Dalva : Le chantre d’une nouvelle vague (1/2) Chronique

« Les Grandes Houles », le troisième album de l’artiste français Dalva (Paris-Le Mans-La Rochelle) s’inscrit dans une discographie cohérente et sans cesse renouvelée. Un nouvel opus qui lui permet d’imprégner le champ de la pop-song de sa touche singulière et d’ouvrir les fenêtres de sa propre liberté. « Les Grandes Houles », c’est avant tout une vibration. Intercalées entre deux molécules de nostalgie, ces chansons sont épinglées comme sur un fil à linge spatio-temporel, comme des cartes postales expédiées depuis des contrées imaginaires, aux éclats poétiques . De cet album s’échappent des rêves et des fantasmes emprisonnés par un cortex hermétique.


Les dérives de toute une vie s’entrechoquent dans le titre « De gare en gare ». Un rail-movie haletant, presque effréné, qui donne la sensation d’une course contre la mort, renforcé par le gimmick verbal « C’est trop tard » à plusieurs reprises. Un titre qui pose le cadre d’une existence de mortel aux frontières trop contrôlées. L’heure du bilan a presque sonné et Dalva se mue en maître des horloges.
« Matamore », et sa subtile rythmique obsédante en hors-d’œuvre, pénètre dans nos pores en douceur à la manière d’un marteau-piqueur en pâte à modeler. On y divague comme dans un champ de coton ou de pavots somnifères. La fin du morceau révèle une fragilité, une nouveauté chez Dalva. La voix du chanteur s’inscrit dans un registre jamais utilisé jusqu’à présent. Puis on ondule entre les embruns de « Flottant sur l’eau ». Véritable ode à l’abandon des stressantes tranches d’une autobiographie moderne, avec une entrée coldwave agréable sur un riff de guitare qui caresse et bouscule en douceur les tympans. Un clin d’œil qui rappelle que Dalva a grandi avec les héros du genre, de Simple Minds aux Cure en passant par les Smiths.


Surprenante « Vieille masure » où il est question d’un sobre kaléidoscope de clichés sépia, entre beauté de paysage, corneilles familières et houle avoisinante. L’évasion et l’ascèse. Le piano enchanteur recouvre délicatement une tournerie de guitare acoustique obsédante posée au centre de la pièce. Dalva joue sur des accords mineurs, effleurant la peau puis ravivant les flammes du passé en quelques mots ciselés. La nostalgie est partout, le polissage de ces souvenirs exhumés est un travail d’orfèvre. Avec « Vieille masure », Dalva n’applique pas de modèles rigides d’écriture. Il use de licences et déambule entre le sac et le ressac de couplets libérés des carcans habituels. Ce morceau a été composé avec des vignettes sonores de certains morceaux de Townes Van Zandt en tête, l’amour pour ce chantre de la scène country folk américain ne fait aucun doute. Dalva ne cache pas son héritage.


Il fait toujours beau entre les rideaux des « Grandes Houles », et le beau n’exclut pas les tempêtes. « On vole en parallèle » est une mise en orbite vocale autour d’accords électrisants,. Nouvelle approche dans « Moulins à vent », Dalva y clame son texte avec nonchalance sur une introduction spacieuse. Une fresque qui laisse un monde parallèle numérique dérégulé noircir la page. Une critique d’une société d’illuminés désillusionnés. Dalva joue sur un effet de décollage en fin de morceau donnant ce sentiment d’un monde perdant son ancrage, s’emballant sans jamais donner l’impression de contrôler sa destination.
En intro de la chanson « Les Grandes Houles », Dalva lance « Prends le large marin aguerri, c’est une chance, une alchimie… Prends le large, un premier bord timide, les barges derrière toi en un battement de cil… », un parlé-chanté qui déterre Ferré. Mais il prend aussi plaisir à musicaliser ses versifications maritimes et donne à celles-ci des coups de soleil à base de lignes de basse lestées. Le morceau générique de l’album rappelle les grands espaces cultivés par Bashung et sa famille de paroliers avides d’allitérations, depuis «Passé le Rio Grande » jusqu’au sublime finale « En Amont ». On sent une filiation sonore, une façon de travailler l’espace et le mot. C’est la marque de fabrique de Yann Arnaud (également réalisateur du dernier album Dominique A, « Le Monde réel »), adepte de coups de pinceaux précis et ouverts, laissant beaucoup de place à l’installation de paysages musicaux. La gestuelle du réalisateur désenclave les sons, donne plus de profondeur à l’orchestre. De la belle musique, en toute simplicité. Un album né pour faire vibrer des bouts d’existences oniriques et les matérialiser dans autant d’entités inspirantes, comme des vagues perpétuelles.


David Glaser

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