UN VENDREDI A CHARLOTTESVILLE AVEC SUSAN

Susan Kruse est une habitante de Charlottesville, Virginie. Cette petite ville universitaire fut, en ce mois d’août brûlant, le théâtre d’une marche de nazis et suprémacistes blancs, sympathisants ou membres du KKK, pro-Donald Trump, des énergumènes venus rappeler leur haine des étrangers, juifs, noirs ou de n’importe quelle couleur de peau qui n’est pas la leur. La paisible cité, liée à cette partie du pays autrefois le terrain de bataille de scènes décisives de la guerre de sécession entre les états sudistes de la Confédération d’un côté et les états de l’Union de l’autre, n’avait jamais connu une telle scène dans ses murs. Susan est originaire de Pennsylvanie et son mari Mike vient de Long Island à l’est de New York City. Ils ont déménagé à Charlottesville il y a environ vingt ans car ils voulaient vivre dans un environnement tolérant et s’engager dans l’amélioration de leur pays. Susan est personnellement et profondément impliquée dans la recherche de la justice et l’égalité dans le monde. Elle a travaillé dans des organisations non-lucratives toute sa vie. Retour sur ces six derniers jours, entre débordements racistes inacceptables et un mouvement de résistance anti-fasciste courageux emmené par des personnes décidées à ne pas se laisser intimider par les suprémacistes. Au cœur des événements, une voiture conduite par un militant nazi a tué une habitante de Charlottesville et blessé de nombreux autres personnes. Les événements qui ont été suivis par la pacifique Susan, mère de famille qui se dit « privilégiée » sont inédits, terriblement choquants. Susan est consciente de sa responsabilité décuplée d’être encore plus présente auprès de ses concitoyens les plus démunis face aux insultes racistes régulières proférées par des êtres humains se sentant plus que jamais soutenus par un modèle supposé fédérer tous les Américains, un certain Donald Trump.

 

Un hommage des habitants de Charlottesville à Heather Heyer et aux policiers morts.


 

Comment continue-t-on après les événements très violents qui ont frappé Charlottesville samedi dernier?

Je pense que tout le monde ici est en train de panser ses plaies consécutives au choc et au traumatisme. Notre ville toute entière a été violée par ces groupes haineux et ce ne fut pas seulement ce que vous avez vu aux journaux télévisés. Des autocollants de suprémacistes sont apparus dans la nuit dans des espaces public toute la semaine qui a précédé le rassemblement. Il y a eu une altercation avec un nazi au magasin Wal-Mart vendredi dernier conduisant les nazis à brandir leurs armes. Des croyants ont été tenus en otages par un groupe de nazis éclairés de torches vendredi avant qu’ils ne marchent sur le campus de l’Université de Virginie et avant qu’ils ne s’en prennent aux étudiants. Tout le monde a bien sûr entendu parler de ce qui est arrivé à Heather Heyer, mais un moniteur de colonies de vacances et tuteur de cours du soir, le très aimé Deandre Harris a aussi été brutalement attaqué dans un parking juste à côté des locaux de la police. On est toujours en train d’essayer d’identifier les assaillants. Samedi soir, après la tragédie de la voiture-bélier visant des personnes, des camions entiers de nazis armés ont terrorisé des communautés installées dans des quartiers pauvres, leur hurlant des insultes racistes. Nous étions envahis. Quand les nazis sont partis, nous avons expérimenté une autre forme d’invasion, une invasion des journalistes. Tu ne pouvais pas faire deux pas en centre-ville sans que cinq personnes te demandent chacune une interview. Épuisant.

Comment vit-on à Charlottesville ?

Avant ces événements, j’ai toujours pensé que Charlottesville était un endroit chaleureux et accueillant. Maintenant, tout le monde a l’air de se méfier de son propre voisin. Particulièrement si tu ne connais pas cette personne blanche qui passe près de toi, tu te demandes s’il ne s’agit pas d’un nazi. C’est dingue. Notre communauté doit répondre à de nombreuses questions et beaucoup de blessures à panser mais nous sommes forts. J’ai bon espoir qu’on va se remettre de ces événements ensemble.

Toutes ces statues qui célèbrent la Confédération, comment vivez-vous avec?

Toutes ces statues doivent être retirées et elles doivent l’être au plus vite. Ce sont des symboles évidents de l’oppression raciale et sont devenues des points de ralliement. Tant qu’elles seront érigées, les groupes haineux réapparaîtront dans notre ville.

les enfants de susan

Les enfants de Susan et Mike déposant des fleurs en hommage aux victimes.


Avez-vous été témoins de situations de racisme à Charlottesville ?

Je n’ai pas personnellement été témoin ou concernée par des actes de racisme à Charlottesville après l’élection de Donald Trump pour deux raisons. Premièrement, je suis blanche et je me considère privilégiée car c’est très peu probable que je sois prise pour cible du fait de ma couleur de peau. Deuxièmement, Charlottesville est une ville progressiste. Malgré l’invasion des nazis dans notre ville la semaine dernière, très peu d’entre eux habitaient ici. Tu peux le constater en regardant la tentative du suprémaciste blanc Jason Kessler de tenir une conférence de presse dimanche dernier. C’est le représentant local qui a invité ces groupes à Charlottesville. Il était là debout tout seul, nous l’avons contraint à fuir.

Ceci dit, j’ai entendu des amis issus des minorités exprimer leurs témoignages sur le nombre en constante augmentation d’insultes et de discours haineux dont ils ont été victimes depuis l’arrivée de Trump au pouvoir.

Comment expliquer la présence d’armes sur les lieux de rassemblement?

La présence d’armes au rassemblement n’aurait jamais dû être autorisée. Mais c’est légal en Virginie. Je pense que la Ville n’aurait jamais dû validé la tenue d’un tel rassemblement sans l’assortir d’une interdiction de porter une arme sur le site. Je suis très étonnée que personne n’ait été la cible de tirs d’armes à feu samedi.

La police était complètement négligente samedi. Les églises communautaires ont été protégées par les membres new-yorkais du mouvement  Black Lives Matter et par Antifa pour maintenir les lieux de culte samedi matin alors que nous priions tous pour la paix. Mike, mon mari était sur le site du rassemblement et a pu constater que les policiers étaient à moins de deux mètres des nazis quand ils étaient en train de frapper des gens avec des battes de baseball, de jeter des pierres ou de les asperger de gaz au poivre. Les policiers sont restés derrière la ligne qu’ils avaient délimité et ne se sont jamais interposés. Quand ils ont interrompu le rassemblement dans le parc, la police s’est placée sur un périmètre entourant le parc. Ils ont alors sécurisé un parc vide. C’était de la folie.

Comment allez-vous tenter d’empêcher que de tels événements se reproduisent?

Nous sommes très engagés aujourd’hui. C’est absolument notre responsabilité de nous engager, de nous dresser contre la haine et de protéger nos communautés les plus vulnérables, plus spécifiquement parce que nous sommes blancs. Nous ne pouvons pas rester là sans rien faire à regarder les autres dans notre communauté être victimes d’attaques vicieuses et haineuses.

Propos recueillis par David Glaser, merci à Amy et à Mike 

zieggla@gmail.com

N’hésitez-pas à partager le reportage de Vice au cœur du groupe néo-nazi, un document « embedded » avec des personnes bien réelles n’hésitant à appeler au meurtre des juifs et des immigrés.

 

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