CONVERSATION AVEC MIOSSEC

Au départ, je voulais vous raconter un conte de Noël disLe Regard Libreco dans le genre « il est né le divin enfant » avec des musiques remixées des originaux qui font plez’ aux fans de Santa Claus, je parle des Nat King Cole, Tony Bennett et autre Dino Martin, des voix, de la croon’ à fond les ballons en ces temps incertains, histoire de faire dans le dépaysement classique de fin d’année loin des manifs et des pillages, des Brexits et des naufrages d’immigrés, le regard tourné vers New York et sa féerie matérialiste – mais belle – de Noël, une histoire avec bons sentiments pour parler de l’amour dans le monde entre les peuples et les familles, pour prier ensemble pour que 2019 efface enfin toutes les misères et transforme aussi les gilets en or… oh que tout cela est très beau et bienveillant. Mais finalement non, je veux vous parler de boire et baiser comme des mammifères finistériens qui s’étreignent ici-bas ici même comme en 1964… afin de brûler des chansons ordinaires par les deux bouts et de finir rescapés de l’autodafé musical.

J’ai donc cherché la bonne personne pour ce 101e morceau de Suississimo spécial Noël. Un homme pour raconter la musique qui me turlupine un peu trop en ce moment. Un chanteur pour lequel je voue une sincère admiration depuis plus de 20 ans. C’est donc un acte d’engagement et de partage que je signe de ma plume en bas de cette page. Et cette conversation revêt un caractère particulier, elle intervient juste avant sa venue en concert le 26 janvier aux Docks de Lausanne, le personnage en question est Miossec, et après chaque échange avec le Brestois, j’ai cette impression d’avoir vécu quelques trucs sensass avec l’homme le plus marrant de la terre, le plus discret aussi. Un artiste plein, littéraire, spirituel et direct, un militant de gauche qui n’a pas arrêté de penser dans cette direction, mais sans se forcer, c’est sincère chez lui. Une bête de scène tout en nuances, proche des gens sans leur en foutre plein la tête avec son statut, un homme qui fête 54 ans, 54 ans, vingt ans de musique qui marque l’âme et d’écrits bouleversants selon les moments de la vie qu’on a choisi pour s’en imprégner. Enfin, Miossec, né quelques heures avant JC (autre maître-chanteur qui a un peu pêché) est un ex-punk rocker majeur pour ne pas s’endormir en 2019. On en a besoin vu que Bashung ou Rachid Taha ne sont plus là « to represent »! Le véritable petit artisan breton de la poésie musicale franche du collier, de la musique bouleversante sur accords mineurs, des confessions romantiques sur l’oreiller – et donc pour les oreilles – est un conteur de folles histoires d’habitants de villes provinciales (« de petites préfectures ») à peine émoustillés par les coucheries de leurs édiles, ou égayés par les demis de bière et les verres de whisky-coke servis trop chers dans les boîtes de nuit pour didjis relous. Voici un article en collaboration avec Le Regard Libre. Et à la fin de cet article, quelques prolongations (l’interview des Docks en audio, réalisée avant le concert du 26 janvier et des notations/classements de chansons et d’albums commentés).

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Miossec, par Julien T Hamon

Dire des conneries à tous les spectateurs bretons du Tour de France avec un drapeau français sur le toit ouvrant de la voiture émettrice de France Inter lors de l’édition 2006 (départ de Rennes, arrivée à Lorient, passage par Mûr-de-Bretagne), ça on l’a fait ensemble. Le souvenir est encore vif dans mon esprit. Miossec retombait en enfance à l’occasion de cette étape bretonne vécue en intégralité de la tête au pied dix heures de suite, une plongée dans les souvenirs quand il regardait le Tour de France avec sa famille sur l’écran de télé familial ou sur les bords des routes du Penn-Ar-Bed. Le sportif qui a touché aux efforts collectifs UNSS ou de club, vivait ici une autre expérience de groupe, auprès d’équipes de coureurs bien sûr mais aussi une expérience médiatique, une vraie piqûre de plaisir d’être là, « pelotonné », le cul à l’arrière d’une moto de suiveur de France Inter et le sentiment d’être dans l’histoire du journal l’Equipe et du sport français.

En 2018, « Les Rescapés » sort dans les bacs. Nouvel album chargé d’émouvantes trouvailles orchestrales, habité d’une toute nouvelle urgence, face à l’écologie méprisée, face aux peuples qu’on abandonne au nom de l’argent, des relations humaines compliquées à peine soignées par des petites morts furtivement enterrées, la vie sentimentale, « celles qui mangent les couleuvres, celles qui mangent les pétales », toujours ici chroniquée avec envie et inspiration cette fois dans un album d’une élégance sombre et vive à la fois (voir mes commentaires et notes titre par titre plus loin). A l’écoute de cet opus, on retombe sur le Miossec brut de pomme à couteau, avec des textes purs et tranchants, un Miossec les poumons gorgés d’oxygène iodée par les embruns de la Mer d’Iroise, un Miossec conscient de sa responsabilité d’homme enraciné qui en a vu tomber des héros au champ de bataille des addictions et des conneries célestes.

On aime le « montage » de ce onzième album (le deuxième pour la maison de Bob Dylan et Jeff Buckley, la vénérable Columbia Records, plus japonaise que jamais, c’est une propriété du groupe Sony, faites gaffe de ne pas détourner de l’argent, la justice nippone est intraitable). La matrice instrumentale est signée de Miossec. Les mots sont toujours aussi soigneusement ciselés sur le lit musical par l’auteur. En frénétique amateur de Henri Calet et de Raymond Carver, des artistes de la métaphore et de l’ellipse, il travaille toujours à sculpter les palabres sans gras et le plus près possible de l’os. Aussi « Les Rescapés » représente une parfaite bande-son pour votre réveillon-révolution anti-système, un chant des partisans de la décroissance et de la responsabilité face aux Macronistes hardcores et aux Wauquieziens de tous poils, qui semblent oublier l’écologie et les valeurs de solidarité. A peine ragaillardi par la promesse de versement d’une prime de fin d’année, le peuple qui souffre devrait comprendre les propos des « Rescapés », le disque dresse un certain nombre de constats secs sur la société française de maintenant, et jette quelques regards lucides (parfois bienveillants) sur le monde, mais aussi sur la violence des échanges, la nature martyrisée, la morale piétinée, les désirs inassouvis de liberté. Miossec et ses partenaires ont réussi à toucher dans le mil’ avec une nouvelle patte, plus brute, plus mécanique, aidée de vieilles boîtes à rythme et de sons synthétiques rarement autant croisés dans les chansons du rocker défroqué depuis les premières collaborations avec Matthieu Ballet, musicien au sein de Oui-Oui dans les années 80/90 puis producteur.

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(photo Julien T Hamon)

Dans un entretien peu classique, on parle de musique avec Miossec, mais aussi de la Suisse qu’il revient fouler avec “Les Rescapés” le 26 janvier prochain (déjà dit mais pas grave). Une terre qu’il connait et apprécie pour y avoir croisé le fer avec quelques autochtones genevois (Polar et Bernard Trontin, le batteur des mythiques Young Gods). On parle d’artistes qui comptent et qui ont compté, des héros, des vieillots, des pointures, des personnages un peu ou beaucoup en rupture… voire morts. L’âme de Rachid Taha plane sur notre entretien. On aimait tous les deux beaucoup le Monsieur. Des commentaires sur des pistes musicales à base de vieilles machines pour compositeurs de tourneries synthétiques vintage surgissent dans l’échange de mots mais elles ne semblent clairement pas importantes, comme si Miossec avait toujours su et pu bifurquer sur une départementale pour aller récupérer les vieilles malles de l’enfance chargées de souvenirs nostalgiques sans avoir à se justifier. Et parmi ces cargaisons de vieilles structures que ne renieraient en rien des musiciens inventeurs comme Jean-Jacques Perrey ou Pierre Henry. Ce retour aux boîtes à rythmes est un hommage au passé quand avec le groupe Printemps Noir, ils essayaient de plaire et de croître au beau milieu des années 80. C’était avec ce genre d’instruments qu’on composait à l’époque, c’était donc une référence pour les mythiques Marquis de Sade ou le duo génial Kas Product, « on avait d’ailleurs fait leur première partie à Brest » se rappelle amusé Miossec. La boîte à rythmes sale et envoûtante, j’ai alors la sensation d’avoir déjà vu ça chez d’autres artistes lors des mes 42 années passées ici bas, comme avec Stephan Eicher dans les années 80 (mon tout premier concert) à l’époque de « Two People In A Room », ou avec David Bowie dans les années 90 avec “Inside” et “Outside”, voire avec Daniel Darc dans les années 2000 et maintenant avec Miossec. Des noms qui claquent, un club des quatre, un Fab Four comme un hall of fame de poètes qui ont aimé les mots autant que la guitare, les machines autant que leurs effets sur les mots justement, la boucle est bouclé avec « Les Rescapés ». Hommage aux disparus Bowie et Darc, respect au Bernois Eicher. Rien de mieux que d’avoir toujours une volonté de produire du son entêtant (« La Ville Blanche » et « On meurt », deux morceaux gentiment découpés à la machine analogique), un son vacillant, un son du sac et du ressac, mais un son mélodieux, doux comme du humus sur une plaine d’Irlande. Une tempête organisée, une certaine idée de la fête un 24 décembre. Bon anniversaire Mioss’.

L’affaire des gilets jaunes qui a renversé la France est volontairement laissée de côté dans la conversation pour cette fois, la peur de prendre trop de place dans l’échange limité, comme si le décalage était trop grand avec l’endroit dans lequel j’ai pris place (bien mauvaise idée) pour passer l’appel, ce pub anglais de Genève peuplé en ce jeudi soir par de riches hommes affaires russes, oreilles vissés aux portables, le ventre débordant du jeans, leurs poules de 185 centimètres pleines de blondeur à leurs côtés… L’appel se fait dans le brouhaha, les dames prennent la lumière, les hommes éructent leurs propos dans un concert de voix dissonant. Et comme ça parle fort, la communication avec le bureau de Columbia Records à Paris a beaucoup de mal à passer. Je décide donc de quitter le confort boisé de cette « public house » genevoise pour la rue, comme si on sortait de l’Elysée pour un rond-point du Conquet. Et on démarre l’échange par les dernières phrases (frasques) d’un personnage célèbre de la musique politique dissonante de France. Richard Ferrand et qui ont enflammé la Suisse romande.

SUISSISSIMO: Tu sais que la France et un de ses plus hauts représentants a fait l’actualité ces derniers temps ici… un Finistérien nommé Richard Ferrand a démoli le système politique suisse en quelques phrases du haut de son perchoir l’été dernier. Le président de l’Assemblée nationale semble ne pas croire dans la démocratie directe helvète. Tu as suivi?

Christophe Miossec: Oui j’ai suivi tout ça. En même temps, on le connait bien à Brest. Richard Ferrand, c’est le genre de type qui offre des bâtiments un peu surdimensionnés à sa femme, ici même à Brest. Ça a choqué tout le monde, c’était au début d’En Marche… Bref on a été concerné avant la Suisse.

Qu’as-tu voulu dire avec « Les Rescapés », il y a un côté brut du fait de l’utilisation de certaines machines?

Oui mais dans les années 80, on avait déjà utilisé des boîtes a rythmes avec Printemps Noir, mon tout premier groupe. Mon premier album « Boire » était aussi aidé d’une boîte à rythme car nous n’avions pas de batteur. Enfin l’idée était plutôt de faire un disque qu’on aime jouer, d’avoir cette liberté de transposer facilement le tout sur scène.

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La communication est interrompue, trop de bruit dans le bar, je retente depuis la rue et ça va beaucoup mieux.

Faut que tu fasses changer les musiques d’attente de Columbia, c’est moyen ce qu’ils passent dans les téléphones. comment ça se passe avec ce grand label mythique?

Oh très bien, je suis tout petit chez Columbia. Alors les attentes ne sont pas les mêmes que chez PIAS (label franco-belge implanté aussi au Royaume-Uni) avec qui j’ai fait neuf albums. Là-bas j’étais un gros poisson, il y avait de l’attente et du stress. Il leur fallait absolument des singles. Donc Columbia c’est vraiment plus tranquille. Ils ne sont pas inquiets, ils me laissent faire la musique que je souhaite. Côté promo, on a le soutien d’une radio surtout, France Inter et heureusement qu’ils sont là car sans eux, bah je ne sais pas dans quel média national je serais diffusé.

Je viens de voir ton album à la Fnac de Lausanne et des singles il y en a. La maison de disques a clairement mis cinq titres de chansons sur le sticker promo France Inter collé sur le CD. On voit là le hitmaker que tu es (rires). En plus les titres sont courts, ça rentre parfaitement sur l’autocollant…

C’est pour cela que je les ai faits courts, pour que ça rentre (rires). C’est sûr qu’avec les « Les bières aujourd’hui s’ouvrent manuellement », cela aurait été un peu plus dur de tout faire tout rentrer. (sourires)

Plus sérieusement tu suis ce qui se passe stratégiquement avec les CD qui se vendent moins… les disques vinyles qui refleurissent. La pochette d’un 33 tours, pardon d’un 180 grammes, ça a du style, non?

Oui, l’explosion du vinyle, c’est dingue. On a apporté, du fait qu’il y a ce retour du vinyle, un plus grand soin au “artwork” avec cette sérigraphie pour la pochette, ce travail graphique et d’impression fait à la main. Dans l’ensemble, l’album a ce côté « fait-main », les instruments synthétiques sont utilisés à l’ancienne, dans un rapport à la musique qui ne prend pas forcément uniquement en compte cette idée de boucle comme on le fait depuis vingt-cinq ans dans l’electro. Avec tous ces groupes qui utilisent la machine, les musiciens disparaissent aujourd’hui. Ce que je constate, c’est que tout le monde amène son ordinateur sur scène ou en studio. Ce n’est pas mon cas.

En grand amateur de sport et d’exploits humains, venant d’une famille de sportifs, tu suis un peu les événements nationaux, on a gagne la coupe du Monde de foot, la coupe d’Europe de hand avec les Françaises, ça t’a fait quoi?

Non, franchement c’est moins important… je suis ça de loin en loin, j’ai bien aimé voir la Belgique gagner en fait (Miossec rigole car il a vécu de nombreuses années en Belgique et y a enregistré plusieurs albums). Mais c’est vrai que je suis assez heureux de voir les JO débarquer à Paris, ça va permettre d’aménager de nouveaux espaces pour faire du kayak sur les canaux et d’autres plans d’eau, à la Villette par exemple. Aujourd’hui, j’ai la mer pour moi, j’habite en Bretagne juste en face de l’océan.

Sur « Les Rescapés », on entend la voix de Jeanne Added, chanteuse française venue du théâtre et du jazz, aujourd’hui respectée pour une carrière en pop indé à forte tendance synthétique, comment s’est passée votre rencontre?

Jeanne Added, j’adore sa musique. Je l’ai vue il y a huit ans dans un club à Paris. Elle y faisait la première partie de la première partie d’un groupe, seule à la basse et j’étais impressionné. Je suis allé la voir après ce concert. Elle écoutait mes albums avant de se lancer. Je pense que ce que fait Jeanne lui va très bien aujourd’hui. Chanter en français lui va bien aussi, c’est pour cela qu’elle est venue faire des voix sur l’album.

Jeanne Added avait joué avec Rachid Taha, toi-même je pense que tu devais travailler avec lui. Il est mort en septembre dernier. Un autre frère de musique qui s’en va après celui que tu as servi pour plusieurs albums avec des textes de chansons: Johnny. Comment vis-tu ces deux disparitions?

Oh bah, les grandes stars de la musique, c’est particulier… (silence un peu gêné). Johnny, c’est le bordel…

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Le bordel?

Oui comme toujours avec Johnny, c’est le bordel complet.

Et Rachid?

On était parti pour travailler chez lui et on n’a pas travaillé (rires). Il y avait notre ami commun Hakim Hamadouche… facile de se moquer de lui avec un nom pareil, hamadouche… hamadroite… C’est le le joueur de oud avec qui Rachid était associé depuis longtemps. C’est toujours très drôle avec Rachid, c’est un homme qui a compris la musique, le rock et les traditions arabes, kabyles mieux que quiconque. Brian Eno ne s’y est pas trompé.

Et toi et tes racines ?

Toujours pas de musiciens bretons autour de moi mais je suis avant tout brestois. Je dois d’abord rendre fier ma mère et mon père qui sont brestois. La culture bretonne bretonnante n’entre pas en compte.

Le rap est un genre important pour toi?

Le rap ça me va bien, il se passent des choses enthousiasmantes… Beaucoup plus que dans les groupes de rock. Pour moi Lomepal est une grande révélation. Il a des mélodies qui tuent. La Squale aussi. J’aime beaucoup, c’est le seul dans le rap français qui te parle de la guerre d’Algérie avec d’aussi bons textes. Il y aussi Georgio, un rappeur qui écoutait mes albums avant d’écrire des raps. Il est venu me le dire et ça m’a vraiment fait plaisir.

Quels rapports as-tu avec la Suisse?

Tout d’abord, Stephan Eicher, on a fait « Disparaître » ensemble sur l’album « L’Envolée », on a travaillé ensemble chez lui en Camargue, c’était il y a cinq ou six ans. J’ai aussi joué avec Bernard Trontin des Young Gods et Polar. Une reprise de « Ballade de Melody Nelson Nelson » pour la compilation Pop Sessions. J’aime beaucoup les Young Gods. Ce groupe a été pionnier et ils m’ont donné l’envie de signer chez PIAS, ils y étaient avec « L’Eau Rouge » et « T.V. Sky » quand j’ai signé pour ce label.

Merci Christophe et bon anniversaire!

Par David Glaser

suississimo

Miossec « Les Rescapés » (2018), Columbia/Sony Music Entertainment. Toutes les infos sur Miossec sur ce site et cette page facebook.

PROLONGATIONS (1ère partie)

Miossec en interview le 26 janvier 2019 aux Docks

PROLONGATIONS (2e partie)

Toutes les chansons du 11e album notées et commentées.

NOUS SOMMES (9/10): un hit débridé, une mise en garde (« on n’a plus le temps… ») basée sur les constatations d’une dérive majeure par le biologiste Laurent Chauvaud. Cet homme est l’auteur d’une thèse sur les coquilles Saint-Jacques. Pour lui, ces coquilles sont révélatrices des pollutions dramatiques qui ravagent la mer.

JE SUIS DEVENU (9/10): un titre bilan, enjoué, avec peut-être – sans doute – une écriture autobiographique, mais je n’en suis pas sûr… j’ai oublié de demander. En tous cas, un bilan sur ce que les actes d’une vie produisent comme effets, les mauvais conseils, les échecs, les amours et les fâcheries résorbées, sur son soi d’avant et son soi d’aujourd’hui. Chanson pop et electro légère.

ON MEURT (10/10): exactement le genre de chansons qui placent Miossec très haut dans l’échelle des auteurs-compositeurs. Avec « Brest », « Brûle », « La Guerre » ou « Recouvrance », Miossec avait placé la barre très haut. Il continue à danser dans les airs, la perche pliée à la manière d’un Galfione ou d’un Lavillénie avant la projection. Et ça passe sans trops de difficulté dans l’organisme comme une pilule du lendemain, mais attention aux retours de flamme de cette merveille de chimie musicale (voir aussi « Les Gens »).

LES INFIDELES (8/10): introduction sinistre comme dans un film d’horreur tourné en Moldavie au début des années 40. Il y est question de danger et d’amours interdits, dans l’obscurité, dans le secret… les drames de l’infidélité, la densité romanesque de l’acte de trahison aussi. Le violon de Mirabelle Galis se fait strident, embarrassant, comme quand le fautif (la fautive) se fait chopper. Il est aussi question de mise en scène des actes de couchage illégitimes. Cette chanson est un petit film sur les grands écarts de la vie, les petites lâchetés et les conséquences, et c’est plutôt bien décrypté.

L’AVENTURE (6/10): une tentative de rap délié pour commencer, un style peu Miossecquien qui surprend mais qui s’avère un peu maladroit sur la longue (voulu?) pour celui qui aime la pose de voix et de mots beaucoup plus classique du chanteur. Les chœurs sur le refrain offrent en revanche un paysage harmonique agréable.

LES GENS (10/10): comme pour « On Meurt », une chansons pleine de simplicité pour parler d’amour. L’image de l’amour comme si on allait se jeter du haut de la tour a un côté un peu extrême. Je me demande comment on prononce « flotte » du côté de Brest, j’i l’impression que le « o » est plutôt fermé.

LA MER (9/10): Miossec geint et déploie ses ailes tel un goéland avec un regard froid et pessimiste sur la grande bleue, auteure selon le narrateur d’enlèvements de marins et de non-marins, au fil des siècles. Une bonne personnification de cette mystérieuse entité, fascinante, envoûtante. Un regard poétique et flippant sur cette sale mer meurtrière. Une fin de chanson épique on les neurones sortent rincées comme après une tempête.

LA VIE SENTIMENTALE (7/10): Miossec et son râle traînant dans le refrain plaira ou pas, moi j’aime assez. La voix du chanteur s’y fait un peu difficile mais on saluera les parties de guitare, avec ce riff jouissif érigé en gimmick entêtant.

L’HOMME (8/10): avec les chœurs de Jeanne Added pour souligner cette belle ode à l’homme prêt à être lâché… Violons folk envolés à la Waterboys, des images qui frappent « quand tu avalais le brouillard », « quand tu étais la méthadone », Miossec soigne un texte d’amour et y parle de dépendance comme souvent.

POUR (10/10): Urgence et effet de percussion « fortissimo ». On aime la liste des récipiendaires des dédicaces. Une chanson-bilan une nouvelle fois clairement faite d’ellipses et taillée près de l’os. J’ai hâte de voir cette chanson sur scène avec ce riff de basse caressant les « portugaises » en contrepoint de toutes les autres trouvailles instrumentales.

LA VILLE BLANCHE (7/10): une instrumentation cinématographique. Description du quotidien dans un décor blafard urbain, boite à rythmes en roue libre répétitive et percussions mystérieuses pour boucler cet onzième album.

PROLONGATIONS (3e partie)

Quelques morceaux choisis sur les dix autres albums et leur classement, l’album « Les Rescapés » étant classé 2e au Top 11.

« Boire » (1/11): « Non non non non, je ne suis plus saoûl », la première chanson à avoir pénétré nos âmes. Pour moi, c’était un jour d’été sur Normandie FM à Alençon. A cette époque, on pouvait demander aux animateurs de donner les références du disque et de rejouer la chanson encore et encore, bon j’ai jamais réussi à parler au DJ de Normandie FM.

« Baiser » (4/11): La chanson la plus rock (et la plus sportive) est « Le critérium », une fable imagée sur le « poisson-pilote » des courses de province qui n’a jamais rien gagné, et qui rêve de finir les bras en l’air sur la ligne d’arrivée d’une course d’un jour, afin de plaire à une dulcinée. Une chanson qui a dû plaire à une population qui sait très bien que le cyclisme est une galère pour une majorité de coureurs servant les stars de leurs équipes.

« A prendre » (10/11): Aucune ballade n’arrive à la hauteur de « Retour à l’Hôtel », une mélodie pop charmante et simple. On ne se lasse pas d’entendre Miossec remplacer le mot « crash » par « scratch », une licence poétique sans doute plus qu’une dérive lexicale ou alors une prise directe dans le parler de l’époque.

« Brûle » (3/11): « Le défroqué », une bien jolie complainte magnifiquement orchestrée, un morceau à la Tom Waits, qu’on imagine craché dans des cabarets de villes portuaires très tard la nuit. Une chanson qui tire le bilan de quelques années de déboires alcoolisés et de dérives enfin maîtrisées. Des arrangements soignés et une production signée Matthieu Ballet, un excellent camarade de parcours pour Miossec.

« 1964 » (5/11): La ballade « Je m’en vais » a quelque chose de particulièrement magique, grandiloquent, une sorte de chanson de geste d’amour, pour ne pas souffrir, pour ne pas détruire. Un acte de courage en somme.

« L’étreinte » (7/11): « Quand je fais la chose », une histoire hilarante sur l’homme comblé (?), mais quand il (dé)joue à l’extérieur. Une litanie de souvenirs ou de diversions d’un homme qui voit ailleurs si l’amour y est. Brillante chanson pop qui reste dans le crâne à défaut de sortir du slip.

« Finistériens » (9/11): un album produit par Yann Tiersen et comme trait d’union de ces deux Bretons de Paris à l’époque des faits un magnifique « A Montparnasse », une chanson sur le « largage » en bonnet difforme d’un homme visiblement terriblement amoureux de celle qui prend la poudre d’escampette.

« Chansons ordinaires » (8/11): une chanson qui n’est pas sans rappeler les rôles de séducteurs des grandes personnalités du cinéma français d’Alain Delon à Louis Garrel, de Bébel à Jean Dujardin… Une bien jolie fresque sur l’anti-mâle en mal de séduction qui se vautre après avoir bien noirci les pages de son tableau de chasse.

« Ici-bas, Ici même » (6/11): le magnifique « Qui nous aime » dont le refrain donne le titre générique à l’album. Une chanson forte, pétillante, sauvage aussi, à la Nick Cave avec un Miossec à la voix rauque et extrêmement posée. Le piano donne cette ambiance obscure et théâtrale à cette merveille.

« Mammifères » (11/11): « Après le bonheur », un album flattant les désirs de sons organiques, de musiques bavardes. Dans cette sobre comptine, on est à cheval sur un tango à la Astor Piazzola, l’accordéon est tenu dans cet album par Johann Riche. De la chanson française légère et subtile comme d’autres artistes ont pu l’envisager dans leur carrière (Ignatus, Thomas Fersen…).

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