un peu plus tôt d’un jeu d’horloges sensé vous faire faire des bons résultats, c’était quoi ?

Le groupe américain Emmis nous avait remis des jeux d’horloges et des quotas comme je l’annonçais précédemment. Celles-ci ont été très vite modifiées car pas adaptées à ce que je voulais mettre en place et au son général du programme ! Michel Brillié avait mis en place des « Call Out », des enquêtes musicales. Maxximum était la première radio en France à utiliser ce procédé. Si nous avions dû les suivre à la lettre, je dirais à la vue des chiffres, des résultats nous n’aurions jamais programmé Technotronic, Black Box et tout le reste. Je prenais ces résultats comme un baromètre, rien de plus. Cependant ces résultats m’ont amené à d’autres techniques de programmation fort intéressantes que je tairais ici et partout… Bref c’est un métier au cas où certains s’essayeraient à cette profession.

Le concert des New Kids On The Block vous a-t-il ouvert les yeux sur la passion des Américains pour une musique rythmée, très radio, utile à votre format ?

C’était un concert à la Nouvelle Orléans. Nous étions invités par CBS. Ils m’avaient contacté pour découvrir ce phénomène aux USA, un des premiers boys-bands de l’histoire. « The Right Stuff », était un titre pop US. Les gens étaient assis durant le concert car il y avait un interdiction d’être debout, de danser… Étant dans le rythme du concert, je me levais de temps en temps pour danser, bouger, être dans « le move » dirions-nous. Et là de gros flics m’ont dit de m’asseoir ou c’était la porte.

Je vous assure on ne plaisante pas avec les cops US. Dans ce genre musical Pop US il y avait Paula Abdul, Janet Jackson (Miss You Much) mais j’avoue avoir un faible pour la version remixée de Shep Pettibone pour « Escapade ».

J’aime aussi Kamera « Back In the Time », un autre must The Break Boys « My House is Your House » et Precious « Définition of the track ».

Propos recueillis par David Glaser.

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Pour relire les différents épisodes de l’Aventure Maxximum, cliquez sur ces liens:

PAT ANGELI, STEVE RITSCHARD, CAROLE BOTTOLLIER, ERICK PELEAU, MAHALIA ROUILLY, JOACHIM GARRAUD, HELENE ZELANY, OLIVIER DEVRIESE, ERIC MADELON et la première partie de l’entretien de MICKAËL BOURGEOIS. Ces contenus sont gratuits, n’hésitez surtout pas à les partager.

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