THE SWISS SOUL OF MISSISSIPPI

C’est le 15e album pour le chanteur de blues Philipp Fankhauser. L’homme a parcouru les décennies dans l’ombre des grands du genre, BB King bien sûr mais aussi Eric Clapton ou les artistes plus détachés face à la déesse guitare douze barre pour trois accords. Interview avec notre pilier national qui a su faire entendre son talent en France ou aux Etats-Unis, et qui s’est réinventé dans la Bible Belt pour composer des chansons dignes des artisans de Malaco Records, dans le Mississipi, le temple d’un blues poreux aux influences gospel et R&B.

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Philipp Fankhauser appelle un journaliste comme il appelle un ami. Sa voix résonne avec profondeur, le bluesman zurichois est heureux de venir au bout du Lac, au bout du pays, au bout du monde. « À Zurich, je fais salle comble. Mais à Genève, si j’ai vendu une centaine de billets, c’est tout. Je n’ai pas beaucoup de fans ici. Mais j’aime venir ici. J’en vendrai une petite cinquantaine de plus et je serai déjà content. »

Montreux with love

On sait l’amour que porte Fankhauser pour le célèbre Montreux Jazz Festival et pourtant sa timidité et une certaine tendance à la modestie l’ont rendu un peu malheureux. « Depuis mes 19 ans, je vais au Jazz. J’ai assisté à des éditions quand le festival était encore au Casino, je voyais Claude Nobs, mais je n’avais jamais osé lui parler. Il avait mes disques mais jamais je lui aurais demander de me programmer. »

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Un jour, la chance lui sourit. « En 2011, j’étais dans un bar à Zurich, et il était là. Ça faisait trente ans que je le connaissais de vue. Il est venu me parler, mes jambes en tremblaient. On a bu des caipirinhas jusqu’à très tard. On flirtait avec les garçons du bar, étant gay. On est deux grands timides. C’est devenu une amitié entre nous. Avant de mourir, Claude m’a offert de sortir un disque live chez lui à Montreux et un DVD. » Claude Nobs mentor sur le tard d’un Maître du blues made in Switzerland.

Amérique et légende

« En 2008 sort « Love Man Riding », on n’a pas essayé d’être les meilleurs à l’époque même avec Dennis Walker (producteur de Robert Cray et présent comme réalisateur sur quatre autres des 15 albums de Philipp Fankhauser) à la baguette. Mais pour « I’ll be around » dix ans plus tard, je vais être honnête, on est arrivé très bien préparés. On avait plusieurs chansons faites à Malaco, le studio de Jackson, Mississipi où on a enregistré, avec l’aide de Wolf Stephenson. » Depuis 2001, Wolf reçoit la visite de Philipp Fankhauser et de ses potes, tous bikers et fans de Harley Davidson. L’histoire raconte que c’est un problème de moteur d’une des bécanes qui les fera s’arrêter à Jackson et in fine visiter Malaco.

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Pour « Homeless », l’un des temps forts de l’album « I’ll be around », « on a fait un simple soundcheck sans les choristes et sans les cuivres ». Le miracle a opéré, « je me suis alors dit, pourquoi ça s’imbrique si bien musicalement, comment expliquer qu’on trouve le morceau si bien? » Il y avait visiblement un peu de magie, de mystique pour manœuvrer, il y avait autour de la voix de Fankhauser un sentiment que le courant passait bien entre Américains et Suisses. « Il y a toujours le blues parfait BMW, nous c’était le blues parfait genre Maseratti, avec un truc en plus. Je le dois évidemment à Dennis Walker, un grand qui a longtemps frayé avec BB King, et à Wolf Stephenson bien sûr. Dans son studio, il y avait par exemple une batterie datant de 1955 et des microphones qui font que l’on travaille différemment. Rien que ces micros font sonner le blues de manière plus authentique.

Indépendance

17 chansons ont été écrites pour le quinzième opus. 15 titres ont été couchés sur le vinyle. Tout est fait maison, Philipp Fankhauser n’ayant pas de compagnie de disques pour le financer. Un mal pour un bien car le chanteur a pu choisir ses producteurs préférés sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Pour une chanson comme « Let’s straighten that out », Dennis m’a dit d’enlever les chœurs. « Maman » ne veut pas. Je me suis alors dit que j’allais en parler au « Papa ». Wolf m’a alors répondu que Dennis avait un « Grammy » de plus que lui, ça doit faire six pour Dennis, cinq pour Wolf (Philipp Fankhauser rigole de cette comptabilité…), mais bon ils ont 148 ans d’expérience à eux deux au service de la musique. »

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Vu que Fankhauser est indépendant, nous ne résistons pas à l’envie de lui demander ce qu’il pense de No Billag. Et la question l’inspire. « Je suis contre l’initiative et pas que pour des raisons égoïstes. Je ne suis pas un artiste aux activités lucratives, mais un franc par jour pour la musique et le reste de la culture ainsi que les médias, c’est peu (la redevance descendra à 365 francs par an l’an prochain si elle n’est pas abolie). Ce serait la fin de la culture commune, alors qu’en tant qu’artiste indépendant, j’essaye comme mes collègues de faire partie de cet ensemble unifié qu’est la Suisse. Tout cela pourrait s’arrêter faute de financements. Et on est déjà pas mal séparés. Je comprends que la SSR soit trop grande. Mais nous ne voulons pas d’une américanisation de la Suisse jusque dans nos médias avec CNN et Fox pour nous informer.

Par David Glaser

Philipp Fankhauser « I’ll be around », philippfankhauser.com
Concert ce samedi au chapiteau Das Zelt ce samedi 16 février à Genève, Plainpalais et aux Hivernales de Nyon le 23 février.

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