THE MAGNIFICENT FIVE

Un groupe londonien surgit hors du fog hivernal avec un nouvel album sobrement titré « Five ». White Lies est à la conquête d’un cinquième titre sur le gazon européen où ils semblent s’éclater en ce moment avec neuf balles neuves pour lifter une carrière déjà bien remplie en quelque dix ans. La musique de White Lies est connue, elle surjoue l’héritage de Joy Division et de Wire avec une fraîcheur adolescente, le groupe de darkbritpostpunkpop fait donc couler la musique de « Five » dans les oreilles d’un public suisse chauffé à blanc ce mardi 12 (Lausanne Les Docks) et mercredi 13 (Zurich Dynamo) dans le cadre intimiste de clubs branchés mais à l’ego débranché. On aime la taille humaine de ces salles de rock obscur pour cette capacité à garder la vibration bien proche des corps. White Lies a travaillé avec amour. Leur cinquième opus joliment confectionné en Angleterre est signé sur un label belge d’origine PIAS. Et il est plein de trouvailles. Avec des ingrédients nouveaux importés aux groupes de prog-rock des années 80 pour la chanson introductive « Time to Give » (c’est plus une question de format, la chanson dure plus de sept minutes), reprenant à Ride l’idée qu’un groupe indé peut faire quelques pas de côté stylistiques sans se renier. Autre nouveauté, un artwork digne de ce que produisait Peter Saville pour Factory Records et Joy Division en 1976, alors qu’il était jeune étudiant tout droit sorti de l’école d’art et de design. White Lies s’inspire de la ligne graphique du label en hommage au label qui signa Ian Curtis et sa bande au milieu des années 70, joli clin d’oeil. Autre merveille graphique, cette communication en braille sur la pochette du vinyle et dans un document spécialement conçu en hommage aux non-voyants et malvoyants du Royaume-Uni et d’ailleurs. Interview avec Jack Lawrence-Brown du trio White Lies dont le job consiste à faire de la musique depuis quinze avec ses meilleurs amis, il y a pire c’est vrai, on ne peut que saluer ce sens de l’amitié.

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DAVID GLASER/Suississimo. Jack, où êtes-vous et comment préparez-vous votre venue en Suisse?

JACK LAWRENCE-BROWN: Actuellement (mercredi dernier 15 heures), je suis dans une salle de concert en Pologne. On est venu quelques fois en Suisse pour des concerts en club comme celui qui arrive à Lausanne ou pour faire des festivals. Mais on ne vient pas très souvent. J’aimerais beaucoup faire du ski mais je n’ai jamais appris ce sport. Bon ça me rendrait un peu nerveux aujourd’hui… Lors d’une tournée, tu veilles à ne pas casser une cheville. Trois semaines avant de commencer les concerts généralement, je stoppe de faire du foot.

Vous venez d’où pour avoir snobé le ski ainsi (rires)?

De la banlieue londonienne, Ealing. Il n’y avait vraiment rien à faire là-bas. C’est vert, plaisant, c’est pour ça qu’on a commencé le groupe en tant que potes d’école avec peu d’ambition. Jamais dans mon imagination je n’aurais cru possible de vous parler de nos projets dix ans après.

« On a un morceau qu’on pourrait qualifier de progressive rock ». Jack, White Lies

On est potes avec Charles (Cave, bassiste) depuis qu’on a quatre ans. On a grandi comme des potes avant de devenir des collègues de groupe. On a connu les bagarres et les séparations avec nos copines depuis les premières années. Et depuis dix ans, on s’entend à merveille. Harry (McVeigh, chanteur) et moi habitons à côté de l’un de l’autre à Londres.

« Five » est sorti il y a un mois et les retours continuent d’affluer, non ?

Oui et c’est intéressant de voir comment les chansons sont ou vont être aimées par les gens. Tu ne peux jamais prédire en fait. Nous avons opté pour quelques changements importants sur cet album comme ce morceau introductif de plus de sept minutes que l’on pourrait qualifier de progressive rock. Franchement, c’est un défi car on ne sait pas si le public va mordre à l’hameçon. Mais c’est une décision consciencieuse. On va challenger le public. Il va savoir de quoi on est fait. On peut aussi trouver de nouveaux amis car il n’y a aucun autre titre équivalent dans notre discographie. Ça peut être un peu risqué mais on a été surpris de l’accueil positif.

Comment le public vous considère-t-il aujourd’hui , comme un groupe britannique ouvert au monde?

Eh bien en Europe, on fait beaucoup mieux qu’avant, en Allemagne, Belgique et en Suisse, on sent que l’on se doit d’y être. C’est pour cela qu’on a choisi de travailler cet album avec PIAS, un album franco-belge installé aussi à Londres. On voulait cette assise européenne et être sûr qu’on serait bien défendu en Scandinavie et ailleurs dans le continent. PIAS nous aide immensément, avec un aspect Do it yourself, de A à Z qui nous va bien car nous produisons tout, nous payons pour tout et nous avons confiance en nous.

Je ne veux pas pour autant négliger le reste du monde. Le Mexique a une grosse passion pour White Lies. On ne savait même pas qu’on avait un tel impact là-bas. On a été estomaqué en réalité. Quand t’es au courant de ces choses, tu peux te preparer. On y est allé pour un festival en 2009, un gros événement. On avait selon nous fait un job de merde et on n’y est pas retourné avant cinq ans. Ils adorent la musique britannique là-bas, Morrissey est une des plus grandes stars dans le pays. Quand tu es au courant de ces choses là. Tu peux te préparer.

Comment faites-vous pour préparer une tournée?

J’écoute les chansons, beaucoup, sur mon téléphone, dans le train à Londres, je suis toujours un peu nerveux, au cas où quelqu’un me reconnaît et ne voit en train d’écouter White Lies mais au bout d’un moment, je n’ai plus besoin de l’écouter et je peux garder toutes les chansons en tête pour un ou deux ans. Pour les concerts cependant, on les réarrange pour le live, elles sonnent vraiment différentes. Charles et Harry lors de la composition des chansons viennent avec les fondations des morceaux, je les écoute et je reviens avec des parties rythmiques. Cela prend des semaines avant qu’une chanson soit terminée.

Fonctionnement démocratique

On a beaucoup changé pour « Five », tout est fait avec un son de batterie acoustique, mais avant c’était parfois des boîtes à rythmes ou des synthétiseurs, on aime bien les instruments qui vont faire que les chansons vont sonner un peu mieux. Donc peu importe l’instrument en fin de compte.

Dans le 4e album, on avait opté pour des sons de batterie electro. On n’était pas stressés par ça. Il y a un fonctionnement démocratique dans le groupe. Chaque personne donne son avis et la majorité l’emporte, alors il peut y avoir de la frustration au début, alors qu’on est en pleine session de studio, mais quand la session est finie, eh bien là tout va pour le mieux et je suis content des décisions prises avec mes compères, c’est toujours au service des chansons, de l’album.

“Tokyo” est un tube en puissance, vous le saviez en l’écrivant ?

Oui, on sait que le refrain est catchy, et que ce sera une chanson populaire. Mais nous n’avons jamais eu de single massif, jusqu’à maintenant ça n’est jamais arrivé. Certains titres sont potentiellement des singles mais tu n’es jamais sûr que ça va marcher, c’est pour cela que les concerts sont des laboratoires vivants, tu vois si une chanson a un impact immédiat avec le public, c’est un marqueur intéressant.

Qui vous inspire comme batteur?

Ringo Starr est la type qui m’a mis derrière les fûts. Pour mon 15e anniversaire, mes parents m’ont offert une batterie, et depuis j’ai appris à faire de la batterie avec eux. Depuis, chaque chose que je fais à la batterie est liée aux White Lies, mais derrière il y a la présence de Ringo. Certains le trouvent génial, d’autres nul. Mais « Come together » a le plus beau beat de tous les temps pour moi. Tellement intelligent, ça me surprend encore en l’écoutant.

Vos fans sont fidèles on dirait, comment l’expliquer ?

On a vraiment une bonne relation avec les fans, on essaye de signer nos disques après les concerts. Plus que jamais, les gens achètent le disque, il s’agit de garder en mémoire le concert vécu. On a le temps la plupart des soirs de parler avec des gens qui nous disent que White Lies a changé leur vie, certains vont même jusqu’à tatouer des paroles sur leur peau, le logo du groupe, c’est incroyable.

Vous utilisez le braille sur « Five » pourquoi ?

C’est très intéressant pour deux raisons, d’abord ça a un look incroyable, on a choisi des caractères de braille qui n’avaient pas été utilisés avant sur ce genre d’objet, cela ressemble à du code, tu dois le déchiffrer. Le graphique est très puissant, à l’image de ce que faisait Factory Records. C’est une signature iconique que l’on voulait, on a pensé aux gens qui voudraient plonger un peu plus dans le disque, on est entré en contact avec une organisation de bienfaisance pour proposer un cahier (que l’on vend sur le site) et qui possède les notes et les paroles de l’album en braille. Cela donne un aspect physique à notre travail et cela implique la communauté non voyante ou malvoyante. Beaucoup de gens nous ont exprimé leur gratitude en disant que ça ouvrait des portes pour eux que l’on fasse ce booklet. En exposant notre art à cette communauté, c’est tout nouveau et on est très heureux de ça.

Il y a cette tradition de l’indie-pop britannique de soigner sa communication visuelle aussi, vous ne dérogez pas à cette règle, non?

C’est vrai, nos trois derniers albums étaient très bien conçus visuellement. Si un groupe ne considère pas vraiment cette partie du job, ils loupent vraiment quelque chose à mon avis. Je me réfère toujours à Factory et leur style visuel. Ce n’était pas froid, ils avaient juste une ligne cohérente, un « agenda », une volonté que tout paraîtrait incroyable, le même style pour chaque album ou single d’un artiste, de façon à faire collectionner les disques. Pour nous, c’est beaucoup de valeur ajoutée à ce que l’on fait musicalement, le stand de merchandising marche à fond, et ce grâce à ce travail esthétique sur nos disques et t-shirts.

Les concerts en club, un exercice qui est différent ?

Oui c’est sûr, j’aime beaucoup les shows de club, c’est plus chaud, tu transpires plus. Tu joues plus vite, tu mets plus d’énergie dans les salles de 500 personnes, j’adore cette variation. Hier, on a joué dans une petite salle de Varsovie et c’était incroyable.

Par David Glaser.

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