BIO DRUM (1ère partie)

On débarque un jour de 2010 dans un sous-sol du Flon. Les affiches de Sens Unik, Mad Whispers, Guess What et d’autres groupes tapissent les murs d’un lieu feutré, discret enfermant deux magnifiques sets de batterie. Bio, ou Laurent Biollay pour l’état civil, reçoit là. En ce mercredi de septembre 2011, Bio donne des cours de batterie à mon fils avec passion et professionnalisme, avec patience et conviction. Batteur et passeur, c’est un double-statut qu’il a aimé garder depuis son entrée en scène. En tous les cas, le batteur est plus qu’un bon musicien de studio, c’est musicien en mission pour transmettre. Dès les premières secondes de vie dans ce local studieux et rock n’roll (malgré une déco très « Unik », très hip-hop), il laisse deviner ce qu’implique un cours de batterie, l’investissement que ça représente, le chemin à parcourir… L’homme assis derrière la batterie est celui qui a contribué à donner un beat à Sens Unik en live comme sur certains disques. Sens Unik est une des premières grandes références du rap en français cités par Laurent Bouneau, l’accélérateur à particules de rap depuis le début des années 90 en France, et une grande majorité des acteurs du rap comme IAM, compagnons de route de Sens Unik. Ils n’ont pas fait que passer. Ils ont marqué leur temps. Leurs membres se sont répandus, qui à Hollywood, qui à Lausanne mais ils sont là fiers d’avoir posé pas seulement une pierre mais tout un immeuble. Dans les fondations rythmiques des fondateurs du mouvement hip-Hop à la romande, il y a bien sûr Laurent, aujourd’hui engagé avec plusieurs rappeurs pour un magnifique projet appelé One Track Live. Omniprésent, il continue à occuper le poste de batteur de Stress depuis le début de l’aventure du rappeur Lausannois puis il a démontré qu’il ne s’arrêterait pas en si bon chemin en révélant avec Robert Roccobelly une chanteuse haïtienne nommée Madafi Pierre au sein du groupe Maddam. Bio est un batteur multiple et son histoire va vous être racontée en plusieurs épisodes.

La musique, Bio est tombé dedans dès l’adolescence. Le Vaudois pur jus a plaqué ses premiers beats sur une caisse claire il y a plus de 25 ans. Aujourd’hui, la quarantaine sportive, il s’expose à des milliers de gens, parcourant les routes de Suisse, arpentant les scènes romandes ou plus souvent alémaniques. Son équilibre, Bio le trouve en continuant à mener en parallèle sa carrière de professeur à l’EJMA et celle de ses créations de front. Bio a accepté de raconter son parcours aux côtés des meilleurs du rap suisse. Il reviendra dans notre série d’entretiens sur quelques moments de gloire au contact de quelques maestros de la pop internationale. Où l’on croise, dans cette série de textes d’interviews revisitant plusieurs décennies de musique, Phil Collins et Mike Rutherford avec des ingénieurs du son d’un studio glandois, des artistes allemands qui remplissent des stades les Fantastischen Vier ou encore des grands noms du rap made in France. C’est la vie du hip-hop lausannois que l’on va revivre avec les précieux témoignages de Laurent Biollay. Première interview, bien avant les premiers scratchs du DJ Just One en 1993 avec « Laisse toi aller ». Au tout début, bien avant les premiers « coups » avec Mad Whispers, il y avait un jeune garçon déjà heureux de jouer en tapant très fort sur les peaux.

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Suississimo : En accéléré, peux-tu raconter tes premières heures en tant que musicien?

Laurent Biollay : Je suis issu d’une famille de musiciens, mon père, mes deux grands-pères étaient tous musiciens. L’un des deux grands-pères était compositeur et trompettiste, l’autre était batteur dans les bals. Mon père est trompettiste. Il a, lui aussi fait des bals.

La route était tracée donc, à quel âge as-tu commencé ?

J’ai commencé la trompette à l’âge de 5 ans avec mon père comme prof. Mon grand-père m’enseignait le solfège. Il venait une fois par semaine nous donner des cours, à moi et ma sœur. 7 ans de trompette… ça m’a permis de comprendre que ce n’était pas mon instrument préféré. Mais ça m’a fait découvrir l’harmonie. Et tout ce qui est de cuivre, j’en suis devenu fan après. J’ai dû mettre un appareil dentaire vers les douze, c’est logiquement que j’ai arrêté la trompette. Mon père a essayé de me mettre au piano mais ce n’était pas mon truc. J’étais un peu jeune pour faire de la batterie mais c’est vraiment ce que je voulais faire. A 14 ans, j’ai commencé à travailler comme roadie pour mon père dans les bals pour gagner un peu d’argent le week-end.

Ton père était alors musicien professionnel ?

Ce n’était pas son métier. Il bossait à côté, comme enquêteur social à la ville. Il faisait des enquêtes le matin et pouvait rendre ses travaux ensuite. Le reste du temps, mais il faisait beaucoup de la musique surtout le week-end avec les bals. J’ai appris à voir comment ça se passait dans le bal pour gagner un peu de thunes. Bon, c’’était aussi pour m’éviter de faire des conneries.

As-tu grandi dans un quartier un peu chaud ? Lausanne n’a jamais eu une trop mauvaise réputation, non ?

J’étais dans le quartier de la Pontaise, ce n’était pas un quartier craignos. C’est vrai, il n’y a pas de quartiers qui craignent à Lausanne. Il y a juste des quartiers où il y a un peu plus de petites frappes, de petits voyous, c’est tout. Je fréquentais des gentils… mais tu sais comment tu peux vite te faire influencer par les potes et ça peut partir en vrille. J’avais un caractère un peu rebelle, j’avais de la peine avec les ordres, à l’école notamment, j’étais un peu “j’m’en foutiste”. Mais je n’étais pas comme ça avec mes parents. C’est bien eux qui me donnaient des ordres. J’avais du mal avec l’uniforme, donc je ne pouvais pas jouer dans une fanfare, je ne voulais pas passer pour un couillon. Cette attitude à l’école ne m’a pas fait de moi un bon élève. Je n’ai pas fait le gymnase. Neuf ans d’école sans aller plus loin.

Le bal a donc été ta véritable formation, l’école du soir?

Les bals avec mon père, ça m’a permis de voir comment le batteur travaillait. Vu qu’à l’époque je n’avais pas de permis de conduire et que je devais rester éveillé jusqu’à 2-3 heures de matin, je restais attentif. Le batteur m’apprenait deux-trois trucs. A 14 ans, je commençais déjà à avoir un caractère indépendant, à sortir et à pouvoir aller seul au local de répétition pour travailler.

Quand as-tu commencé à jouer pour de bon ?

Je n’ai pas attendu trop longtemps pour me lancer. Quand le batteur allait dans les bals pour boire des coups, c’était à moi de jouer. J’ai commencé à faire des tangos, des valses… Le bal est la meilleure école pour apprendre à jouer de tout. J’ai vite appris à être polyvalent jouer de tout. Progressivement, je venais avec de la musique à moi et je jouais par dessus la musique dans le local. Après en avoir terminé avec les trucs les plus simples que je travaillais pendant mes premiers bals, je me suis mis à jouer sur de la musique latino.

A partir de quel moment tu as su que la musique deviendrait l’activité de ta vie?

Dès le moment où j’ai su que la musique m’accrochait plus que le sport. Il y a des instruments où tu dois travailler longtemps avant d’obtenir une satisfaction en retour. La batterie, c’est un instrument où tu peux vite avoir des résultats. A partir du moment où tu fais juste un rythme, tout à coup ça prend… Le fait d’avoir un local, de pouvoir y jouer quand tu veux, il n’y avait rien de mieux quoi! J’allais après l’école et je passais tout mon temps dans ce local.

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Avec quelle musique as-tu commencé à jouer ?

En tant que batteur, j’ai commencé avec du rock avec des trucs simples. En 1987, j’ai fait un camp de catéchisme où j’ai rencontré un de mes potes. C’est un gars qui faisait de la guitare et qui m’a présenté aux personnes avec qui j’ai fait de la musique par la suite. On a donc créé ce groupe dans lequel il y avait une fille qui jouait du clavier. Elle était scolarisée à Prilly. Le 24 décembre 1987, on s’est retrouvé à jouer pour l’école de Prilly à 10 heures du matin. On est allé là-bas sans aucune prétention dans une monstre salle de spectacles et c’est après ce concert que je me suis dit que c’était ce que je voulais faire.

Comment tu t’es senti après être sorti de scène ?

Ce fut génial, il y a eu une monstre réaction du public. Il n’y avait que des jeunes de notre âge en face. On n’avait pas de nom de groupe. C’était nos morceaux et deux reprises de Dire Straits. Les compos étaient d’Antoine et Samuel, mes potes installés à Los Angeles et Londres. En 1988, on a enchaîné avec des concerts dans les centres de loisir de Prilly, Entre-Bois… J’ai commencé un apprentissage en parallèle. Une semaine après un concert au centre de loisirs de Prilly, dès la première pause de la première journée, je n’avais déjà plus envie de continuer à apprendre à être un électricien. C’était fini. Mon père avait pourtant été très clair. « Tu veux faire de la musique ? Pas de problème mais tu as un papier ! » Quatre ans de galère avant de pouvoir faire de la musique… J’ai fait cet apprentissage mais j’en avais rien à foutre. Une fois que je finissais le boulot, j’allais dans mon local et j’y allais dès que j’avais un moment de libre.

Mais as-tu réussi au moins aux examens de fin d’année ?

Je suis allé aux examens de fin d’année et mes résultats ne furent pas bons. Si je ne passais pas cette première année, je me disais que j’allais en parler à mon père. J’ai donc eu ce premier examen avec le pire des professeurs avec qui on “pougnait”… Je me disais qu’on allait y arriver tranquillement, que ce serait trop facile. Et pourtant, on a tous loupé au final. On a tellement triché pendant cet examen en se passant les feuilles que je crois que les seuls qui ont réussi sont les deux seuls faux-culs de la classe.

A SUIVRE…

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