FRINGUES FRIENDLY

A la rencontre de la journaliste lausannoise spécialiste de mode Mélanie Blanc, fille d’une commerçante de vêtements haut de gamme et d’un papa vendeur de jeans lui-même enfant de marchand de vêtements, je jette un œil plus précis à mon armoire à chemises. “Est-ce que le bleu-clair de la chemise va avec le noir du pantalon?” me dis-je à voix basse… La journaliste auteure du livre “Fashion mais pas Victime” a du goût et du bon, c’est son métier. Elle fixe rendez-vous dans un café proche du Pont Bessières à Lausanne où son employeur le groupe Ringier a installé ses journaux. A quelques pas de l’Illustré où elle est en charge de la chronique “lifestyle”, elle m’invite dans un charmant salon de thé à l’anglaise, décoré à l’ancienne avec un menu original où l’on trouve un café aux arômes délicats.

La journaliste ne s’est pas trompée. Il y a un savoir-faire dans le choix de bons plans. Mélanie Blanc saisit notre quotidien simplifié avec son blog “La vie en plus simple” et c’est ce blog qui l’a amené à écrire son premier guide pratique sur la mode. En 2013, sur ce blog, elle a eu la bonne idée de se lancer un défi. No shopping pour une année entière. Mélanie avoue qu’elle n’a plus qu’une quinzaine de jours à passer avant de reprendre une activité normale de « shoppeuse ». On peut supposer que les caissiers des magasins de mode seront contents de la revoir début janvier. Car oui, Mélanie a séché, tous les samedis après-midi, la cohue des boutiques de mode pour femmes et autres magasins de seconde main pour observer une “diète” de l’achat frénétique comme certains arrêtent de fumer.

Pendant cette année particulière, elle s’est lancée dans la réalisation d’un livre de 114 pages captivant. Pour les hommes comme moi qui n’ont que très peu de temps à consacrer à la mode, c’est une bible (unisexe) pour soigner tous les ignorants du rangement des armoires. Les hommes oublient qu’ils ont souvent un trésor de guerre vestimentaire s’ils savent laver, ranger, associer et mettre en valeur leurs tuniques. Quelle est la source de motivation de la jeune journaliste de mode, reconnue pour ses choix que ce soit dans la presse quotidienne ou aujourd’hui dans l’Illustré, de se consacrer à la rédaction d’un livre? Vous allez le savoir dans quelques secondes.

10h30, Mélanie Blanc apparaît habillée de noir, avec un foulard blanc tacheté autour du coup et une robe sobre. Tout ce qu’elle porte a entre 1 et 10 ans. Elle prouve, si certains en doutaient encore, qu’on peut très bien s’habiller avec classe avec des vêtements anciens. 2014, même sans shopping, fut une année faste pour la lausannoise : rencontre avec la Fédération Romande des Consommateurs pour publier ce livre avec de très belles illustrations de Louiza Becquelin. Le parti-pris du livre est d’apprendre à vivre la mode de manière responsable. Du coup, le livre est un outil pédagogique déguisé en guide de huit chapitres sur le fait de chercher son style ou de préparer ses virées shopping, une balade agréable entre les garde-robes, boîtes à chaussures, machines à laver et outlet centers. C’est intelligent, ludique et drôle, les illustrations de Louiza apportent cette touche fraîche et parfois décapante, ce décalage entre le côté glamour de la mode sur papier glacé et la galère que ça peut être dans un quotidien déjà saturé de contraintes.

“Fashion mais pas Victime” raconte les manies de chacun et les bonnes pratiques pour entretenir sa garde-robe ou celle de ses enfants avec humour et précision. Le livre met en valeur toutes les astuces permettant d’optimiser l’utilisation du contenu de ses armoires sans se ruiner en achats de rangements, en frais d’entretien… Il s’est aussi agit d’analyser profondément ce qui compose une garde-robe et d’inciter les hommes et les femmes à trier, recycler et bichonner ses fringues. Il y a une dimension éthique dans ce livre : de quelles matières les vêtements sont faits, dans quelles conditions de production et quelle est la réelle valeur d’un tissu, d’un vêtement fini? On apprend dans “Fashion mais pas Victime” que la mode à petit prix n’est pas forcément la mode la plus cheap, les fringues de grands couturiers ne sont pas toujours les plus résistants à l’épreuve du temps.

Le livre est paru à 7’000 exemplaires et il se vend déjà très bien, preuve que c’est une belle idée de cadeau pour Noël. Avec Mélanie en interview, on est sûr d’en apprendre plus sur son armoire à fringues mal rangées et d’être habillé de conseils pour l’hiver sans finir à poil sur son compte en banque.

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SUISSISSIMO : Mélanie, l’idée de se passer d’achats de vêtements pendant un an est originale, elle vient de vous?

Mélanie Blanc : J’ai une amie suisse qui vit à Los Angeles depuis huit ans qui avait fait une année sans shopping. Elle avait déjà terminé son année. On en avait discuté et elle m’avait dit qu’elle n’avait manqué de rien, que l’on arrive à s’en sortir. Et puis l’idée a fait gentiment son chemin dans ma tête et j’ai eu finalement envie de faire la même chose. Ma mère avait une boutique qu’elle allait fermer en 2014, elle me donnait des habits (cinq-six pièces par année). Avec elle, j’aurai toujours des vêtements neufs dans ma garde-robe même sans les acheter… Donc j’ai voulu profiter du fait qu’elle arrête son activité pour réaliser ce défi. Je voulais aussi concrétiser cette idée de ne pas acheter de vêtements pour nourrir un blog. Mais à la réflexion, je n’aurais pas eu tous les jours des choses intéressantes à dire. Donc l’idée d’un blog plus général parlant entre autres de cette cure est venue. C’est ainsi qu’en septembre 2013, j’ai annoncé sur ce blog que j’allais cesser le shopping pour me mettre un peu de pression et me dire que j’allais le faire. Franchement, ça n’a pas été si compliqué. Je n’ai manqué de rien. Il n’y a jamais eu de situation où je me suis dit, là je n’ai pas l’habit pour cette situation. La chance que j’ai eue est de ne pas être partie à New York ou à Londres. La tentation du shopping aurait très forte. Dans ces villes, tu profites d’acheter parce que tu ne trouves pas ça ailleurs. Mes seules vacances loin étaient au Vietnam où c’était moins tentant. Une ou deux fois je me suis retrouvée chez H&M où t’as toujours envie de petits trucs. Je n’ai pas acheté d’habits, de chaussures, d’accessoires, de sacs, de bijoux… pour l’instant rien de supplémentaire n’est entré dans ma garde-robe. Je me suis rendu compte que j’avais encore trop de vêtements. Il y a encore des choses que je n’ai pas eu l’occasion de porter de toute l’année.

Vous avez fait de grandes économies?

Oui, parce que jusqu’à l’année dernière, j’étais toujours à zéro et maintenant, il me reste de l’argent sur mon compte. Les deux ou trois années précédentes, je notais tout ce que je dépensais sachant que ma mère me donnait certains vêtements. Je me demandais pourquoi j’arrivais pourtant à la fin du mois avec plus un seul franc. Je dépensais environ 4’000 francs par année, ce qui n’est pas énorme pour une femme de mon âge. Et j’ai économisé plus que 4’000 francs. Je pense qu’il y avait des mois où je dépensais beaucoup en vêtements sans regarder les prix, donc en prenant le risque d’acheter des choses un peu chères et là j’ai économisé beaucoup plus car j’étais dans une plus grande réflexion avant d’acheter. Donc j’achetais moins en général.

Cette réflexion sur la consommation peut se faire sur plein d’autres choses. Sur le rangement des vêtements dans une armoire, on peut aussi appliquer ça à la cuisine. Je pense que c’est beaucoup d’efforts au début. Après, on gagne un temps de dingue. Quand le matin, tu as tout devant les yeux, c’est rapide pour choisir. J’ai optimisé le rangement par couleurs. J’ai assez peu de choses bariolées. Alors, je m’amuse plus avec des sacs et des accessoires avec une touche rigolote. Comme c’est devenu facile de ranger, j’ai plus envie de ranger le soir en rentrant du travail.

EVITER LE GACHIS 

Plus jeune, comment envisagiez-vous l’achat de vêtements?

C’était très différent. C’est quelque-chose qui vient avec l’âge. On a tellement jeté d’habits. Tout ce que j’ai jeté au bout de toutes ces années… J’en ai eu marre de dépenser pour le truc qui va durer une année. C’est en effet un gâchis d’argent. J’ai un peu de mal à chaque fois que je vois une pièce dans mon armoire que je ne porte jamais. Chacun met son curseur où il veut. Moi, je me sens vite envahie. Certains sont très heureux avec trois fois plus de vêtements que moi. C’est comme la déco… j’aime les choses épurées. Je vais pourtant chez des gens qui se retrouvent submergés par des petits bibelots et ça leur va très bien.

Louiza et Mélanie
Photo du livre de Mélanie sur le blog de l’illustratrice Louiza Becquelin, http://www.blog.louiza.ch

Le livre s’adresse aussi bien aux hommes qu’aux femmes, c’est nouveau pour vous?

Spontanément, je parle plus aux femmes mais comme il s’agissait d’un travail avec la FRC, il fallait aussi parler à un public familial. Les hommes rangent aussi leurs vêtements… enfin j’espère. Ils ont tous leur armoire et certains aiment de plus en plus faire du shopping. Il y a aussi plus en plus de magasins pour les hommes. Il fut un temps où il n’y avait pas de magasins pour les hommes. Ils aiment essayer une chemise différente de temps en temps… ils s’intéressent à la mode. Ce livre est donc comme un magazine féminin qui trainera sur la table du salon et que les hommes n’achèteront pas spontanément mais auront du plaisir à regarder. 

Il y a une dimension éthique dans ce livre. Vous y parlez entre autres choses des conditions de production. L’origine des textiles est une donnée à prendre en compte avant d’acheter?

Au départ, je n’y faisais pas attention mais en travaillant avec les experts de la FRC, je me suis rendu compte à quel point il n’y a pas de traçabilité dans les vêtements. Vous pouvez voir d’où vient votre nourriture, on fait de gros efforts dans le domaine agro-alimentaire. Mais dans les vêtements, pas du tout. L’étiquette ne veut rien dire du tout. “Made in France” ne veut pas dire que ton coton vient de France. Il suffit de cinq opérations faites sur la France pour que la mention “Made in France” soit attribuée. Ça peut être la pose de boutons, le pliage et l’emballage… on ne peut pas être sûr ni de la provenance du tissus, ni de la façon dont les employés qui ont fait votre habit sont traités. Ce qui est le plus impressionnant, c’est l’opacité. Et quand tu vas dans un magasin, vous demandez d’où ça vient… personne ne sait vous dire.

CONSCIENCE ETHIQUE 

Vous recommandez certains labels, suisses notamment, êtes-vous sûre de leur qualité?

Ça garantit une petite sécurité, une mini traçabilité, certainement pour la qualité du coton mais pas forcément un bon salaire pour les employés. Vous n’avez pas de label qui garantisse ça.

La mode a plusieurs facettes. Ce qui est démodé aujourd’hui peut redevenir d’actualité dans vingt ans, comment on explique ce qui va déterminer la mode du jour?

C’est une question de marketing. Les marques doivent rendre une tendance obsolète pour la remplacer par une autre… pour les gens achètent de nouvelles pièces. Avec ce foisonnement de vêtements disponibles, il peut y avoir comme un rejet. La tendance du “deuxième main”, c’est très fort en ce moment. Moi je n’y arrive pas car je ne trouve rien. Il y a trop de pièces exposées et je n’aime pas passer trop de temps dans un magasin. J’ai des copines qui cherchent et trouvent plein de trucs.

Il y a un retour à ces silhouettes plus classiques. Je trouve que la mode devient plus sobre. Il y a moins le truc complètement fou ou le truc qu’il faut absolument trouver cette année. Vous n’êtes plus “has been” avec le truc d’il y a trois ans. Il n’y a pas non plus de retour de la patte d’eph par exemple et du coup tout le monde porte les pattes d’éléphants.

Est-ce plus varié, plus fragmenté aujourd’hui?

Oui, on le voit avec la mode des hipsters par exemple. Il y a beaucoup de groupes différents. Quand tu es banquier, tu n’as pas tellement le choix. Je constate qu’il y a dans la mode d’aujourd’hui plus de vêtements confortables. Avant, bien s’habiller, ça voulait dire mettre des chaussures à talons dans lesquelles tu étais mal, une jupe dans laquelle tu n’étais pas à l’aise. Je trouve qu’il y a maintenant des possibilités de porter une jupe très “soir” avec un t-shirt. Après, il faut l’assumer. On en voit certains porter ces pompes toutes pourries… ça serait mieux sur Johnny Depp que sur moi certainement. On tolère plus de choses. Il reste des catalogues de base et après chaque groupe joue avec des accessoires. Plus t’es jeune, plus il y a des groupes…

Depuis une semaine, le livre est dans les librairies (Payot, Fnac bientôt et quelques librairies indépendantes), êtes-vous surprise par les réactions des premiers lecteurs?

Je pensais que ça allait toucher les jeunes femmes… Ce livre est assez ludique. Je suis ravie par les réactions, elles sont positives. Quand les gens ouvrent le livre, ils sourient, ils sont happés, c’est ce que je voulais. Il y a du plaisir, une possibilité de découvrir. Il y a un peu d’humour aussi. La FRC est venue me chercher pour le ton de mon blog lavienplusimple.com, donc j’ai essayé de réutiliser ce ton dans le livre. Il fallait quand même éviter un ton trop “blog”, trop oral… Dans des livres issus de blogs, on peut parfois risquer d’être vulgaire. Il a fallu trouver un ton naturel pour parler de choses sérieuses. C’est Mathieu Fleury, le secrétaire général de la FRC qui est tombé sur mon blog. On s’est rencontré. Il avait le projet depuis longtemps de faire un livre sur les vêtements mais il voulait le faire sur une note pas moralisatrice. L’idée était d’attirer d’autres gens que leurs membres FRC qui sont déjà sensibilisés aux vêtements, à la qualité… Ils n’avaient pas les forces à l’interne pour le faire et en voyant mon blog, ils ont pensé à moi. Ils avaient déjà édité des livres de cuisine et d’autres sujets… et ils voulaient un ton moins sérieux pour élargir la cible et rajeunir l’esprit.

C’est votre premier livre. Pour une journaliste, c’est toujours quelque-chose d’un peu spécial d’en publier un, non?

J’ai toujours rêvé d’avoir mon nom sur un livre, c’est chic, mais je me suis toujours dit “y-aura quoi à l’intérieur?”, je n’allais pas faire un roman. Mais là, c’est vraiment la surprise-cadeau. On est venu avec cette idée et voilà exactement cette idée transformée en livre. Le titre “Fashion mais pas Victime” m’est venue comme ça, c’était une évidence.

Est-ce que votre travail de journaliste vous a aidé à écrire ce livre?

Je suis dans une rubrique très shopping au journal. Donc ce n’est pas mon travail de journaliste que l’on retrouve dans le livre. Ce sont plutôt les thèmes déjà traités dans mon blog et mon expérience personnelle. Toutes les astuces du début du livre, c’est ce que je fais dans mon quotidien. Les astuces de la fin du livre, le “bichonnage” des vêtements, moins… il faut comparer avec la façon que l’on a de vivre. Ces “bichonnages”, c’est pour que vos vêtements se conservent le mieux possible. C’est important de respecter toutes ces règles… même si moi franchement j’utilise un sèche-linge tout en sachant que ce n’est pas bon pour les habits. Après avoir lu ce livre, on ne plus se plaindre! Si un vêtement se détériore rapidement, c’est qu’on n’a pas prêté attention du tout à ce qui est écrit.

Merci Mélanie, je terminerais par cette question très basique : donnez-nous quelques conseils pour laver son linge?

Régler la température de lavage à la baisse, mettre moins de lessive, ne pas utiliser le sèche-linge…

Propos recueillis par David Glaser

lveps_logo

http://www.lavienplusimple.com

http://www.illustre.ch et http://www.frc.ch pour bénéficier d’un prix d’ami sur l’achat du livre “Fashion mais pas Victime” de Mélanie Blanc.

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