Brillant. Il est brillant. Avec près de cinquante ans de maîtrise de la guitare derrière lui, Johnny Marr jouit d’un privilège rare : à 62 ans, il a toujours ce sourire engageant et cette voix enjouée, qu’il prête à la fois à ses modestes succès et aux hymnes intemporels des Smiths, des chansons qui n’ont rien perdu de leur puissance.
Au X-Tra Zurich ce mercredi, il élève toute une nouvelle génération d’Asmithionados, les traitant avec le même respect méticuleux que Steve Albini derrière sa console. L’homme n’a jamais raccroché son manteau : ses envolées en solo sont toujours guidées par la même passion qu’il portait aux Smiths. Et quand il joue Panic, This Charming Man, Please, Please, Please, Let Me Get What I Want ou Stop Me If You Think That You’ve Heard This One Before, on comprend immédiatement pourquoi.
En tournée, Johnny s’entoure de collaborateurs de longue date, et le résultat est spectaculaire : des riffs incroyables, des intros techniquement exigeantes pour le guitariste principal et des surprises constantes. Walk Into the Sea, l’une de ses plus belles compositions, illustre parfaitement son souci du détail : des reliefs délicats, des motifs musicaux raffinés et un rythme tiré de Call the Comet (2019) qui s’élève au-dessus d’un clavier d’ouverture puissant, presque sépulcral. La musique de Marr est magnifique lorsqu’elle s’envole, et les notes aiguës répétées à la fin du manche de sa Fender Jaguar pénètrent littéralement la peau et la perception.
Il se délecte également de sons électroniques vieux de plusieurs décennies qui restent, d’une certaine manière, plus modernes que les morceaux recyclés d’ABBA, des Bee Gees ou de Cerrone. Et les fans ? Comme Patrick Juvet aurait pu le dire au Palace ou au Studio 54 : ils sont à Zurich, bien sûr, de 20 heures jusqu’à l’entrée convaincante des Irlandais de The Clockworks, jusqu’à la fin de la nuit, où Johnny ne ménage ni ses efforts ni son énergie, tel un Zebulon libéré de son étui à guitare.
L’homme joue pour surprendre son public : il allonge les ponts, prolonge les refrains appréciés et nous transporte dans des moments suspendus. Dans les années 80, le bras droit de Marr avait la voix, l’assurance et les mouvements de hanches flamboyants ; Johnny possède tout cela à la fois, mais il fait exactement ce qu’il veut parce qu’il détient le pouvoir de la guitare.

Easy Money rappelle le Johnny de Modest Mouse : vif, précis, plein d’énergie et porté par la mélodie. Le Johnny de Passenger avec Iggy Pop fait preuve d’une voix post-punk crédible et suave qui vous donne des frissons dans le dos. Son groupe, un trio de musiciens exceptionnellement talentueux, n’est pas composé de requins du studio, mais de personnes qui incarnent la pop de Johnny avec authenticité.
Nous adorons ça. Nous l’aimons encore plus. Nous aimons ces fans zurichois qui chantent avec passion et se sentent honorés par cet extraordinaire visiteur mancunien. Un moment fort : Johnny chante Please, Please, Please en tenant sa guitare acoustique Martin (Marr-tin?), une beauté absolue où chaque note révèle sa maîtrise et la délicatesse de son toucher. Le vibrato et la pédale de distorsion n’encombrent jamais le mix : ici, la simplicité règne.
Les fans des Smiths et d’Electronic ont été comblés, et les Zurichois peuvent compter sur son engagement : Johnny Marr reviendra, c’est certain. Johnny savoure l’instant, tout comme le public. Et dans cette communion simple mais profonde, il devient évident que parfois, la magie se résume à un seul homme, une guitare et la puissance des chansons qu’il partage.
David Glaser
Merci tout spécial à Martina Stadelmann