LIL ANGEL

Avec Justin, on a mis en place un rituel sympathique. On écoute des titres, plein de titres sortant des nimbes de Soundcloud ou de Youtube, du son venu d’ailleurs, que j’appelle underground. Justin appelle ça de la musique. Je me rappelle lui avoir dit que j’étais très sensible à la musique de Lil Peep. Grand artiste pour moi. Une voix, une production, un mélange fluide avec des mélodies monstres, une atmosphère exceptionnelle qui me rappelle l’emo des années 2000 avec des groupes comme Jimmy Eat World, un groupe d’Arizona dont je me suis tout de suite pris de passion lors d’un voyage aux Etats-Unis en 2002. De la pop certes, mais aussi une dissonance, une surbrillance, prolongeant la dreampop de m83 ou le mouvement shoe-gaze. La voix du chant est toujours poussée dans l’émotion. C’est une formule qui prend. Arizona, le 15 novembre 2017, c’est une journée de fête au pays des rappeurs fertiles du mouvement alternatif, de la galaxie Soundcloud. L’Arizona va célébrer un concert de Lil Peep, 21 ans. L’Etat de John McCain et de Jeff Flake, deux Républicains récemment vus comme des empêcheurs de tourner en rond d’un état hijacké par les Space-Tumpers, propose une alternative à l’Amérique parano du Shériff Joe Arpaio avec ces lieux de cultes et ces lieux de culture ouverts sur le monde, ici à Tucson, terres fertiles de musique pour Calexico, Amor Belhom Duo et bien d’autres références du rock à forte consonance mexicaine. Le neo-Angeleno Lil Peep devait voir ses fans de Tucson ce soir du 15 novembre. Mais les Dieux de l’addiction et de la dépression en ont décidé autrement. Lil Peep n’est pas monté sur scène car il est mort, certainement d’une overdose de médicaments antidépresseurs, peut-être d’une combinaison de ces médicaments avec autre chose. On en saura plus après le retour de l’analyse toxicologique dans quelques semaines. Post-Malone a déclaré, peu de jours après la triste nouvelle, qu’il était effondré. Il a expliqué au micro de H3 que Peep aurait été retrouvé avec du fethnol, une drogue qui serait une centaine de fois plus forte que l’héroïne, une drogue qui fait des ravages auprès de ceux qui tentent le diable, une drogue qui tue. Post Malone parle de Peep comme d’un frère, comme une « vraie personne, authentique. » Il pensait que sa musique allait « changer le cours des choses… » (voir le clip vidéo de l’interview plus bas). Sur scène, l’homme avait une présence, un sens du partage, un impact évident sur le public. Dire qu’il va manquer à ses fans est un euphémisme.

Terrible nouvelle pour les fans de la plus agréable vague musicale venue des plateformes de stream. Lil Peep a plongé de la plus cruelle des manières sans jamais pouvoir être pris en charge, sans intervention d’une personne consciente du danger qu’il courait. Cette nouvelle nous ramène à notre réalité, à notre condition d’être humain dans un environnement parfois difficile à dompter. Cette réalité est que Lil Peep est né aux Etats-Unis et a grandi dans les comtés de Suffolk et Nassau à New York. A Long Island. Il a vécu ce que beaucoup de gamins comme lui vivent à Long Beach, Ronkonkoma, Huntington ou Brentwood: la présence de la drogue à un niveau plus important que dans certains quartiers des villes plus aisés, plus animés de New York. Cruel de voir un chanteur aussi respecté pour sa vision saine des relations entre hommes et femmes (ce qui ne va pas de soi dans le milieu du rap) quitter notre monde aussi brutalement. Ses tatouages distinctifs l’ont rendu immanquable sur le web, dans le monde de la mode. Lil Peep s’est retrouvé apprécié par des dizaines de milliers de fans sur place et 1000 fois plus de « viewers » sur Youtube, par des stylistes de renom. Comment a-t-il pu se laisser consumer par les drogues et les antidépresseurs tout à fait légaux? Alors qu’il n’était qu’au tout début de l’histoire, pourquoi son entourage professionnel a-t-il laissé faire ? Le manque de vigilance de l’entourage est-il un acte coupable? Y a-t-il non assistance à personne en danger de mort quand la fragilité de l’artiste est à ce point là évidente?

Lil Peep, voix et porte-voix d’une génération du rap alternatif mondial, celui que toute une génération d’adolescents suit avec plaisir et avidité sur les réseaux et dans les salles de concert, mort à 21 ans, cela paraît insupportable pour beaucoup de personnalités du rap un peu plus âgées, qui ont eu cette chance de s’échapper. On espère que les excès des autres vont aller decrescendo. Comme un réveil brutal. On pense à Yung Lean, Bones, Bladee ou les Suicide Boys. La drogue est un élément moteur du travail de ces jeunes artistes, au point de rappeler les années Punk où Sid et Nancy s’autodétruisaient à coup d’injections, ou les années Grunge avec les excès que l’on sait sur la santé de Kurt Cobain ou de Courtney Love. Bref, on pleure Lil Peep, parti trop tôt, laissant derrière lui une série de chansons importantes, dont l’une des plus populaires « Awful Things », plus de quinze millions de vues sur Youtube.

The Suicide Boys, groupe de la Nouvelle-Orléans, associé à Lil Peep dans ce vaste mouvement de la Soundcloud music, sera à Genève au festival The Beat le samedi 27 à l’Arena de Genève.

Par David Glaser, zieggla@gmail.com

suississimo

 

 

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