La faim de gagner, l’ADN du sport serbe

Marina Maljković, née le 26 septembre 1981 à Belgrade, est l’une des entraîneuses les plus emblématiques du basket féminin européen. Franco‑serbe, polyglotte, elle a dirigé certains des plus grands clubs du continent (Partizan Belgrade, Lyon ASVEL féminin, Galatasaray, Fenerbahçe…), remporté l’Eurocoupe, l’Euroligue, plusieurs championnats nationaux et mené l’équipe de Serbie à deux titres européens et une médaille olympique.

Fille du légendaire coach Božidar Maljković, elle a développé une approche exigeante centrée sur la formation, le travail individuel et la transmission. À travers son Institut du sport féminin et de nombreux projets éducatifs, elle milite pour le développement du basket féminin en Serbie et en Europe.

Interview.

Photo de Marina Maljkovic par Pierre-Yves Beaudeoin (Wikicommons)

Comment a évolué la formation des coachs féminins en basket ces dernières années ?

Marina Maljković :
La formation s’est énormément développée, en Europe comme en Serbie. Quand j’ai commencé, il n’y avait ni séminaires, ni voyages, ni programmes structurés. Aujourd’hui, il existe des formations dans de nombreux pays, et même en Asie où j’ai travaillé (Japon, Chine).
Avec d’autres coachs qui ont gagné beaucoup ces dix dernières années, nous avons influencé cette nouvelle génération de femmes entraîneures. C’est une évolution très positive.

Comment décririez‑vous la culture du basket en Serbie ?

M.M. :
La Serbie est un pays totalement dédié au basket. Chaque jour, des entraîneurs étrangers viennent voir nos entraînements : ce “basket serbe” intrigue et attire.
Avec la Lituanie, c’est probablement l’autre pays où ce sport a une importance presque culturelle. Les matchs du Partizan ou de l’Étoile Rouge sont connus dans le monde entier : l’ambiance, la passion, c’est unique.

Où en est le basket féminin en Serbie ?

M.M. :
Malheureusement, nous n’avons pas su capitaliser sur les médailles et les succès de ces dix dernières années.
La ligue est faible, il n’y a pas assez de qualité, et les jeunes joueuses doivent partir très tôt pour progresser. C’est le cas de nombreuses talents, sans doute aussi celle dont vous me parlez. Avec mon Institut du sport féminin, j’essaie de changer cela en créant des projets, en développant la formation et en donnant plus d’opportunités aux jeunes filles.

On parle souvent du “leadership serbe” dans le sport. Comment l’expliquer ?

M.M. : Nous avons faim. C’est quelque chose de profond, lié à notre histoire, à un pays qui a traversé des difficultés. Une joueuse “affamée” donnera toujours plus que quelqu’un qui a tout. C’est la loi de la vie, comme dans la nature : celles qui ont faim vont se battre davantage.

On le voit chez Djokovic, chez Nikola Jokić… Chez nous, le sacrifice, l’envie de montrer qui on est, d’entrer dans la compétition, c’est très fort. C’est un aspect psychologique essentiel.

Photo par Sakhalinio, Marina Maljkovic avec Fenerbahçe en 2018.

Comment travaillez‑vous avec les jeunes joueuses aujourd’hui ?

M.M. :
Après avoir quitté l’équipe nationale, j’ai choisi de m’investir dans le développement du basket féminin serbe.
À l’Étoile Rouge, chaque jour, j’ai sept ou huit jeunes joueuses que j’entraîne avec mon staff. Nous faisons énormément de travail individuel – répétition, répétition, répétition. Cet héritage vient des grands coachs de l’ex‑Yougoslavie. Peut‑être que nous accordons encore plus d’importance à ce travail que d’autres pays, et c’est ce qui fait la différence dans le développement des joueuses.

Un mot sur les joueuses serbes qui réussissent à l’étranger ?

M.M. :
Je suis toujours très fière. Même si je suis très prise par mon travail à l’Étoile Rouge et que je ne peux pas tout suivre, je suis heureuse à chaque fois qu’une joueuse issue de notre pays brille en Europe ou ailleurs.
Je leur souhaite sincèrement le meilleur.

Propos recueillis par David Glaser, merci à Pascal Legendre (Maxi Basket et BasketEurope.com)

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