LUZIA, FÊTE DE L’ENCHANTEMENT

Féérie festive, fête de l’enchantement, « Luzia » est beau à en pleurer. Ce spectacle a réussi le doux mélange de l’inspiration circassienne classique et du théâtre musical cher aux anglosaxons, en poussant l’esthétique et la performance au maximum. Ainsi, jusqu’au 3 juillet, sur la plaine de Plainpalais, le Cirque du Soleil emmène Genève et sa population en voyage dans un monde irréel : un Mexique qui se place dans le sillon de nos rêves de voyages les plus fous, dans le prolongement continu de l’imagination fertile de « maîtres du monde » de l’acrobatie.

La troupe québécoise débarque en costumes flamboyants et déploie ses ailes pour nous faire reconnecter avec un art qui avait trop longtemps été mis au placard pendant les périodes de confinement : un cirque joyeux, soyeux, ambitieux et un show aux antipodes des cirques classiques. Au Cirque du Soleil, on aime la démesure, on aime aussi les animaux quand ils ne sont pas domptés, juste fantasmés. Tonnerre d’aplaudissements pour cette posture animaliste.

On recommande ces deux heures (tout mouillé) de pure folie technique et scénique, deux heures de musique et de mécanique fluide (et humide) du jeu, de l’illusion et de la beauté (quel kaleïdoscope permanent de couleurs, un délice). Le Cirque du Soleil fait du bien au moral, il offre une porte d’entrée au pays des rêves, qu’il soit mexicain ou plus lointain, peu importe, on se laisse embarquer dans cette magie. Luzia est bel et bien peuplé d’Aztecs, de Mayas, de quetzals et de coatis, mais « Luzia » est surtout un monde en soi, nourri aux fulgurances rares de son équipe artistique.     

Photo Cirque du Soleil

Le « Cirque du Soleil » nous emmène donc en voyage, au-dessus des paysages majestueux du Mexique, au dessus du Sonora, au-dessus des artères des temples aztèques, en vue plongeante sur le Palacio de Bellas Artes ou les pyramides mayas, ou plus sobrement dans des ambiances de vie près des âmes envolées pendant le « Dia de los muertos » chaque 1er novembre par exemple… « Le jour des morts », c’est ce rendez-vous sacré pour célébrer les disparu-e-s, verre de cervoise à la main près de la pierre tombale, un petit autel pour leur rendre hommage et être en contact direct avec l’ancêtre. L’image des morts est là dans « Luzia ». On est dans une appropriation d’images fortes du pays, en évitant cependant de tomber systématiquement dans le cliché. Le Mexique, c’est la passion, les combats de lutteurs masqués (la lucha libre) aux sobriquets spectaculaires. C’est une vraie vie épicée où les appels à la joie intense sont multiples. « Luzia » a ça.

Photo Cirque du Soleil

Pour ce spectacle nommé « Luzia », rien de tel de convoquer le ciel. Un homme descend du toit, tel un albatros en phase d’atterrissage. On se souvient alors de la Fête des Vignerons, il y a quelques années de cela, une Fête qui avait déjà utilisé le ciel pour propulser des artistes au-dessus des gens, parfois dans les rafales de vent et une pluie dantesque. Normal de trouver à la mise en scène de ce show XXL un certain Daniel Finzi Pasca, le grand ordonnateur de la Fête veveysanne, présent avec les Québécois pour cette mise-en-scène extravagante, moderne, incluant des éléments de passion à tous les tableaux, incluant le futbol et ses jongleurs de l’ultime, en l’occurence ce soir un duo mixte très doué.

Un cheval humain et une « reine de la nuit » en papillon monarque (photo David Glaser)

Pour planter le décor, rien de tel que de convoquer le ciel et de faire vibrer les éléments : l’eau et l’air. La soufflerie tourne à fond afin de produire un air climatisé satisfaisant aux tableaux des artistes et un mur d’eau vient d’abattre sur la piste. Ce mur d’eau sera un objet de curiosité récurrent qui conjugue lumière (« La Luz ») et pluie (« La lluvia ») pour donner « Luzia ». Les deux parties du voyage vont prendre en compte ces ingrédients avec maestria, proposant une belle dose de supplément d’âme à chaque passage de l’un à l’autre, le jeu d’acteur des performers y fera beaucoup, la musique et le combo décor-costumes aussi. La présence des esprits de la nature est là. Un fauve ressemblant à un jaguar, animé par des humains émerveille. Des oiseaux de toutes sortes et de toutes les couleurs embellissent les transitions, toujours interprétés par des humains en chair et en plumes. Les animaux trouvent aussi une présence inattendue sur bon nombre de costumes.

Le mur d’eau pas encore formée, une trapéziste se fond dans une douche géante (Photo DG)

La musique, parlons-en. Quelle musique! Elle donne au show une vibration particulièrement vive tout du long. Une sorte de melimelo d’espaces mélodiques connus à base de mariachis, de rythmes populaires que les bandas locales offriraient les soirs de bal. On doit cette plongée très libre au cœur d’une culture musicale mexicaine riche et variée à Simon Carpentier. Cette bande-son vivante possède des parties vocales souvent chorales (on n’est jamais loin de Broadway au Cirque du Soleil), réinterprétée par ailleurs pour un CD avec des musiciens du Nortec Collective, tous mexicains. Une chanteuse à la voix suave et puissante, nommée Majo Cornejo se distingue, en maîtresse loyale, véritable cerise sur un gâteau acrobatique riche et équilibré. Une artiste de Mexico City passée par les plus grandes écoles en gagnant le Concours international de théorie musical de l’Associated Board de la Royal School of Music et un prix de meilleure chanteuse contemporaine du Trinity College London.

Des décors inventifs

Revenons au show, au jeu, à cette façon étonnante de structurer une montée en puissance, à cette forme d’insouciance enfantine du maître-loyal, le clown qui va décoller et revenir régulièrement improviser un dialogue avec le public genevois. Le Cirque du Soleil n’a pas grand-chose à voir avec le Cirque de Johann Le Guillerm mais il y a une esthétique, un soin du détail qui marque d’entrée. On est dans la précision pour inventer des décors, de machines jusque dans celles qui sont affectées au séchage de la piste.

Le Cirque du Soleil sur la plaine de Plainpalais (David Glaser)

Ce village magique qui éblouit la plaine de Plainpalais jusque tard dans la nuit s’est montée en un temps record. La troupe québécoise « world famous », et pas qu’à Las Vegas et Genève, est un cadeau royal en ce temps de guerre en Europe de l’Est. Point de jubilée de « Reine britannique » icite, quoique les Canadiens ont bien conquis le Royal Albert Hall il y a quelques mois… mais une jubilation nourrie par les performances de l’équilibriste en costume de lutteur-super-héros. Il y a aussi un talent au Cirque du Soleil pour pousser les figures féminines dans un songe au pouvoir de séduction très fort. On caresse cette délicieuse image de ces danseuses enroulées dans leur cerceau, ses acrobates suspendues à des cordes détrempées, des sauteurs d’arceaux qui se succèdent dans des tricks pas simples. On en reste bouche bée. Malgré les petites erreurs, on accepte les hommes et femmes du Cirque du Soleil comme des êtres qui vont loin, ce ne sont pas des machines.

Photo Cirque du Soleil

Mention spéciale au jongleur aux six massues qui ne veut pas en rester là. Il en ajoutera une autre qui vient du ciel et le défi sera trop grand cette fois. On applaudit de nos seules deux mains. La vitesse de ce multi-jet est toujours plus élevée, la folie visuelle de ce ballet aérien au millimètre est un poème pour les yeux. Le contorsionniste le plus dément du monde débarque en bouquet quasi-final de la deuxième partie. Après sa performance, tout paraitra un peu plus normal. On détourne le regard tellement ce corps plié dans des positions inédites peut bousculer le novice. Le dos du maestro se retournant au point de laisser les jambes se placer à l’arrière de la tête. C’est trop. C’est troublant. On préfère de loin ces scènes de balanciers joliment décorés permettant des sauts d’acrobates plus raisonnables, non moins esthétiques.

Un clown aquatique

La vie au Mexique a l’air tellement belle et intense quand on sort de « Luzia », heureux mais inondé d’images. On a plongé le regard dans des jets d’eau amusants, on a ri avec un clown habile dans les jeux aquatiques. La scène, équipée d’une petite piscine, permettait les plus grands éclats. La musique, omniprésente, a rythmé le « finale » et donné une ouverture au monde inattendue. On entend les membres de la troupe « ensoleillée » s’exprimer en anglais et chercher le « eye contact » avec le public de bout en bout. Le Cirque du Soleil a su se faire proche du public, jouant pour tout le monde, sur chaque extremité du plateau, y compris dans les gradins. Une interactivité qui plaît, c’est peut-être ça aussi l’esprit mexicain.

David Glaser

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