UN HOMME ET DEUX FEMMES

A le regarder de plus près, le fil avec lequel a été cousu le nouveau disque de SuperBravo brille comme de l’argent. Les contours des chansons minimalistes de « L’Angle Vivant » ont été arrondis, la finition soignée. Des éclairs de musique sortent d’un clavier officiellement parfait pour la combinaison sonore de la formation, ce clavier dont le nom a été utilisé pour donner vie au projet est le fil rouge de la bande son cinématographique de SuperBravo. L’harmonie est au cœur de la proposition de « L’Angle Vivant ».

Pas de saturation dans le riff, pas de basse ronronnante  dans les fondations des 13 titres de cet élégant recueil composé dans un contexte post-apocalyptique au cœur du Paris culturel et dynamique. « L’Angle Vivant » sonne le réveil après la désolation, un réveil en douceur avec une formule légère: claviers, percus et guitare claire. Je suis sous le charme de la voix familière d’Armelle Pioline et de celle nouvelle à mes oreilles de son acolyte Julie Gasnier. Dans les refrains, apparaissent les espiègleries de Michel Peteau, élément masculin du combo. C’est donc la nouveauté 2017, SuperBravo s’est fait choral, et mixte qui plus est. 

Sur les plages du 2e opus du projet SuperBravo, on navigue en eaux calmes. Le groupe a eu de la chance, l’ambiance est détendue aujourd’hui à Lutèce. En ce lendemain de fête de la musique, pas de pollution Bolloresque hors de ses tuyaux d’échappement cathodiques, pas de Verratti à Barça, tout restera magique et simple encore un peu, tout restera comme on aime en pleine canicule, doux et un peu bordélique. Et puis ce 2e album du projet de la co-créatrice d’Holden sort au moment où les temps changent clairement dans les rues de France. L’air moins irrespirable (poussé par le vent de l’espoir qui souffle sur la nuque des concitoyens d’Emmanuel Macron?) semble depuis la fin mai parfaitement accompagner le doux décollage de «L’Angle Vivant ».

Cet album de ce qui était clairement au départ un projet solo en marge d’Holden est devenu le projet d’un trio. Plus seule, Armelle de « Madrid » et autre « Ce que je suis » s’est très bien entourée pour donner vie à des chansons dont elle avait déjà, pour quelques-unes d’entre elles en tous cas, dessiné quelque squelette. La musicienne « Big in Chile », en raison d’un succès très inhabituel pour une Française dans cette partie des Amériques, est dans le biz depuis environ 20 ans. Ses premiers pas irlandais avec l’autre moitié de son groupe Mocke paraissent aujourd’hui être de la préhistoire. Les années d’expérience donnent à « L’Angle Vivant » un caractère spécial. C’est un album de musiciens, malin, précis, mélodieux, inventif… On y tente des choses comme chez Animal Collective, tUnE-yArDs ou Moondog dans un autre temps.

Armelle Pioline est dans l’aventure avec sa collègue multiinstrumentiste et danseuse Julie Gasnier ainsi qu’avec le guitariste, ingénieur du son et réalisateur de disques Michel Peteau. «Un vrai petit collectif» en marche depuis la conception jusqu’à la réalisation de cet objet d’art sonore. Armelle prend le temps pour Suississimo de décrypter ce précieux objet. Résultat parfaitement équilibré, tout en nuances et délicatesses, en verbe ciselé et ancrages d’époque. A offrir avec la mention « Album de l’été » ou à offrir tout court, vous ferez des heureux, la joie de SuperBravo de faire de la musique est contagieuse. 


VIDEO : SuperBravo en action sur ce lien vers la page bandcamp et avec ce teaser


 

SUISSISSIMO: Comment se passe la réception de l’album chez les amateurs de SuperBravo et dans les salles où SuperBravo s’est produit?

Armelle Pioline: Il  y a une belle énergie en concert. J’adore chanter avec Julie et jouer avec Michel. Il jaillit de nos concerts des réactions étonnantes de la part des spectateurs. Au départ, il s’agit de trois musiciens de générations différentes (nés dans les années 50, 60 et 70), deux filles et un gars. Avec Julie, il y a cette relation qui date de Lala Factory, un groupe très indé qui avait assuré plusieurs premières parties pour Holden. On s’est croisé de nombreuses fois. Un soir que Julie dînait à la maison, elle m’apprend qu’elle arrête Lala Factory. Elle connaissait les chansons de SuperBravo par cœur, alors elle s’est intégrée très naturellement dans ce projet. Sa présence est incroyable, elle apporte son expérience de la danse, une certaine théâtralité…

superbravo

Paris, 2017: Armelle Pioline, Julie Gasnier et Michel Peteau (photo de Thomy Keat)

Quelle a été la raison de l’association avec Michel Peteau, ancien guitariste de krautrock entre autres genres populaires dans les années 70?

Armelle Pioline: Michel a un studio. Ce qui est parfait pour répéter, produire et enregistrer avec lui. C’est devenu une évidence de faire SuperBravo ensemble. On ne se lâche plus. En fait, c’est un petit collectif limité. On avait un moment pensé à faire appel à d’autres musiciens. Mais on s’est finalement dit qu’il fallait qu’on s’impose de ne pas avoir de batterie ou de basse. La « contrainte » est de jouer à trois et c’est très bien comme ça, on utilise tous des percussions et nos instruments respectifs et ça fonctionne parfaitement ainsi.

La chanson « Mon nom » apparaît comme un petit trésor harmonique. Comment est né ce morceau? 

Armelle Pioline: Ce morceau est issu d’un travail de deux années, deux années assez lourdes notamment avec les attentats de Paris qui ont eu lieu à 500 mètres de là où on vit. On connaît tous des gens qui ont été victimes directes ou indirectes des attaques. Mais aussi la montée des idées fachos… On cherchait à se resserrer. Cette chanson en est le résultat.

« Papier mâché » est une petite perle pop jouant sur les harmonies de voix, les effets de clap et d’assemblage vocal, des claviers malins qui peuvent faire penser à la richesse de la musique de tUnE Y yArDs et de pas mal d’autres groupes de la côte Est des Etats-Unis, en es-tu consciente? 

Armelle Pioline: Oui. Je cherchais le renouveau. Transcender des genres déjà connus ne m’intéressait pas, j’avais vraiment besoin de quelque chose d’autre. Il y avait cette quête de l’harmonie.

Autre morceau de bravoure, sans doute votre reprise du magnifique « Un baiser, une bombe » de David Lafore, d’où vient l’idée de reprendre ce qui pour moi est un véritable « standard » pop des années 2000?

Armelle Pioline: C’est en duo avec Julie que l’on a joué cette chanson à la maison lors d’une fête. Ce soir là, il y avait David Lafore. On a ensuite fait des tentatives avec SuperBravo. On avait l’accord absolu de David. C’est le titre que les radios jouent le plus aujourd’hui. Il y a cette structure « copie-coller » qui fait « un baiser, une bombe, explose, sur ta bouche, en plein jour », une écriture originale. Et puis chanté par une voix de fille… c’est magique.


VIDEO: Une session « Froggy’s Delight » avec « La Cabine » et « No One in the Word ».


Mon morceau préféré est « La Cabine », une chanson où l’entremêlement de vos voix peut donner par moment cette sonorité folk des années 70, quelque part entre Malicorne pour l’harmonie et Nick Drake pour cette intense beauté dans la clarté poétique du texte. Peux-tu me raconter comment est née cette chanson?

Armelle Pioline: Julie est venue avec ses lignes de basse assez sombres. On a retravaillé tout ça pour que ça donne quelque chose d’érotique, de sexuel, de bringuebalant, de presque rouillé. On est arrivé à faire une version épurée, avec la tension des riffs à la Ramones du début en moins… laissant en suspension la cabine sur l’eau.

Avec Julie, il y a une dramaturgie, avec Michel, on a cette guitare peinturlurée très années 70, et puis j’ai mon orgue à moi. Tout cet assemblage est fluide. Ce sont de supers musiciens.

Il n’y a pas de chansons en anglais sur cet album, il y a une raison?

Armelle Pioline: A vrai dire, je ne m’interdisais rien du tout. Mais avec « L’Angle Vivant », j’aimais bien ce côté création partagée et cette volonté de chanter en français de bout en bout, cette cohérence.

L’accueil est-il aussi encourageant pour ce 2e album que pour un album de Holden?

Armelle Pioline: Il y a eu des phases très inégales avec Holden. « Chevrotine » a été très bien reçu par exemple. Ce ne fut pas le cas de « Sidération ». On n’a pas encore de single joué sur RTL2 mais « Pourquoi » est un single prévu pour la rentrée ici. La 1ère en Suisse l’avait aussi programmé dans ses émissions. Télérama a prévu une chronique de l’album, ce qui est toujours un très bon signe. Magic prévoit aussi un long papier sur nous.

Allez-vous tourner au Chili avec cet album?

Oui c’est prévu en effet. Mais on aimerait bien faire deux ou trois dates en Suisse aussi. Zamora, notre label, cherche actuellement des contrats de licence en Allemagne notamment pour distribuer le disque.

Propos recueillis par David Glaser/zieggla@gmail.com


VIDEO: « Un Baiser, Une Bombe » repris par SuperBravo


« L’Angle Vivant », SuperBravo Zamora/L’autre distribution

logos suississimo

 

 

 

 

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