MARC AIMANT

Le chanteur Marc Aymon est dans une forme olympique. Son album « D’une seule bouche » a créé une réelle brèche après trois essais déjà prometteurs. Ce vendredi 4 décembre, le chanteur de 33 ans se produira au Théâtre du Crochetan à Monthey ce jeudi et au Théâtre de Beausobre de Morges avec l’excellent groupe de musiciens qui l’a aidé à faire son quatrième opus.

Sur l’album, « Je fais l’hélicoptère » brasse un air délicat à la guitare électrique… La patte très sobre de l’ingénieur du son Yann Arnaud de l’album est chaussée de velours. Tous les sons de l’album sont soignées, trempés dans de l’or fondu. Il en ressort des harmonies onctueuses, des vibrations vocales arrondies, des gimmicks de guitare très doux.

La voix de Marc Aymon est aérienne, elle peut se faire terrienne aussi. « J’fais l’hélicoptère » est une messe cotonneuse, une ballade souchonienne avec des évocations coldwave, avec basse « Curesque » et curieuse accrochée au tempo. La basse mais aussi pas mal de parties de guitares donnent à Marc Aymon un tout nouveau code génétique pop-folk, au langage connu des amateurs de rock indé. La présence d’hommes sans concessions dans le vestiaire de ce club de musiciens pros est rassurante. L’enregistrement dans une ambiance qui rimait plus avec décontraction que marathon a été réalisé dans un cadre idyllique (le studio de La Frette en région parisienne). Marc Aymon explique que les gens et les lieux ont fait la différence.

Alexandre Varlet est aux guitares, claviers et au piano sans oublier la réalisation (sa première pour un autre projet que ses propres disques), Yann Arnaud, aux claviers, à la programmation et au son, Fred Jimenez à la basse, Stéphane Reynaud à la batterie, Alexis Asnerilles aux claviers et Thomas Semence aux guitares électriques. Une vraie famille dit Marc, alors qu’il ne connaissait aucun de ses musiciens il y a trois ans. «C’est mon quatrième disque, j’avais envie de faire des rencontres avec des gens qui me plaisent musicalement. Les personnes qui ont participé au disque m’étaient complètement étrangères. L’envie d’aller à leur rencontre a été très forte. L’envie que tu transmets convainc tout le monde. Je garde cette envie parce que c’est nouveau et parce qu’avec tu casses les schémas.

Alexandre Varlet est un artiste pas reconnu à sa juste valeur en France et qui comme Dominique A, Jean-Louis Murat ou Albin de la Simone suit une ligne cohérente sans jamais faire une seule concession par rapport à leur éthique et leur travail de base. Avec Alexandre Varlet, je lui ai dit « tu as réalisé tes disques jusqu’à maintenant… ça ne t’intéresserait pas de réaliser mon album », il m’a dit oui. Je lui ai demandé « apprends-moi, tes techniques d’open tuning, quand tu accordes différemment ta guitare… ce sont d’autres notes qui vont sortir, je voulais avoir un autre angle de travail. On s’est retrouvés plus tard au concert de Murat avec Alexandre et on a vu Stéphane Reynaud, son batteur, ce soir-là… on l’a trouvé super », quelques mois plus tard, j’étais chez Stéphane pour lui parler de mon projet. Ce batteur-là, il est intéressant parce qu’il joue de telle manière. Mon but c’était de lui dire « joues de cette manière-là », pour qu’il se sente libre et en confiance. J’ai besoin de rencontrer les gens, de les sentir, de les voir agir avec les autres… je sais alors à qui j’ai affaire. »

 

La Frette, lieu de fête

 

Et les musiciens, avec qui le courant est passé, Marc les embauche, direction La Frette. Premier jour de studio dans ce magnifique lieu, à la sortie d’une session « Fred Jimenez, le bassiste et moi on écoutait des vinyles avec une maison du XVIIIe siècle comme décoration et lieu de vie, une cuisinière qui nous préparait à manger. Ce studio où Feist avait joué et enregistré avec Renaud Létang et Gonzales. Feist c’est quelqu’un qui cherche. Il y avait aussi des oiseaux dans le jardin de la vieille demeure. On avait envie de « ressembler à ce lieu », au studio et au matériel vintage. On voulait jouer comme quand on avait 16 ans en ne pensant pas trop au résultat… de toutes façons, si tu penses au résultat c’est déjà mal parti. Celui qui réussit le mieux en général, ce n’est pas le plus beau, le plus grand, le plus fort… c’est plutôt celui qui est un peu turbulent, assis à côté des fenêtres et un peu dispersé. Je me méfie des premiers de classes, s’il fallait être grand, beau, fort, moi je ne rentrais pas du tout dans ces cases. Au contraire, j’étais très timide, je passais mes journées à dessiner… et puis plus tard j’ai chanté. »

 

Marc Aymon trouve sa voix

 

On pourrait lui reprocher d’être souvent sur le même ton, d’avoir trouvé son style et de s’y tenir… mais justement sur « D’une seule bouche », le chanteur valaisan casse les répétitions et propose un « Laisse dévaler » un peu plus froid que ses interprétations autres : «  Là, on fait un disque qui vit, un moment, si la voix râpe parfois, c’est bien. On peut accélérer le tempo sur une chanson, puis on le ralentit, c’est bien, c’est à l’image de notre vie. » Cette fragmentation, cette « territorialisation » du son en plusieurs îlots, plusieurs archipels qui s’interconnectent par des signatures rythmiques récurrentes, des fulgurances de soli cousines, voisines mais pas pareils, des rêves communs, mais comme dirait le poète « que des choses pas commerciales… », tout cela c’est de la franchise, de la conviction « ça correspond à une honnêteté et Alexandre Varlet c’est l’honnêteté incarné…  Il disait « ah non, on ne met pas d’auto-tune » sur une partie d’un morceau… et le résultat était là… C’est cette intransigeance là qui était recherchée et pas des recettes pour vendre de la chanson à tous prix. »

Dans la musique, « tu peux te tromper, tu ne vas pas assez loin, mais tu fais juste la fois d’après… mais là c’était naturel, on a cherché ensemble. Souvent, quand t’as un succès avec un album, si tu reprends les mêmes recettes, le disque d’après est moins bien reçu. Si tu ne refais pas la même chose, en revanche, tu peux avoir de bonnes surprises ». Tel un chercheur Marc Aymon a gardé le meilleur pour son public et son public c’est tous ceux qu’il a croisé, qu’il croise en ce moment, qu’il croisera encore à l’avenir. C’est sa réussite, rencontrer des gens par hasard ou parce que le destin l’exige : « je peux avoir passé une mauvaise journée, avoir quelqu’un que j’aime à l’hôpital et là dernièrement, j’ai pu faire une émission de 45 minutes avec Yann Zitouni sur la Radio Télévision Suisse avec tous ceux qui m’ont aidé à faire cet album. C’est la première fois aussi que je fais Thanksgiving, grâce à toi (Marc a préféré venir fêter Thanksgiving chez moi alors qu’on devait se rencontrer dans un bar du quartier de la gare pour parler de son album et de ses concerts de Monthey et Morges) et je peux chanter pour faire une surprise à ta femme. Je suis comme ça, on me dit de me concentrer, et au contraire je crois que mon métier c’est celui de me disperser, ça me permet de créer et d’aller vers les autres.

 

David Glaser

 

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