LE GRAND ORIENT DE KADEBOSTANY

La nouvelle ère de Kadebostany a commencé en plein confinement. Début avril sous la forme d’un EP de cinq titres. Une harmonieuse collection de perles pop spacieuses et portées par de nouvelles voix, Oleksandra Zaritska du groupe KAZKA, Irina Rimes, Fang The Great ou encore Célia. Une nouvelle époque, un nouveau design pour la couverture de l’EP qui prend des distances notables avec les trois précédentes ères. De la magie éthérée concoctée avec piano, machines et sonorités orientales, entre autres, rappelant la première vie de Kadebostany, quand les influences balkaniques s’exprimaient encore en fanfare, on n’est pas désorienté.

2020, Kadebostany a douze ans. Cette capacité pour la diversion que possède en lui le producteur et musicien Guillaume Bozonnet est encore bien vivace, une douzaine d’aller-retours calendaires après la création de son empire musico-artistique. Ce feu sacré, celui qui fait que l’on s’ouvre aux autres, cette touche qui consiste à chercher, toujours et encore chercher, de nouvelles idées; des nouvelles têtes; cette passion pour la musique, Guillaume l’a. Le célèbre président de cette principauté/royaume/fédération imaginaire(s) mais bien représenté par ses productions nationales continue à régner sur ses administrés avec bienveillance. Déjà quatre albums au Panthéon kadebostanien : The National Fanfare of Kadebostany, Pop Collection, MONUMENTAL et donc DRAMA – Act 1 (Act 1 car c’est un EP de cinq titres, il y aura une suite). Cette proximité indirecte avec Prince – circa 1987 – caractérise le style Kadebostany, un casting perpétuel pour faire incarner la face vocale de la planète discographique en orbite du groupe par des personnalités à part. Et cela revient toujours, selon moi, album après album, avec ces featurings inspirés, sans oublier ces idées nouvelles d’ « orchestration organique» même si les machines occupent encore une place centrale. Sans oublier non plus toutes ces astuces techniques en prise avec le moment et la dérive du monde, un son révolutionné, une palette de tricks de réalisateur de disques toujours plus aventureuse comme si Guillaume utilisait la molette du pitch control d’un banc de montage vidéo analogique sur des bouts de musique 100% digitale, comme s’il martyriserait un joystick d’une MegaDrive dans un jeu en masse diffusé par Twitch, comme s’il passait au filtre magnétique des sons wave malaxés au ProTools. Cassant le rythme, les voix et prenant le temps de penser un titre comme un petit film, l’auditeur que je suis a un premier choc en découvrant « I wasn’t made for love », un anthem en devenir doté d’une mélodie puissante. C’est une bal(l)ade onirique musclée sur les rebords du toit d’une des tours jumelles à Manhattan… Il y a de la hauteur, des effets sonores sur la voix – déjà intenses – de ce jeune Parisien de près de deux mètres sous la toise nommé Fang The Great. Et oh surprise ! En effet, il s’agit d’un homme, chose peu imaginable quand on regardait de près la discographie de Kadebostany depuis ses débuts, de ses tubes mondiaux comme la réinterprétation de « Crazy in Love » il y a une ère ou deux (oui rappelez-vous… un cover au tempo fatigué, une version qui a presque surpassé l’originale selon certains producteurs hollywoodiens de « drama grand public » pour plateformes de visionnage en stream) à la sensation mondiale que fut « Castle in the Snow ». Kadebostany s’ouvre aux hommes! On applaudit la tentative, elle est concluante. 

Kadebostany renoue aussi en 2020 avec une vieille tendance, celle du « cap à l’est ». L’intro de « Take It Away From Me » en compagnie de Célia – surprenante et charismatique nouvelle recrue de la formation Kadebostanienne – frappe le cerveau avec son approche qui ne dépareillerait pas avec un inédit de Tarkan dépouillé de ses effets pop brillants et joué à fond dans un rooftop d’un rade du Mont Galata. Puis on découvre Irina Rimes, star en Roumanie, révélée par les talent-shows, mais surtout révélée par elle-même. Voici une chanson nommée « Letters From Her » qui tire en plein cœur, déambulation équestre dans un décor naturel sombre et embrumé, c’est ce qui se dégage de l’hypnotique vidéo qui l’accompagne.

DRAMA a été pensé en quelques jours lors d’un voyage baléarique. Une fois le concept défini en trois jours dans la folie douce et ensoleillée d’Ibiza, trois mois ont été nécessaires à la réalisation de l’album. Quand on pense au résultat fini! Quel pied, on n’en croit pas ses orteilles. Le son – plus pur, moins compressé (ça c’est moi qui le dit, peut-être est-ce l’effet délicieux que font ces chansons sur des oreilles vierges de nouveaux sons depuis l’arrêt des sorties régulières post-covid). On se fait très vite à cette nouvelle ère, ces voix masculines concassées, écrasées ou gentiment déformées en background (« Baby I’m Ok » et « Letters from Her »). Cette façon de travailler la voix renforce la structure du morceau, le timbre grave du vocaliste contraste à merveille avec la sucrerie des cordes vocales en action de Irina Rimes aka Irra ou de la chanteuse de KAZKA.

Guillaume, invité de Philippe Morax sur LFM mercredi 8 juillet, racontait que l’appel à Irina avait été une sacrée aventure, « Irina est une méga-star dans son pays et mon contact avec elle s’est fait le plus simplement du monde ». La suite a été cocasse. Passé l’appel et l’invitation à collaborer avec Kadebostany, Irina a fait peur à ses voisins en hurlant sa joie quelques instants s’étendant, « la police a failli intervenir… ». Irina était fan de Kadebostany et n’imaginait sans doute pas que faire de la musique avec quelqu’un qu’on aime déjà beaucoup allait engendrer une telle manifestation de bonheur. Mention spéciale pour ce nouveau single « Baby, I’m OK », une bombe, un hit en puissance, produit avec l’aide de la formation ukrainienne KAZKA et donc avec cette voix hypnotique de leur chanteuse Oleksandra Zaritska. Kadebostany collectionne les muses. Célia, dernière à avoir intégré le projet comme « vocaliste résidente » après Amina et Kristina, tout aussi convaincante dans l’interprétation de « Cathedral » en compagnie de Fang the Great que de l’énormissime « Take it Away from Me » présente aussi des talents de comédienne. Regardez le long clip de cette chanson à couper le souffle.

La formation lausannoise va se produire à domicile. Bloquez la date dans vous agenda, c’est le 20 novembre au D ! Club à Lausanne

Et le 21 novembre à la Case à Chocs à Neuchâtel.

DRAMA – Act 1, disponible depuis avril 2020 en physique et numérique.

Pour tous renseignements sur Kadebostany, c’est par ici.

Par David Glaser, pour suississimo.com

Suississimo.com par David Glaser
Première plateforme suisse d’histoires musicales, mais pas que…

Merci à Sandro Brero, Republic of Kadebostany, NSK, Mental Groove et Philippe Morax.

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