FORT NOX

Nox Orae, rendez-vous calé sur les soirées de vendredi 25 et samedi 26 août, marque un très grand coup sur le front des festivals d’été de notre magnifique région. C’est aussi une très grande bouffée d’air frais par son concept musical après la désolante sortie de route de For Noise à Pully. La Suisse romande compte depuis quelques années avec ces deux soirées bucoliques en bord de lac un rendez-vous crédible aux yeux des amateurs de rock indépendant. Nox Orae est une sorte de Reading festival en micro format avec de clinquants noms évocateurs d’une splendeur 90’s encore lancinante. Avec les mélodistes anglais Slowdive et le son entêtant du duo écossais The Jesus & Mary Chain tout en haut de l’affiche, on peut dire que la petite équipe du festival de la Tour-de-Peilz a vraiment pensé à chérir un public en manque de références british d’un passé pas si lointain. Avec ce ticket magique Slowdive-Jesus & Mary Chain, Nox Orae est en route pour remplir sa modeste jauge avant le D Day, comme elle l’avait fait à l’occasion de son édition 2016 avec les Américains Brian Jonestown Massacre. Du rock, des héros du shoegazing anglais et quelques bonnes accroches dans ce qui se fait de mieux ces dernières années en matière de musique indé internationale (Ty Segall, Foxygen…) sans oublier une sélection de musiciens suisses de la Riviera et d’ailleurs, cet anti-pop festival a tous des grands et prend le relais de son défunt voisin de référence le For Noise. Tout cela pour satisfaire la planète indie-pop jamais complètement satisfaite des offres du Montreux Jazz ou de Paléo. J’ai eu au téléphone Maude Palley et Joël Bovy, deux programmateurs inspirés et fiers de leur proposition 2017.

Il y a d’abord une question de confiance qui se crée entre un artiste et l’équipe d’un festival. Il y a ensuite un souvenir d’un moment agréable en compagnie de ses amis à voir ce groupe un peu follo nommé Fuzz, du californian hard psyche sous amphet’ avec une sommité du rock mondial nommée Ty Segall derrière les fûts. Le même Ty Segall a une mémoire émotionnelle bien aiguisée. Le jeune trentenaire du rock garage US s’est souvenu de Nox Orae et a signifié qu’il souhaitait faire son retour le 26 août au jardin Roussy seul comme un grand (enfin pas vraiment… il a un groupe pour prolonger ses délires rock excentriques, glam-punk et anti-folk). Une fois le deal signé, le garage-rocker et son Freedom Band avaient été annoncés assez tôt par l’équipe du festival comme un super-mega-teaser qui annonçait du lourd. Rien que sur la révélation de ce nom, les amateurs de rock de la région ont dû se dire que ça sentait bon pour la programmation de Nox Orae. Ils n’avaient pas tort, d’autres noms devaient suivre et pas des moindres. A commencer par le groupe écossais mythique The Jesus & Mary Chain, sorte de mastodonte british à l’attitude impeccable et à la discographie tellement robuste qu’il pourrait faire chaque année la grande scène à Coachella ou Glastonbury pour ravir les millionnaires de la Death Valley ou les vaches folles du Somerset.

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What the fuzz? Ty Segall semble poser avec le t-shirt de son guitar-hero préféré.


 

« Ty Segall était venu avec son groupe Fuzz à Nox Orae en 2015… Il sera donc de retour, libre de ses mouvements cette fois. C’est lui qui a renoué le contact pour revenir cette année » admet Maude Paley, programmatrice au Rocking Chair à Vevey.  Le groupe Ty Segall et le Freedom Band seront rares cet été. C’est là que Nox Orae marque de précieux points. Même si ce n’est pas si important à mon goût. c’est en exclusivité suisse que le Californien sera présent au jardin Roussy, tout comme ses compatriotes Foxygen, le groupe français Faire ou encore Slowdive ou The Jesus & Mary Chain. Voir ce dernier groupe sur la scène du festival de la Riviera vaudoise relève de l’absolu heureux de concours de circonstances.

« On a travaillé pas mal en amont pour faire un ou plusieurs « coups ». Comme on est fans de tout ce qu’on programme, on a aussi regardé attentivement nos groupes préférés. On a donc vérifié si Jesus & Mary Chain allait sortir un album et tourner dans la foulée. Même chose avec Slowdive » décrit Joël Bovy, aujourd’hui âgé de 44 ans, donc né en pleine période précédant le punk et élevé au son de cette culture Dolce Vita/Couleur 3 toute romande, avec tous les courants indie-pop distordus qui y ont fait irruption comme le shoegazing. « Avec Jesus et Sowdive, on est un peu plus de vingt ans après le mouvement représenté par My Bloody Valentine ou Ride. C’est toujours excellent de revoir ces groupes même si j’avais été un peu déçu par la prestation de Ride au For Noise à Pully il y a deux ans. »  

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The Jesus & Mary Chain, un nom clinquant comme New Order ou Echo & the Bunnymen.


« J’avais découvert le groupe Jesus & Mary Chain avec leur single « Sidewalking ». Quand on a fait une approche du groupe pour Nox Orae, on savait bien qu’il fallait normalement débourser entre 50 et 100 000 francs pour les programmer. Mais ils ont fait un cadeau, un très gros cadeau au festival, » sourit Joël Bovy. On ne saura pas le montant payé par l’équipe du festival – confidentialité oblige – mais là n’est peut-être pas le plus indispensable, pourvu qu’il y ait l’ivresse des guitares et de cette fameuse basse distinctive de William Reid. Ils seront là et rien que pour ça, merci Nox Orae!

Les frères Reid, deux musiciens cultes

The Jesus & Mary Chain a le talent pour l’harmonie des voix et des compos corsées et laid-back à la fois, jouant très fort sur scène sans se détacher de l’excellence d’un assemblage de guitares bien en place. Pas de camouflage derrière un déluge de stridences et de larsens, chez eux, on joue propre. Aujourd’hui, le groupe accompagne la sortie d’un nouvel album. « Can’t Stop the Rock » sur cet album intitulé « Damage and Joy » rassemble les frangins William et Jim ainsi que leur petite sœur Linda, occupée par ailleurs aux destinées de son propre groupe Sister Vanilla. Une vraie belle fratrie au service d’un rock mélodieux. Du solide Jesus dans les oreilles, comme au bon vieux temps d’ « Automatic », « Darklands » ou « Psychocandy ». Les Etats-Unis avaient attendu le 3e album « Automatic » et son puissant single « Head On » pour adopter The Jesus & Mary Chain. Leur chanson était fabriquée pour les ondes de leurs radios alternatives. Le duo n’avait pas sorti d’album depuis 1998. Jesus, c’est donc sept albums studio dont « Psychocandy », sorti en 1986, avec à l’époque un certain Bobby Gillespie derrière la batterie, oui le même qui promène aujourd’hui son groupe Primal Scream à travers le monde (dont Caribana à Crans-près-Céligny l’an dernier). Le groupe a vu passer plus d’une vingtaine de membres sur scène comme en studio. Jesus est de retour, malgré les déboires inhérents à tous groupes de rock, les Ecossais n’avaient pas tout dit à leurs apôtres.

Le retour tant attendu de Slowdive

Slowdive a gagné sa crédibilité aux côtés de Ride, My Bloody Valentine, Swervedriver et bien d’autres groupes de shoegazing moins populaires début des années 90. Leur musique planante, multipliant les couches de guitares aériennes et effets vocaux féeriques, le tout recadré par une structure de chanson pop avec refrains et breaks trouve encore beaucoup d’échos en Grande-Bretagne comme en Suisse. Les musiciens de Reading ont aussi à l’image de Sonic Youth toujours aimé l’expérimentation. Cela se sent dans « Alison », l’un de leurs morceaux les plus pop ou le « CocteauTwinesque » « Shine ».

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La créativité des anglais a atteint son paroxysme sur « Souvlaki », un album qui les propulsera sous les spotlights en Angleterre en 1993, n’échouant que de très peu à entrer dans le Top 50. En 2017, Slowdive fait mieux. Et avec leur grand retour avec un premier album en 22 ans sur leur propre label Dead Oceans, ils parviennent à entrer dans un Top 20 archi dominé par Ed Sheeran ou Kendrick Lamar, beau parcours pour un groupe qui avait disparu jusqu’à 2014. Rachel Goswell et Neil Halstead sont les deux figures du groupe, accompagnés par Nick Chaplin, Christian Savill et Simon Scott. En 1994, Slowdive qui avait cessé d’exister, à cause de leur licenciement du label d’Alan McGee Creation – peut-être plus intéressé par les perspectives du groupe Oasis qu’il venait de signer. Cela avait permis à Rachel et Neil de fonder Mojave 3 et de signer chez 4AD. Autre tentative de shogazing avec entre autres musiciens de la scène indie un membre de Chapterhouse Simon Rowe. Les problèmes d’audition de Rachel la forcèrent à lever le pied sur les tournées avec Mojave 3. La revoilà avec Slowdive le vendredi 25 août.

Scène suisse

Ce qu’il faut peut-être retenir, c’est l’harmonie dans le programme, la volonté de placer deux jeunes groupes de chez nous sur l’unique scène du festival. Les groupes suisses Service Fun et The Cats never Sleep vont garnir l’affiche et profiter d’une infrastructure solide. Le premier est un combo veveysan qui n’a pas cessé de se régénérer. Maude explique que les musiciens ont été aperçus « dans la région avec Solange la Frange, sur les scènes de jazz, notamment le pianiste Marc Méan, engagé avec Service Fun. On a eu pas mal de groupes suisses par le passé, c’est positif pour nous et pour les Suisses allemands aussi. Pour cette année, ce sont deux groupes lémaniques. On a eu par le passé de très belles performances, Disco Doom ou la Fribourgeoise Laure Bétris et son projet Kassette… » On ne compte plus les autres prestations de groupes comme Buvette ou Fai Baba qui à force de persévérance ont une existence internationale. « Il se passe quelque chose aujourd’hui en Suisse avec des labels comme Cheptel Records. Nous sommes heureux de contribuer à ce travail de promotion de la musique suisse en offrant une belle infrastructure aux musiciens de chez nous qui partageront le même espace sur scène comme backstage avec les musiciens anglosaxons ou français » explique Maude Paley.

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Service Fun, un nom excellent pour passer une petite soirée musicale sans souci.


Le deuxième des groupes suisses invités est une formation genevoise mêlant un côté très laid back et un sens de la mélodie assez prononcé. Une formule jouissive mélangeant pop culture télévisuelle fluo et surannée avec des éléments d’humour absurde et de références rock psyché. Le groupe The Cats Never Sleep est foutraque dans son approche, un peu comme les Californiens de Pavement. Il n’y a qu’à voir une de leurs vidéos postées sur YouTube pour accompagner la sortie de « Massage », leur premier album.

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These cool cats ont l’air ensuqué à force de ne pas aller se coucher après le JT.


Les programmateurs sont assez confiants que leur festival finira sold-out avant sa tenue. « La dernière édition avait été synonyme de grand changement pour nous avec pour la première fois un festival sold-out ». Il faut dire que le groupe américain The Brian Jonestown Massacre avait eu la bonne idée de répondre favorablement à l’invitation du petit voisin du Montreux Jazz. « Avec eux sur l’affiche, on a eu la reconnaissance de la profession. » La reconnaissance du public est maintenant elle aussi acquise et il y a fort à parier qu’il y aura 1500 personnes pour chacune des deux soirées. Où verriez-vous un tel plateau dans une jauge aussi minimale? Nulle part sans doute. Amis british, bookez votre bank holiday week-end et oubliez Reading, venez à la Tour-de-Peilz, l’air y sera plus vivifiant. Amis romands, faites parler du festival, il le mérite.

David Glaser. zieggla@gmail.com

Tous les renseignements sur le festival sont à lire sur le site de Nox Orae.

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